AccueilActualitésActualités: Iran & MondeUne décision de la justice européenne réhabilite les Moudjahidine du peuple

Une décision de la justice européenne réhabilite les Moudjahidine du peuple

Le Courrier (Suisse), 13 décembre –  Bruxelles. Le Tribunal de première instance de l’Union a annulé hier le gel par les vingt-cinq des fonds des Moudjahidine du peuple, principale force de l’opposition iranienne.

Dans un arrêt qui risque d’avoir d’importantes conséquences internationales et de provoquer la colère des autorités iraniennes, le tribunal de première instance de l’Union a estimé que le gel des avoirs des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI), en vigueur depuis 2002, violait notamment les droits de la défense. « En conclusion, le tribunal constate que la décision ordonnant le gel des fonds de l’OMPI n’est pas motivée », peut-on lire dans le jugement.

Pour l’avocat genevois Marc Henzelin, défenseur suisse du mouvement, cette décision « historique », à travers « un jugement très bien motivé », entraîne de facto leur retrait de la liste des organisations terroristes. Appréciation confirmée par une porte-parole du tribunal.

Pourvoi ?

L’Union européenne, qui compte rapidement se conformer aux critiques du Tribunal de première instance, réflechit pourtant à la possibilité d’introduire un pourvoi devant la cour sur des questions de droit pour renverser le jugement.

Pour Me Henzelin, « il est en effet très rare que la justice annule une décision d’ordre politique prise par le Conseil des ministres, a fortiori une décision de politique étrangère et d’autant plus s’agissant d’affaires de terrorisme ».

Par comparaison, « il existe aux Etats-Unis de multiples jurisprudences de la Cour suprême et de cours d’appel qui refusent de revoir des décisions en matière de sécurité ou de terrorisme prises par les départements d’Etat ou du trésor ».

Opposition légitimée

Les effets de cette décision de justice sont « importants », considère l’avocat genevois. Sur le plan politique, « elle confirme de la part de l’Europe qu’il doit y avoir une opposition au régime iranien ».

Pour Maryam Radjavi, qui dirige le Conseil national de la Résistance iranienne (NCRI) basé en France, le jugement du tribunal européen  prouve « la légitimité de la résistance contre le fascisme religieux en Iran.

Ce jugement va aussi rendre encore plus difficile le renvoi en Iran de quelque quatre mille membres de la résistance iranienne actuellement réfugiés à Achraf en Irak, renvoi souhaité par Téhéran.

La décision d’hier va également obliger l’UE à lever le voile sur la façon dont elle élabore sa liste d’organisations terroristes. L’UE possède en effet sa propre liste plus longue mise au point par l’ONU, sur laquelle l’OMPI ne figure pas.

La liste européenne comprend actuellement vingt-six individus et vingt-huit organisations, dont les Moudjahidine, le mouvement islamiste radical palestinien Hamas et l’organisation basque ETA.

Autorisés en Suisse

Contrairement à l’UE ou aux Etats-Unis, la Suisse ne considère pas les Moudjahidine du peuple comme un groupe terroriste. Ils ont toutefois été cités à plusieurs reprises dans les rapports sur la protection de l’Etat. Berne leur reproche notamment leurs actions de récolte de fonds, qui confinent en partie à la contrainte.

Marc Henzelin révèle de son côté que selon le droit suisse, « un acte n’est pas considéré comme financement du terrorisme lorsqu’il vise à instaurer ou à rétablir un régime démocratique ou un Etat de droit».

L’OMPI a été créée en 1965 avec pour objectif de lutter contre le régime du chah d’Iran, puis celui des mollahs. Elle a longtemps disposé d’une branche armée à l’intérieur de l’Iran, mais affirme avoir renoncé à l’action militaire depuis 2001.

(ATS)