L’impasse iranienne

L’impasse iranienneL’UE ne peut se permettre de se désolidariser de Washington

The Times – Les réunions entre Kofi Annan et les officiels iraniens ce week-end semblent avoir accompli peu de progrès. Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, a fait comprendre très clairement que, tandis qu’il désirait négocier encore au sujet des ambitions nucléaires évidentes de son pays, il n’envisageait aucunement une suspension de l’enrichissement d’uranium avant que ces pourparlers n’aient lieu. Cette condition, cependant, constitue l’essence même de la Résolution 1696 de l’ONU adoptée le 31 juillet et dont le délai a expiré jeudi dernier sans aucun acte d’obéissance de la part de l’Iran. L’affaire semble avoir atteint une impasse. Si l’Iran ne change pas sa position, la communauté internationale va devoir complètement réexaminer son attitude dans cette controverse.

 

La deuxième solution constitue une option extrêmement peu attrayante. Elle permettrait au régime iranien de poursuivre ce que l’on croit être une quête d’armes nucléaires tout en continuant les discussions sur ce que le pays pourrait recevoir en échange de l’abandon de ces prétentions. La plupart des atouts, sinon tous, seraient ainsi entre les mains de M. Ahmadinejad, ce qui est d’ailleurs ce qu’il cherche à obtenir.

La nature de la politique iranienne est telle qu’on ne connaît jamais précisément les intentions de cette nation. On ne sait pas clairement si c’est le président ou l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême, qui mène la politique ou si les motifs qui se cachent derrière celle-ci sont de nature nationaliste ou théologique. Il existe des éléments réformistes et pragmatiques à Téhéran qui préféreraient s’intégrer au monde extérieur, et non s’isoler de celui-ci. Il est possible que, ayant préservé sa fierté au cours d’une certaine période, l’Iran accepte la suspension de l’enrichissement d’uranium mais attribue une appellation différente à cette décision.

C’est pourtant le seul scénario optimiste. L’Iran est peut-être déterminé à acquérir la capacité nucléaire et souhaite à la place gagner du temps afin de minimiser les dégâts qu’il pourrait subir dans ce processus. Il sait que la Russie, son principal fournisseur de technologie atomique pendant des années, est extrêmement réticente à menacer Téhéran. M. Ahmadinejad a vraiment le sens de la mise en scène et ne s’en cache pas. S’il peut transformer cette saga en un cirque dans son propre intérêt, alors il le fera.

Cette dernière stratégie fonctionnera si l’UE et les Etats-Unis se désolidarisent. Leur réponse à la dernière prise de position de Téhéran a été bien reçue par les radicaux iraniens. Tandis que George W. Bush affirme que l’Iran doit subir des conséquences pour continuer d’ignorer l’ONU, l’UE, représentée par la Finlande qui détient actuellement la présidence, a fait paraître qu’il n’y avait pas d’urgence dans le dossier. Javier Solana, premier négociateur de l’UE, a ensuite rétabli l’équilibre dans cette politique en insistant sur le fait qu’un délai d’uniquement deux semaines était accordé avant que l’UE, comme les USA, ne fasse appel au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Il est impératif que ce délai ne s’étende pas indéfiniment et que le principe de base pour une négociation sérieuse ne s’affaiblisse pas. Le gouvernement iranien sera ravi de mener des pourparlers à propos de pourparlers tant que quelqu’un d’autre aura la volonté de discuter avec lui. La question centrale néanmoins n’est pas de savoir si Téhéran a l’intention d’envoyer des émissaires, mais quand la suspension de l’enrichissement d’uranium aura lieu. Si l’UE et Washington ne paraissent pas former un bloc uni, alors le monde restera difficilement un endroit sûr.