Par Stéphane Bussard
Le Temps (Suisse) Le délai imparti à Téhéran pour suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium expirait mercredi. L’ONU pourrait durcir ses sanctions.
L’impasse demeure totale. Le délai de soixante jours imposé à l’Iran par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 1737 pour suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium n’y a rien changé. Directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed El-Baradei vient d’achever son rapport sur le programme nucléaire iranien. Bien que ses conclusions ne doivent être connues officiellement que jeudi ou vendredi, des responsables de l’AIEA affirment déjà que leur patron annoncera que l’Iran a accru ses activités d’enrichissement au lieu de les suspendre.
Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, s’est fait le porte-parole de l’intransigeance de Téhéran: «Si nous obtenons cette énergie (ndlr: nucléaire), notre peuple avancera d’une cinquantaine d’années. C’est pour cette raison que nos ennemis ont si peur.» Et le président de poursuivre: le développement du nucléaire «vaut la peine, même si nous devons mettre fin à d’autres activités pendant dix ans.»
Des sanctions plus dures
Montrant par l’exemple que la diplomatie iranienne n’est pas monolithique, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a insisté sur la nécessité de poursuivre le dialogue pour régler pacifiquement le différend. Depuis l’année dernière, l’argument de la négociation a perdu toutefois de sa pertinence. Téhéran a déjà réussi à balader la communauté internationale d’un délai à l’autre sans en subir trop les conséquences. Mais depuis l’adoption de sanctions le 23 décembre dernier et depuis que des menaces de frappes aériennes américaines se font entendre, le vu de maintenir le dialogue pourrait être pieux.
Le Conseil de sécurité de l’ONU risque de décider rapidement de prendre des sanctions beaucoup plus dures que celles qu’il a prises à la fin 2006. Ces sanctions visaient notamment la fourniture à l’Iran de technologies et de matériels nucléaires et gelaient les biens de personnalités et de sociétés impliquées dans le programme nucléaire. Du côté français, le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a jugé nécessaire de durcir le ton en appelant à l’adoption d’une nouvelle résolution «allant plus loin que la précédente». Pour le chef de la diplomatie française, ce n’est que par une attitude ferme qu’un vrai débat aura lieu en Iran même au sujet de la politique du président Ahmadinejad.
Membre de la commission des Affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne, Ali Safavi abonde dans le même sens: «Il est futile de continuer à négocier. Le Conseil de sécurité doit prendre des sanctions plus dures par rapport au nucléaire, mais aussi à la technologie, au pétrole, aux armes et à la diplomatie. Il ne faut pas oublier que l’Iran finance son programme nucléaire avec les revenues du pétrole. Et puis il faut être clair: l’énergie nucléaire est quatre fois plus onéreuse que les énergies fossiles dont l’Iran regorge.»
Le fatalisme européen
Face au bras de fer de Téhéran, les Etats-Unis ne changent pas de cap. Ils démentent toutefois le plan dévoilé mardi par la BBC détaillant une attaque américaine des sites nucléaires iraniens. La secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a même profité de la controverse pour vanter les mérites du bouclier antimissile que Washington entend installer en Europe. Un tel bouclier, estime-t-elle, permettra de se protéger des menaces en provenance d’Iran.
Dans les pays du Golfe enfin, on est partagé entre le souhait de voir la puissance chiite iranienne remise dans le rang et les risques liés à une intervention américaine. Une telle attaque pourrait mettre le feu à toute la région et attiser les tensions déjà fortes entre chiites et sunnites.
Reste l’Union européenne. Dans un document censé rester secret et rédigé par les services de Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, on estime qu’il sera très difficile de reprendre les négociations. Et on est déjà fataliste: l’Iran aura un jour la bombe atomique.

