dimanche, novembre 27, 2022

Hommage à Claude Cheysson

Le 27 septembre se sont tenues à Paris, en la cathédrale des Invalides, les obsèques de l’ancien ministre des Relations extérieures Claude Cheysson qui vient de disparaitre à l’âge de 92 ans à la suite d’une longue maladie.

 

L’homme qui a été salué par toute la classe politique française, à commencer par le Président de la République François Hollande, a eu droit à un adieu solennel en présence de sa famille et de ses amis, parmi lesquels Sid Ahmed Ghozali, ancien chef du gouvernement algérien, qui a prononcé une oraison funèbre.

La présence remarquée de Maryam Radjavi, la présidente élue de la Résistance iranienne, et de nombreux membres de la Résistance témoignait de l’amitié fidèle qui liait Claude Cheysson au Conseil national de la Résistance iranienne, au peuple iranien et à son combat pour la liberté.

Voici l’intervention de Sid Ahmed Ghozali :

« En pleurant un ami, comment ne pas m’attacher surtout à dire le privilège que j’ai eu à connaître un être d’exception, en qui le Créateur a associé au plus haut degré, tant d’énergie et d’intelligence, de pensée et d’action, de courage et d’humilité ?
Il n’aura pas été ingrat envers la nature, cet homme qui n’aura cultivé de tels dons à leur hauteur que pour les mettre au même moment au service des autres, sa vie durant, à l’intérieur de sa patrie bien sûr, mais au-delà, au service de l’humanité.

À une semaine près, Claude Cheysson s’est éteint 56 ans après l’arraisonnement aérien du 26 octobre 1956 qui a conduit à l’arrestation de quatre chefs historiques de la révolution algérienne. Le lendemain il y eut, à la stupéfaction de la classe politique, ce haut fonctionnaire français de 36 ans qui, au préjudice certain de toute sa carrière, dénonçait publiquement l’opération.

Le souvenir d’une telle audace était encore dans les mémoires, quand le jour du recouvrement de l’indépendance de l’Algérie, nous fumes une petite poignée de compatriotes à découvrir la personne de Claude Cheysson, je pense notamment à Belaid Abdesalam et Lamine Khène.

Choisi en 1962 par Charles de Gaulle comme chef de file de la partie française de la mise en œuvre du volet énergétique des accords d’Évian, Claude Cheysson mis les pieds en Algérie précédé ainsi à l’image d’un courageux défenseur des peuples colonisés. C’est dire qu’il n’allait pas tarder à gagner auprès de ses vis-à-vis algériens estime et amitié.

Pour ce qui me concerne, nous nous étions mutuellement donné la main, lui mon ainé de 17 ans, moi sorti frais émoulu de l’école des Ponts mais impliqué dans le secteur de l’énergie. J’ai beaucoup appris auprès de lui. Notre amitié date de cette tranche de quatre années de sa vie qu’il a consacrée entièrement à l’Algérie.

Nous fûmes ensuite séparés par nos fonctions respectives, sans pourtant cesser de correspondre. C’est hors du service public que j’ai observé de loin le ministre des relations extérieures de 1981 à 1984. Son talent et son dévouement aux causes justes n’ont pas été pour rien dans le rôle spécifique que la France a joué en Méditerranée durant cette période : résolution du contentieux gazier algéro-français, invasion du Liban par Israël, dégagement de Yasser Arafat de Beyrouth bombardée, migration de l’OLP sur Tunis, etc.

Par ailleurs, et parce qu’elle est significative de la constance et de la pugnacité de Claude Cheysson dans son soutien aux causes justes, une motion particulière doit être réservée à l’accueil accordé par la France aux résistants iraniens, notamment à leurs leaders Massoud Radjavi en 1981, ainsi que Madame la Présidente Maryam Radjavi, dont je salue respectueusement la présence parmi nous.

Quelles que furent ses occupations par la suite et jusqu’à l’épuisement de ses forces physiques, Claude Cheysson n’a jamais modéré et encore moins cessé son soutien fraternel au peuple iranien en butte à une dictature usurpatrice de la religion doublement cruelle.

Par un chanceux avatar du service public, nous nous sommes retrouvés lui et moi de 84 à 88. Il était Vice-président de la commission Jacques Delors, en charge de la coopération euro méditerranéenne, j’étais ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, notamment auprès de la CEE de l’époque.

En même temps que tous mes collègues ambassadeurs arabes, nous étions témoins de ce qu’il donnait quotidiennement de sa personne au profit de la coopération économique euro-méditerranéenne, du dialogue euro- arabe et, last but not least, de la question palestinienne.

De 88 à 94, lui entre au parlement européen et l’Arche de la Défense, moi-même retourné successivement aux Finances, aux Affaires étrangères, à la tête du gouvernement et enfin ambassadeur à Paris, nous nous retrouvons sur les mêmes chemins, dans les mêmes combats en faveur du développement, des droits de l’homme, contre les guerres du Golfe successives, y compris celle de 2003.

Durant la décennie 90, ils n’étaient pas pléthore dans la société dominante en France, ceux qui à l’instar de Claude Cheysson ou André Mandouze ou encore Joseph  Rovan, vivait douloureusement le fait de voir l’Algérie isolée par l’Occident, faisant face seule à l’épreuve terroriste et qui exprimaient sans cesse le rejet du terrorisme et leur solidarité avec le peuple algérien. Ils incarnaient chacun à sa façon, l’intellectuel et l’homme d’action qui s’impliquaient, parfois au grand dam des appareils, voire au grand courroux des establishments, dans tous les combats en faveur des causes justes, que ce fut contre le nazisme et contre tous les fascismes, ou contre les racismes sous toutes leurs formes ou contre le colonialisme et le néo-colonialisme ou contre les intégrismes de tous bords.

A mes yeux, ils portaient une lumière réconfortante qui préservait l’honneur des terres qui se revendiquent des droits de l’Homme, en ce qu’elle se projetait sur des passé glorieux que l’histoire nous avait transmis dans un présent défigurant.

Chère Danielle,

Cela fait près de trente ans que nos deux familles partagent leurs joies et leurs peines. Claude vous quitte, Claude nous quitte, c’est la loi de la vie. Nous sommes tous appelés à rejoindre un à un nos disparus. Ne pas oublier que Claude a eu une vie pleine à craquer, pleine de réflexion, d’action, d’amour et de fraternité, voilà qui vous aidera sûrement à préserver pour vous-même, pour vos enfants à vous deux, des plus grands aux plus petits.

Et aussi pour les nombreux amis et frères du cher disparu, Paix à son âme. »

 

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