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Le cessez-le-feu de Khomeiny il y a 38 ans : la clé pour mettre fin au conflit iranien d’aujourd’hui

Le cessez-le-feu de Khomeiny il y a 38 ans : la clé pour mettre fin au conflit iranien d'aujourd'hui
Des combattantes victorieuses de l’Armée de libération nationale scandent « Aujourd’hui Mehran, demain Téhéran » après la libération de la ville frontalière stratégique de Mehran le 18 juin 1988

Il y a 38 ans aujourd’hui, le 17 juillet 1988, Rouhollah Khomeiny adressait une lettre aux Nations Unies acceptant la résolution 598 du Conseil de sécurité. C’était un cessez-le-feu auquel il s’était farouchement opposé pendant six ans. Quelques jours plus tard, le fondateur de la dictature cléricale faisait une confession publique stupéfiante : « Accepter cette question est plus mortel pour moi que du poison… J’avais fait le serment de me battre jusqu’à ma dernière goutte de sang. »

Cette capitulation forcée a brisé l’image d’infaillibilité divine que Khomeiny avait soigneusement cultivée. Il avait initialement préparé le terrain pour le conflit en orchestrant des escarmouches frontalières, en appelant publiquement le peuple irakien à renverser son gouvernement et en soutenant des tentatives d’assassinat contre des responsables irakiens. En présentant la guerre qui s’ensuivit comme une croisade, il avait lié son autorité absolue à une victoire absolue. En acceptant la « victime » de la paix, il se révéla non pas comme un émissaire divin, mais comme un mortel vaincu, démoralisant profondément ses partisans fanatiques.

En réalité, Khomeiny avait instrumentalisé le conflit pour faire taire l’opposition intérieure sous couvert d’une situation d’urgence liée à la guerre. Même après le retrait des forces irakiennes jusqu’à la frontière internationale en 1982 et la déclaration de Bagdad d’être prêt à une trêve, Khomeiny refusa, jurant de se battre « jusqu’à la dernière maison à Téhéran ». Il avait besoin de la guerre pour consolider son pouvoir ; y mettre fin signifiait libérer la fureur intérieure qu’il avait impitoyablement réprimée.

Le coût exorbitant de la survie

Le coût de la stratégie de survie du régime fut apocalyptique. Ces six années de conflit inutile ont engendré plus de 1 000 milliards de dollars de dommages économiques pour l’Iran. Le bilan humain fut catastrophique : un million de morts, deux millions de blessés et d’invalidités permanentes, et quatre millions de déplacés, rien que du côté iranien.

La volonté désespérée du régime de prolonger le conflit a donné lieu à une cruauté inimaginable. Des écoliers adolescents furent enrôlés de force comme soldats jetables pour épuiser les munitions ennemies. Des enfants de douze ans à peine furent recrutés dans la milice Bassidj et envoyés par vagues successives pour déminer les champs de mines. Le gouvernement importa notamment 500 000 clés en plastique de Taïwan, qu’il suspendait au cou des enfants comme de véritables « clés du paradis ».

Tout au long de ce carnage localisé, Bagdad accepta de nombreuses initiatives de paix internationales et des résolutions de l’ONU. Khomeiny les rejeta systématiquement toutes, insistant sur le fait que ses forces marcheraient sur Jérusalem en passant par Karbala. Il ne changea de cap que lorsqu’une menace existentielle émergea de l’intérieur même de ses frontières.

La menace intérieure

Ce qui a finalement brisé la volonté du régime, ce n’est ni la diplomatie, ni l’armée irakienne, mais l’Armée nationale de libération de l’Iran (ANL), la branche armée de la Résistance iranienne. Au printemps 1988, l’ANL lança l’opération Aftab (Soleil brillant), mettant en déroute la 77e division d’élite du Khorassan lors d’une offensive dévastatrice de 24 heures.

Le 18 juin 1988, l’ANL poursuivit avec l’opération Chelcheragh (Quarante étoiles). Les forces de la Résistance libérèrent la ville stratégique de Mehran, anéantissant deux divisions militaires d’élite – la 11e du Corps des gardiens de la révolution islamique et la 16e division blindée de l’armée – et s’emparant de plus de 2 milliards de dollars de matériel militaire. Les combattants victorieux scandèrent un slogan qui résonna jusqu’à la capitale : « Aujourd’hui Mehran, demain Téhéran.» Et le message parvint bel et bien à Téhéran.

Ce qui rendait l’Armée nationale de libération (ANL) si menaçante pour le régime, ce n’était ni sa taille ni sa puissance militaire conventionnelle, mais sa nature politique et sociale. Numériquement parlant, elle était bien plus réduite que les forces armées irakiennes ou iraniennes. Pourtant, l’ANL n’a jamais été une simple formation militaire. Le régime avait compris que l’OMPI bénéficiait d’un large soutien à travers l’Iran et que, de fait, l’ANL était une armée dont les officiers étaient en première ligne tandis que nombre de ses soldats potentiels étaient déjà dispersés dans les villes du pays. Son avancée ne pouvait donc se mesurer uniquement au nombre de combattants franchissant la frontière. Le véritable danger résidait dans sa capacité, une fois lancée, à prendre de l’ampleur comme une avalanche, des milliers de personnes la rejoignant ville après ville. C’est cette perspective – une force iranienne organisée capable de déclencher un soulèvement populaire d’une ampleur bien plus grande – qui rendait l’ANL bien plus dangereuse pour le pouvoir clérical que sa seule taille militaire ne le laissait supposer.

Le besoin permanent de conflit : juillet 2026

Aujourd’hui, le pouvoir clérical se trouve dans une situation étonnamment similaire, souhaitant une guerre régionale pour éviter un effondrement intérieur suite à la mort du Guide suprême Ali Khamenei en février 2026. Comme l’ont prouvé les trois dernières décennies, le régime a fondamentalement besoin de la guerre. L’effondrement récent du cessez-le-feu du Mémorandum d’Islamabad de juin 2026, le 8 juillet, témoigne de ce désespoir. Au lieu de profiter de la trêve pour reconstruire, Téhéran a immédiatement repris sa politique de la corde raide en menaçant les navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz afin d’exiger des péages et d’affirmer son contrôle.

À l’instar de Khomeiny dans les années 1980, les dirigeants actuels perçoivent toute paix durable comme une menace existentielle. Une paix véritable exigerait la reddition de comptes, la transparence, la fin de l’état d’urgence permanent et le démantèlement de l’appareil répressif – des conditions que le clergé ne peut tolérer, surtout dans le contexte du vide du pouvoir créé par la mort de Khamenei. Pourtant, la plus grande crainte du régime aujourd’hui n’est pas tant une armée étrangère ou une nouvelle guerre extérieure. C’est la perspective d’une population à bout de nerfs qui trouve en elle une direction, une organisation et une alternative politique crédible.

L’Armée de libération nationale n’est plus stationnée le long des frontières iraniennes et ne possède peut-être plus les chars, l’artillerie et la structure militaire conventionnelle d’antan. Mais elle n’a pas disparu. Dès sa création, l’Armée nationale de libération (ANL) n’a jamais été une simple force militaire ; elle constituait également une force politique et sociale dont les combattants potentiels étaient présents dans tout l’Iran. Après la fermeture du camp d’Achraf en Irak – sa principale base –, le centre de son activité s’est déplacé de la frontière vers l’intérieur du pays. La stratégie de création de « mille Achraf » s’est concrétisée par l’établissement d’unités de résistance affiliées aux Moudjahidine du peuple (MEK ou OMPI) à travers les provinces, les villes et les agglomérations iraniennes. Au fil des ans, ces réseaux ont contribué à alimenter et à propulser des soulèvements nationaux successifs, devenant ainsi l’une des sources de crainte les plus persistantes pour le régime.

Le paysage stratégique a donc évolué, mais la menace sous-jacente qui pèse sur le régime demeure inchangée. En 1988, Khomeiny a été contraint d’affronter une force iranienne organisée, capable de transformer un mécontentement généralisé en une contestation directe de son pouvoir. Aujourd’hui, cette force ne progresse plus en colonnes depuis un camp militaire ; elle opère à travers une résistance décentralisée, profondément ancrée dans la société iranienne. Le régime comprend que des millions de citoyens appauvris, indignés et désabusés pourraient constituer la force vive de cette nouvelle armée de libération, dès lors qu’un mouvement national prendra de l’ampleur. Alors que la guerre contre l’Iran de 2026 se poursuit et que les initiatives diplomatiques internationales restent au point mort, la leçon de juillet 1988 demeure d’actualité : une stabilité régionale durable ne s’obtiendra pas uniquement par des sanctions, des négociations ou des pressions militaires étrangères. La force décisive viendra de l’intérieur même de l’Iran, de son peuple et d’une résistance organisée capable de transformer la colère populaire en un mouvement pour un changement fondamental.