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Elaheh Azimfar : Pourquoi je me bats pour un Iran laïc en tant que femme musulmane

Elaheh Azimfar : Pourquoi je me bats pour un Iran laïc en tant que femme musulmane
Des foules de manifestants lors du soulèvement de 2022 à Téhéran, Iran

Dans l’Iran d’aujourd’hui, la foi est devenue un outil d’oppression, de discrimination et de peur, au lieu d’offrir un guide spirituel pour enrichir la société humaine et ses valeurs. En tant que femme musulmane, j’ai non seulement été témoin de cette déformation de l’islam, mais j’ai également subi le fardeau d’être trahit par un régime qui prétend parler au nom de ma foi.

Mais soyons clairs : non seulement il n’y a aucune contradiction entre être musulman et croire en la séparation de la religion et de l’État, mais selon les enseignements du véritable islam, la souveraineté appartient au peuple, et c’est lui qui doit la déterminer. En fait, je crois qu’une telle vision est la seule voie vers le rétablissement de la dignité, tant pour la religion que pour le peuple.

Foi et liberté ne sont pas contradictoires
Ma foi façonne mes valeurs, renforce ma résilience et inspire la compassion. Mais elle n’est pas un outil de gouvernance. Ma foi s’oppose à la religion forcée, au gouvernement forcé et au port du voile forcé, en particulier dans un pays aussi diversifié que l’Iran. La démocratie, par définition, ne peut s’épanouir que lorsqu’il existe une séparation claire entre la religion et l’État, où les personnes de toutes confessions ou sans confession sont traitées sur un pied d’égalité devant la loi.

En novembre 1985, le CNRI a adopté un plan concernant la séparation de la religion et de l’État pour un Iran futur, dans lequel toute forme de discrimination à l’encontre des adeptes des différentes religions et confessions dans la jouissance de leurs droits individuels, sociaux et politiques est interdite. De plus, « le droit de toutes les religions et confessions d’enseigner, de faire du prosélytisme et d’accomplir librement leurs rituels et traditions, ainsi que le respect et la sécurité de tous les lieux qui leur appartiennent, sont garantis ».

Selon ce plan, les tribunaux islamiques et les peines religieuses telles que la lapidation, l’amputation et l’exécution, imposées par le régime inhumain actuel, seront tous abolis.

L’histoire contemporaine de l’Iran nous a montré ce qui se passe lorsque cette frontière est violée. Le régime au pouvoir a commis d’innombrables crimes sous couvert de l’islam. Mais l’islam auquel je crois, et celui pratiqué par les membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), consacre la liberté de croyance. Comme le dit le Coran : « Il n’y a pas de contrainte en religion.» Ce verset n’est pas une simple phrase ; c’est un principe de justice, au cœur de ma spiritualité et de mes convictions politiques.

C’est pourquoi je soutiens l’OMPI, l’organisation centrale du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) et ses valeurs fondamentales : la démocratie, le pluralisme, l’égalité des sexes et la laïcité. Je soutiens un Iran futur où la religion appartient au cœur, et non au pouvoir.

Idées reçues sur l’OMPI
L’OMPI a été la force fondatrice du CNRI, une coalition regroupant des personnes de tous horizons : laïcs, religieux, de gauche, etc. Plus de 50 % des membres du CNRI sont des femmes.

Bien qu’étant le groupe le plus important au sein du CNRI, l’OMPI ne détient pas plus de voix que les autres membres. Ce modèle de leadership partagé est rare et impressionnant. Il reflète l’engagement profond de l’OMPI en faveur de la prise de décision démocratique et de l’inclusion, des valeurs qui vont bien au-delà de l’appartenance religieuse.

Les principes fédérateurs de l’OMPI sont clairs :

  • Non à la théocratie au pouvoir.
  • Non au retour à la dictature du Shah.
  • Oui à la séparation de la religion et de l’État.

Tout groupe ou individu qui soutient ces trois principes est invité à rejoindre le « Front de solidarité nationale », quelles que soient ses convictions politiques. Cette ouverture d’esprit est ce qui fait la force et la résilience de la coalition, même sous une répression brutale.

Si certains groupes ont pris leurs distances, ce n’est souvent pas par choix. Le régime iranien a rendu toute rapprochement publique à l’OMPI extrêmement dangereuse, entraînant emprisonnement, torture et exécution. Malgré les risques, de plus en plus de jeunes et de femmes en Iran rejoignent les unités de résistance de l’OMPI. Cette réalité est plus éloquente que toute propagande.

Hijab, choix et droit à la dignité
En tant que femme ayant choisi de porter le hijab, on me demande souvent quelle est ma position sur la liberté vestimentaire des femmes. Ma réponse est simple : je soutiens pleinement le droit de chaque femme à choisir ce qu’elle porte. Qu’elle choisisse ou non le hijab, sa décision doit être respectée sans contrainte, peur ni jugement.

Les Iraniennes ont souffert des deux extrêmes. Sous Reza Shah, elles ont été contraintes de retirer leur hijab. Après 1979, Khomeiny les a obligées à le porter. Ces deux extrêmes constituaient des violations de la liberté individuelle.

Maryam Radjavi, présidente élue du CNRI, a magnifiquement résumé cette vision : non au voile obligatoire. Non à la religion obligatoire. Non à l’État obligatoire.

Permettez-moi de partager un moment historique qui définit ce principe. Au lendemain de la révolution de 1979, lorsque les femmes iraniennes sont descendues dans la rue, alors qu’elles protestaient contre le port obligatoire du voile, elles ont été encerclées par les voyous du régime. Qui est venu à leur défense ? Des femmes de l’OMPI ; des femmes qui portaient elles-mêmes le voile se sont interposées entre les agresseurs et les manifestants. Elles ont formé un bouclier humain, défendant le droit de choisir, même si ce choix était différent du leur.

C’est à cette libération des femmes que je crois. C’est à cet Iran que nous devons construire.

Reconquérir l’islam des mains des mollahs
Le régime a profané l’islam pour servir ses propres intérêts. Mais la bonne réponse n’est pas d’abandonner la foi ni de faire honte à ceux qui la défendent encore. La solution est, premièrement, de permettre aux musulmans tolérants et démocrates comme l’OMPI de dénoncer le fondamentalisme islamique et de présenter leur interprétation moderne et humaine de l’islam. Deuxièmement, de dissocier la foi du pouvoir, afin que chacun puisse revendiquer ses convictions librement, sans coercition ni manipulation.

La confiance se reconstruit non par des slogans, mais par des actes. L’OMPI et le CNRI n’ont jamais imposé la religion. Elles se sont battues et ont fait des sacrifices pour un pays où personne ne sera plus jamais emprisonné ou tué en raison de ses croyances ou de sa tenue vestimentaire.

En tant que femme musulmane, je défends la même liberté que je souhaite pour chaque Iranien : vivre dignement. Choisir sa voie. Penser, croire, parler et agir librement.

Et oui, je crois que cet avenir est non seulement possible, mais qu’il est proche.