mercredi, décembre 7, 2022
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En ce taisant sur Liberty, l’ONU perd de sa crédibilité et de son honneur – Jean Ziegler

CNRI – « Ma remarque personnelle est une remarque de gratitude profonde et d’admiration pour les résistantes et résistants iraniens sur le sol irakien. Ils sont les dépositaires de la dignité de l’humanité toute entière. Il faut qu’ils vivent pour conduire demain la révolution victorieuse en Iran », a déclaré Jean Ziegler le 27 février dans une conférence internationale à Genève en présence de Maryam Radjavi.

Voici l’intervention du Pr Jean Ziegler, universitaire suisse de renom et vice-président du comité consultatif du conseil des droits de l’homme de l’ONU :

C’est un honneur pour moi de pouvoir prendre la parole ici devant vous, cette impressionnante assemblée. Je voulais remercier Mme Radjavi, la présidente du CNRI, de faire honneur à notre ville, honneur à notre république, par sa visite. C’est pour la population genevoise un honneur rare et important et nous sommes remplis de gratitude.

Mme Radjavi a parlé quelques mots tout à l’heure de notre ami Kazem Radjavi, assassiné dans un petit village tout près d’ici, le 24 avril 1990. Nous ne l’oublierons jamais. Il était un professeur excellent, extraordinaire à l’université de Genève, grand intellectuel, mais surtout un défenseur des droits de l’homme délégué pendant des années – courageux et téméraire – du CNRI à l’époque auprès de la commission des droits de l’homme des Nations Unies.

Si j’évoque Kazem ici une deuxième fois, après Mme la Présidente, c’est pour vous faire part d’une nouvelle. Vous savez que la justice vaudoise a identifié 13 membres du commando qui l’a assassiné. Parmi eux le responsable Akhounzadeh Basti. Cet assassin ce soir est de retour à Genève. Demain il va prendre la parole devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Il est aujourd’hui vice-ministre des affaires étrangères de la république des mollahs. C’est une honte pour Genève, c’est une insulte, mais malheureusement, on ne peut pas l’empêcher, il jouit de l’immunité diplomatique. Mais je crois que cette assemblée ce soir est la réponse aux assassins qui osent même revenir dans la ville où ils ont tué. Parce que vous incarnez la justice, la liberté et le combat pour la solidarité internationale.

Vous savez que l’indifférence, l’indolence, l’hypocrisie des Nations Unies me rendent malade comme beaucoup d’entre vous.

Depuis près de 15 ans maintenant je fais partie des procédures spéciales du conseil des droits de l’homme dans différentes fonctions. Nous avons vécu, vous le savez, en 1994, le génocide du Rwanda, en 1995 le massacre de Srebrenica, en 2009 le massacre de 70.000 personnes, des civils, hommes, femmes et enfants au Sri Lanka. C’était trois secrétaires généraux différents. Chacun, après coup, a fait établir un rapport de ce qui s’est passé, et chacun a témoigné de sa honte de son émotion et a demandé des excuses. Boutros Ghali, Koffi Annam et Ban Ki-moon. Dans deux jours Ban Ki-moon est à Genève, devant le conseil, puisque cette fois-ci, le conseil va discuter les rapports sur les massacres du Sri Lanka, en 2009, quatre ans après. Et je vous garantis que M. Ban Ki-moon va s’excuser, va être ému, va dire « je ne savais pas, je ne pouvais pas, excusez-moi, etc. » je vous le garantis. Je vais aller l’écouter vendredi prochain.

Eh bien il ne faut pas qu’à Liberty, à Achraf les 3100 résistants iraniens subissent le même sort, subissent le massacre, reçoivent l’hommage d’un secrétaire général quelques années plus tard et fassent l’objet d’excuses internationales. Ce qui se passe maintenant et vous voyez les 7 martyrs, et il faudrait ajouter les 142 amputés, aveuglés, blessés, blessés graves pour beaucoup d’entre eux, qui ont été l’objet du bombardement.

C’est la 3e fois que les résistants iraniens pacifiques sont attaqués sur le sol irakien et c’est la 3e fois que l’ONU ne dit rien. La Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, qui pourtant a ouvert la 22e session lundi dernier, n’a pas dit un mot. Et bien c’est à nous de provoquer l’insurrection des consciences. C’est à nous d’exiger maintenant que ce nouveau massacre n’ait pas lieu, soit empêché. Plusieurs propositions ont été faites, j’en ferai aussi quelques unes.

Quelle est notre légitimité finalement, vous, cette assemblée magnifique ? Eh bien elle est la légitimité suprême des Nations Unies. Le préambule de la charte dit « We the people of the United Nations », « Nous les peuples des Nations Unies ». Pas nous les Etats ou les Hauts-commissaires, nous les diplomates des Nations Unies. « Nous les peuples des Nations Unies, décidons » et après viennent les 111 articles de la charte et trois ans plus tard, les trente articles de la déclaration universelle des droits de l’homme. Tout cela découle d’une seule légitimité, de la légitimité des peuples qui forment les Nations Unies et ces peuples vous les représentez ce soir.

Je voulais maintenant dire quelque chose d’un peu plus technique. Kobler, Martin, est un des 53 représentants spéciaux à travers le monde du Secrétaire général avec un mandat précis. Pour comprendre sa situation, sa femme est ambassadrice de la république fédérale allemande, Brita Wagner, à Bagdad. Il est évident que quand vous êtes ambassadeur dans un pays, n’importe quel pays ou n’importe quel pays représenté ou accrédité, vous devez avoir les meilleurs rapports possibles avec le gouvernement local. Donc, évidement, Mme Wagner fait tout pour ne pas fâcher Maliki, pour se montrer le plus accommodant possible. Et son mari, pour ne pas gêner la carrière de sa femme, est normalement entrainé dans la complicité, mais cette fois-ci meurtrière de cette politique de politesse, de complicité active avec un premier ministre qui n’est d’autre qu’un laquais pur et simple des mollahs de Téhéran.

Je pense qu’il vaut la peine juridiquement, et vraiment je parle là comme juriste, il vaut la peine d’examiner en quoi M. Kobler peut être inculpé pour complicité de crime contre l’humanité. C’est une procédure.
 
Son comportement vous le connaissez : mensonges intentionnels face à la présidente du CNRI lors du transfert, ensuite refus de protection à Liberty, aveuglement sur les conditions de vie dans ce camp de prisonniers, et enfin refus de venir rencontrer les survivants de l’attaque. Tout cela fait un dossier lourd. Soit devant des tribunaux allemands qui ont une jurisprudence très sûre, très forte, sur les crimes conter l’humanité, soit devant la justice internationale à La Haye, il faut ouvrir une procédure pour complicité de génocide contre Martin Kobler.

Deuxième chose : qui sont les 3100 et quelques qui sont les résistants et résistantes iraniennes sur le sol irakien ? Bien sûr ils et elles défendent notre et leur liberté. Ils sont la fierté de l’humanité, bien sûr. Ils sont l’avant-garde, comme le disait Nils de Dardel, de la révolution victorieuse en Iran à venir. Mais en même temps, maintenant sur le plan purement juridique, formel, ils sont des requérants d’asile. Ils sont été interrogés, il y en a deux mille qui sont déjà passés, etc. Ils sont des requérants d’asile.

La convention de 1951 des Nations Unies sur les réfugiés reconnait comme requérants, plus tard comme réfugiés, ceux qui entrent dans trois catégories seulement : ceux qui sont persécutés pour des raisons religieuses, persécutés pour des raisons ethniques, ou persécutés pour leurs opinions politiques. C’est évidement le cas des démocrates à Achraf et à Liberty. C’est parce que politiquement, par leurs convictions, leurs analyses, le combat de toute leur vie, ils sont à l’opposé radical d’une dictature cléricale obscurantiste. La protection des requérants d’asile est écrite dans la convention 1951.

Hier, il y a un Haut commissaire des réfugiés des Nations Unies, mais en même temps, il y a une Haute commissaire adjointe, Mme Erika Feller, qui est elle spécifiquement chargée de la protection, des mécanismes de protection. Et hier, elle a parlé au Palais des Nations, devant le conseil des droits de l’homme. Elle a réaffirmé publiquement que les requérants d’asile, en processus de requête d’asile, sont sous la protection de la convention. Elle n’a pas parlé d’Achraf ni de Liberty, évidemment, mais elle a parlé des réfugiés africains qui, quand ils sont en mer, en route vers les Canaris, en Méditerranée, ou en route vers Naples et Lampedusa, déjà quand ils sont en mer, avant même qu’ils aient atteint la cote sud de l’Europe, ils sont sous la protection de la convention. Il faut une déclaration publique, claire, indiscutable du Haut Commissaire des réfugiés des Nations Unies affirmant le principe de protection pour les résistants-résistantes sur le sol irakien. Mais je pense que ce n’est pas suffisant.

Le Haut commissariat a en effet dans le système des Nations Unies est une figure juridique tout à fait à part. Ce n’est pas une organisation spécialisée comme l’OMS, l’OIT etc. C’est une organisation née dans les années 1930, dans des circonstances tout à fait particulières qui a un conseil d’administration. 18 Etats qui forment le conseil de direction suprême devant lequel le Haut commissaire doit rendre compte, assumer ses responsabilités. Il faut donc intervenir sur le conseil d’administration.

Il faut contacter chacun des Etats-Membres du Conseil d’administration du Haut commissariat et le confronter avec sa responsabilité. Parce que s’il y a un mort de plus à Liberty ou à Achraf, ce sont ces Etats, ces gouvernements, ces ambassadeurs qui siègent au conseil d’administration du Haut commissariat, qui sont directement responsables, au même titre que le Haut commissaire.

Patrick Kennedy et l’ambassadeur Bolton l’ont dit très justement, les Nations unies aussi totalement critiquables qu’elles soient, c’est quand même l’horizon de notre histoire. Sans les principes de la charte, sans les principes de la déclaration, il n’y a pas de civilisation sur terre. Donc tous nous avons intérêt à ce que les Nations Unies vivent, soient crédibles, fassent leur travail. Nous y avons tous intérêt.

Or en se taisant sur Liberty, en se taisant sur Achraf, en ne mettant pas en œuvre, pas la semaine prochaine, mais immédiatement, les mécanismes de protection pour les requérants d’asile, les Nations Unies perdent un peu plus, même beaucoup, de leur crédibilité et de leur honneur.

Je termine par une remarque tout à fait personnelle. Bien sûr, nous discutons aujourd’hui et de façons très concrète. J’aime beaucoup la façon très concrète qu’à Mme Radjavi de formuler des propositions immédiatement réalisables adressées à la communauté internationales. Nous sommes là pour éviter un massacre qui est annoncé, puisque le laquais Maliki a dit « de toute façon je ne peux rien faire si il y a un nouveau massacre qui vient » et les mollahs, publiquement, et les documents le disent « nous allons recommencer très prochainement à tirer sur ces maisons en papier, avec des missiles » et ils ne vont pas, si on les laisse faire, s’arrêter avant que tout le monde soit morts. Il s’agit d’empêcher ça.

Ma remarque personnelle est une remarque de gratitude profonde et d’admiration pour les résistantes et résistants iraniens sur le sol irakien. Ils sont les dépositaires de la dignité de l’humanité toute entière. Il faut qu’ils vivent pour conduire demain la révolution victorieuse en Iran. 

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