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L’Iran confronté à des luttes de pouvoir exacerbées par le retour en force des sanctions de l’ONU

L'Iran confronté à des luttes de pouvoir exacerbées par le retour en force des sanctions de l'ONU
Photo d’archives : débats houleux au Parlement iranien

La dictature cléricale iranienne est confrontée à l’un de ses plus graves défis politiques de ces dernières années, avec l’intensification des divisions internes et le rétablissement des sanctions onusiennes draconiennes dans le cadre du mécanisme du « snapback ». Les pressions simultanées de l’effondrement économique, de l’isolement diplomatique et des luttes intestines ont créé un climat instable au sein du régime, minant encore davantage le moral, même au sein de sa base loyale.

Pezeshkian sous le feu des critiques après une interview télévisée
Les tensions ont été exacerbées après l’interview diffusée à l’échelle nationale du président du régime, Massoud Pezeshkian, qui visait à projeter l’unité, à rassurer les partisans du régime et à duper le grand public. Malgré les promesses explicites de loyauté de Pezeshkian au Guide suprême Ali Khamenei, des médias contrôlés par l’État et proches de factions extrémistes l’ont ouvertement attaqué.

Le 31 août, Kayhan, un journal considéré comme le porte-parole de Khamenei, a accusé Pezeshkian de ne pas avoir répondu aux crises croissantes du pays, qualifiant ses propos de « performance de campagne » plutôt que d’évaluation honnête des politiques gouvernementales. Le rédacteur en chef de Kayhan, Hossein Shariatmadari, est allé plus loin, affirmant que « l’honnêteté et la justice exigent des actions, y compris la puissance des missiles et des drones ». Il a critiqué l’administration de Pezeshkian pour avoir « trop peu montré de signes de solutions aux difficultés économiques de la population ».

Le moral au plus bas au sein de la base loyale du régime
Le mécontentement croissant ne se limite pas aux luttes intestines au sein des élites. Les analystes soulignent que les échecs répétés des politiques, aggravés par des années de sanctions, de manifestations et un manque de transparence, ont contribué à une baisse constante du moral, même parmi les plus fidèles partisans du régime, notamment une partie des Gardiens de la révolution et de la milice Basij. Alors que les partisans de la ligne dure exigent davantage de démonstrations de défiance envers l’Occident, des signes croissants montrent que la confiance dans la capacité des dirigeants à gérer la crise s’affaiblit, en particulier parmi ceux qui en étaient autrefois les plus fervents défenseurs.

Réinstauration des sanctions du « snapback »
Les troubles au sein de l’establishment au pouvoir ont été exacerbés par l’activation officielle du mécanisme de « snapback » prévu par la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Selon un article du journal d’État Ettela’at paru le 30 août, le rétablissement des sanctions rétablit sept résolutions antérieures, initialement imposées entre 2006 et 2010, annulant ainsi tout allègement accordé par l’accord nucléaire de 2015.

Etemad, un autre quotidien proche du gouvernement, a souligné que le mécanisme fonctionne automatiquement : trente jours après leur activation, les sanctions reprennent sans nécessiter de vote au Conseil de sécurité, ce qui prive Téhéran de la possibilité d’en bloquer la mise en œuvre par des vetos russes ou chinois.

Appels à la sortie du Traité sur le nucléaire
Au sein du parlement du régime, la réaction a été conflictuelle. Plusieurs députés ont ouvertement appelé l’Iran à se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire. Alireza Salimi, député, a déclaré le 30 août que « la sortie du TNP est l’une de nos contre-mesures potentielles contre l’Europe ». Ebrahim Azizi, président de la commission parlementaire sur la sécurité nationale et la politique étrangère, a confirmé qu’un « plan de triple urgence » de sortie du traité était à l’étude auprès du Conseil des gardiens et a souligné que « tous les piliers du système doivent se prononcer sur cette question ».

L’ancien ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a fait écho à ces appels, appelant à une « action gouvernementale rapide » pour contrer ce qu’il a qualifié d’« agression européenne ». Ahmad Ardastani, membre de la même commission, a averti que Téhéran était confronté à deux voies possibles: la confrontation, par exemple la fermeture du détroit d’Ormuz et le retrait du TNP, ou la poursuite des négociations pour « faire des concessions » à l’Europe. Le religieux extrémiste Hamid Rasaee a exigé l’expulsion des ambassadeurs européens, une mesure qui devrait être débattue au Parlement la semaine prochaine.

Kayhan cible Rohani et Zarif
Ces conflits croissants ont également ravivé de vieilles rivalités autour de l’accord nucléaire de 2015. Dans un éditorial du 29 août, Kayhan a lancé une nouvelle offensive contre l’ancien président Hassan Rohani et l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, les accusant d’avoir commis une « erreur stratégique » en acceptant la clause sur le « snapback ». Le journal a reproché à leur équipe de négociation d’avoir fourni aux puissances occidentales « une arme permanente contre l’Iran » et a décrit ce mécanisme comme un piège délibéré visant à affaiblir le régime.

Cependant, les critiques affirment que Khamenei lui-même a approuvé l’accord et ordonné sa ratification rapide par le Parlement, sapant ainsi la tentative de Kayhan de rejeter la responsabilité uniquement sur la faction de Rohani.

Pression croissante et instabilité croissante
Les enjeux pour les dirigeants religieux sont considérables. Les sanctions rétablies rétablissent un embargo complet sur les armes, des limitations strictes sur les technologies liées au nucléaire, des restrictions bancaires, des inspections de fret et de nouveaux gels d’avoirs visant des responsables et des institutions clés. Alors que la pression économique s’intensifie et que les protestations continuent de couver, l’establishment politique est confronté à des défis simultanés : isolement externe et fragmentation interne.