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Deux policiers tués à Bampur alors que les autorités ciblent la diffusion d’informations sur les devises

Deux policiers tués à Bampur alors que les autorités ciblent la diffusion d'informations sur les devises
Des habitants se rassemblent sur les lieux d’une fusillade dans le comté de Bampur, au sud-est de l’Iran, après l’attaque du 5 octobre 2026 contre une patrouille de police sur la route Bampur-Iranshahr.

L’Iran a entamé la journée du 5 octobre 2026 avec un nouvel incident de sécurité meurtrier au Sistan-et-Baloutchistan, des turbulences persistantes sur le marché des changes et de nouvelles preuves de répression au sein du système éducatif.

Un groupe armé a attaqué une patrouille de police du poste de Nokju sur la route Bampur-Iranshahr lundi matin, tuant le sous-lieutenant Amir-Hossein Ghasemi et le sergent-chef Nezam Dast-Goshadeh, et blessant un troisième agent. Les médias d’État ont indiqué que les forces de sécurité avaient par la suite commencé à ratisser la zone à la recherche des assaillants. L’agence Tasnim, gérée par le CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique), a rapporté plus tard que le groupe Jaish al-Adl avait revendiqué l’attaque dans un communiqué.

Cet incident s’inscrit dans une série inhabituellement concentrée d’affrontements armés et d’attaques observés au Sistan-et-Baloutchistan au cours de la semaine écoulée, de Zahedan et Rask jusqu’à Iranshahr et désormais Bampur. Les pertes humaines officiellement reconnues ce lundi sont donc significatives, non seulement en elles-mêmes, mais aussi parce qu’elles s’ajoutent à un contexte sécuritaire ayant nécessité des déploiements et des opérations répétés dans plusieurs districts.

La crise du rial devient un enjeu de sécurité de l’information

À Téhéran, parallèlement, les autorités ont de plus en plus traité la crise monétaire non seulement comme un problème financier, mais aussi comme une question de contrôle de l’information.

Le taux du dollar sur le marché libre est resté proche de 270 000 tomans lundi. Le Réseau d’information sur l’or et les devises d’Iran l’a enregistré aux alentours de 269 475 tomans à 17 h 34 (heure de Téhéran), après un pic en séance dépassant les 271 000 tomans. En revanche, le taux officiel du dollar pour les transferts de fonds fixé par la Banque centrale n’a atteint que 176 281 tomans, creusant un écart considérable entre le marché administré et le marché libre.

Cette divergence persiste malgré l’intervention de la Banque centrale, se chiffrant en milliards de dollars, et le lancement de la vente de dollars en espèces aux particuliers par l’intermédiaire des banques. Toutefois, la journée de lundi a été marquée par une nouvelle réaction révélatrice. Le chef de la police de la sécurité économique, Hossein Rahimi, a annoncé que des mesures judiciaires et policières seraient engagées à l’encontre des sites web publiant des taux de change qualifiés par les autorités de « faux », « gonflés » ou relevant d’une « bulle spéculative ». Il a précisé que cette initiative faisait suite aux instructions du procureur de Téhéran et a critiqué les plateformes nationales pour leur reprise de prix circulant sur des canaux basés à l’étranger.

Plus tôt dans la journée, M. Rahimi avait également critiqué la publication continue des cours des devises et des matières premières, arguant que de telles informations pouvaient influencer les attentes du public et le climat économique.

Cette évolution est notable. Les autorités ont déjà procédé à l’arrestation de cambistes, au gel de comptes et au ciblage de canaux en ligne. Désormais, alors que le taux du marché avoisine des niveaux records, la simple publication des prix fait elle aussi l’objet d’une surveillance policière. Cette mesure ne résout pas l’écart fondamental entre les valeurs officielles et celles du marché libre ; elle transforme plutôt l’information relative à cet écart en un nouveau terrain d’intervention des forces de l’ordre.

Le débat interne sur la politique monétaire s’intensifie également. Les législateurs ont à maintes reprises interpellé le gouverneur de la Banque centrale, Abdolnasser Hemmati, au sujet de l’intervention sur les devises, notamment concernant la décision de mettre jusqu’à 10 000 dollars à la disposition des acheteurs particuliers. Dimanche, un député a averti que des devises étrangères rares étaient, de fait, distribuées alors même que les responsables reconnaissent les tensions pesant sur les réserves.

Journée mondiale des enseignants : détention et emprisonnement

Le 5 octobre marquait également la Journée mondiale des enseignants, mais des rapports ont dressé un tableau sombre de la situation des éducateurs iraniens.

Selon une organisation locale de défense des droits humains, au moins 47 enseignants, en poste ou à la retraite, sont actuellement emprisonnés, en détention ou condamnés à l’exil : 13 purgent une peine de prison, 32 sont en détention et deux sont en exil. Ces cas concernent 19 provinces, bien que le lieu exact de détention ou les chefs d’accusation restent parfois indéterminés.

La portée de la situation dépasse le simple décompte chiffré. Les sanctions comprennent de lourdes peines de prison, le renvoi du système éducatif, la flagellation, l’exil et des restrictions professionnelles ; un cas implique même une double condamnation à mort qui a été confirmée.

Cette répression coïncide avec une crise plus large au sein de la profession. Des reportages récents dans les médias nationaux font état d’enseignants démissionnant parce que leurs salaires ne couvrent plus les besoins élémentaires, tandis que le ministère de l’Éducation a réagi en qualifiant les discussions sur ces démissions massives de campagne « cognitive » et culturelle dirigée contre le système.

Les tensions qui pèsent sur l’éducation trouvent leur écho dans des problèmes de plus en plus graves au sein du secteur de la santé. Dans une vidéo diffusée ces derniers jours, Ruhollah Miri, directeur de l’Institut du cancer de l’hôpital Imam Khomeini de Téhéran, a évoqué le cas de patients ayant épuisé toutes leurs ressources pour payer leurs soins et suppliant ensuite les médecins de mettre fin à leurs jours, affirmant avoir personnellement été témoin de situations de désespoir des patients tentant de se jeter sous les véhicules à la sortie de l’hôpital. Son témoignage apporte une dimension humaine aux preuves, plus larges, de la hausse des frais médicaux à la charge des ménages et de la défaillance des couvertures d’assurance.

L’aspect le plus révélateur de la journée du 5 octobre n’est donc ni un nouveau chiffre concernant le taux de change, ni un nouvel incident de sécurité. C’est l’érosion de la confiance dans les mécanismes par lesquels une société absorbe habituellement les tensions. Les marchés ont besoin de prix crédibles, les travailleurs d’institutions rendant la vie professionnelle viable, les patients d’une assurance et de soins réellement accessibles, et les citoyens de canaux leur permettant d’exprimer leurs griefs sans risquer la détention.

Lorsque ces mécanismes s’affaiblissent simultanément, les difficultés économiques ne se résument plus à une simple baisse de la consommation. Elles deviennent un problème de confiance envers les institutions. Et lorsque les autorités répondent à cette perte de confiance en contrôlant l’information, en réprimant la contestation au sein des professions et en multipliant les mesures sécuritaires, on court le risque que l’incertitude ne s’auto-alimente.