par Abolghassem REZAI
The Orange County Register, 12 février – Il y a trente-deux ans, presque jour pour jour, j’étais dans les rues d’une des plus grandes capitales du Moyen-Orient à appeler au renversement d’une dictature de trente ans. Avec quelques amis à Téhéran, j’aidais à organiser les manifestants de l’aube au coucher du soleil alors que le crépuscule tombait sur le régime du chah.
Aujourd’hui, en voyant les scènes de protestations au Caire, je me souviens d’images similaires trois décennies plus tôt.
J’ai participé à ces rassemblements, après ma libération de prison presque un an auparavant. Quatre de mes frères et une de mes sœurs ont été assassinés par la police secrète du chah pendant mes cinq années d’incarcération.
Tout comme les événements en Egypte, les manifestations contre le chah ont été inspirées au départ par les revendications de liberté de la presse, de réunion et d’expression, couplées à des appels à la libération des prisonniers politiques, à la fin de la corruption et à l’instauration de la justice sociale.
Le mot clé – et principal appel politique – était «liberté».
Mais dans la phase finale du renversement du chah – de septembre 1978 à février 1979 – Les intégristes islamiques dirigés par l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, ont soudain détourné l’énorme mouvement social pour l’ imprégner d’une idéologie intégriste qui le 11 février a conduit à l’instauration d’une théocratie beaucoup plus répressives et opposée à la liberté que son prédécesseur.
Depuis lors, le régime des mollahs a exécuté 120.000 opposants, dont deux de mes sœurs et leurs époux. J’ai été obligé de fuir le pays en 1981.
Bien sûr, l’Egypte d’aujourd’hui n’est pas l’Iran de 1979.
Chaque pays a sa propre trajectoire historique unique et des caractéristiques qui lui sont propres, pour ne pas mentionner les séismes sur la scène mondiale depuis 1979. En outre, l’intégrisme islamique en Iran a complètement échoué socialement et culturellement, et a plongé le pays dans un tourbillon de peur et de sang. En tant que tel, il est tellement répugnant que les partis islamiques en Egypte prennent leurs distances.
En même temps, il serait naïf de croire que la funeste perspective de l’intégrisme islamique laissera tranquille le soulèvement des Egyptiens.
Le principal défi ne vient pas de l’intérieur de l’Egypte et de ce qui s’y passe. Le défi, c’est que le Moyen-Orient est hanté par le régime iranien qui a le soutien des intégristes islamiques et des extrémistes de la région.
Les mollahs détectent les terrains propices à la diffusion de l’intégrisme islamique lorsqu’arrive les vagues du changement, dans des pays où en raison d’années de tyrannie et de répression, n’émerge pas de learder laïc de l’opposition, reconnaissable et doté d’un programme politique concret.
Les dirigeants de Téhéran sont extrêmement préoccupés par la liberté devenu un cri de ralliement au Grand Moyen-Orient, ainsi que par les conséquences des changements dans le paysage politique de la région. Ils sont toujours à cran à cause du soulèvement de masse de 2009, qui a fait chanceler le régime tout entier.
Fidèle à l’adage «à la guerre, la meilleure défense c’est l’attaque», le régime fera tout son possible pour détourner les soulèvements populaires en Egypte et en Tunisie en se repliant sur la réussite de son détournement de la révolution iranienne en 1979. La théocratie va essayer de taxer ces mouvements d’ «islamique» dans le but d’endiguer la montée de ses crises intérieures.
Les plans cupides de Téhéran étaient manifestes dans le discours du 4 février d’Ali Khamenei, le guide du régime. Ils traduisaient la volonté du régime de confisquer les soulèvements populaires de la région pour les orienter vers l’intégrisme et les exploiter dans le sens de ses intérêts. Tout en qualifiant le mouvement des Egyptiens de « mouvement islamique », Khamenei a déclaré que les manifestants devaient conserver leur unité sur la base de la religion. Selon les vues de Téhéran, « ce mouvement a commencé dans les mosquées et ses slogans sont religieux comme « Dieu est grand » (…) et le peuple d’Egypte ne permettra pas aux Occidentaux de faire dérailler ce mouvement islamique. »
Cette perspective devrait faire retentir le tocsin en Occident. Alors, quelle est la solution?
De toute évidence, de simples déclarations rhétoriques et des négociations avec Téhéran ne suffiront pas. La solution la plus efficace serait d’augmenter la pression contre le régime des mollahs tout en l’isolant à l’intérieur des frontières iraniennes. Cela ferait du cauchemar stratégique des mollahs une réalité. Parmi les mesures que l’Occident devrait prendre, figurent :
• Des sanctions sur l’achat de pétrole des mollahs pour l’empêcher de financer son terrorisme.
• Souligner les droits du peuple iranien et la question des violations des droits de l’homme en Iran dans les forums internationaux, en particulier au Conseil de sécurité, dans la lignée des sanctions et des mesures concrètes. (Le mois dernier, les dirigeants de Téhéran ont exécuté près de 100 personnes, notamment des prisonniers politiques, y compris affiliés à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), le principal groupe d’opposition. )
• Supprimer la qualification de terrorisme de l’OMPI aux États-Unis. Cette classification en 1997 était un cadeau stratégique pour les mollahs, qui a eu de graves effets indésirables à l’intérieur de l’Iran, tout en permettant la répression de 3.400 militants de la résistance au camp d’Achraf en Irak. La fin de la classification permettrait aux États-Unis de s’aligner sur ses alliés du Royaume-Uni et de l’Union européenne et permettre à l’opposition d’organiser des protestations du peuple iranien en quête de démocratie contre les mollahs.
Ces mesures enverraient un message fort au peuple iranien comme quoi le changement pointe à l’horizon, motivant davantage sa révolte contre le dictateur. Le régime serait absorbé par les enjeux nationaux, lui laissant peu de temps ou d’énergie pour s’ingérer ou exploiter certains développements dans d’autres pays, et retarderait sa course aux armes nucléaires.
Le changement démocratique en Iran assurerait l’endurance et le succès de la marche vers la démocratie dans toute la région; ce qui m’était tout à fait étranger il y a 32 ans.
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Abolghassem Rezaï est secrétaire adjoint du Conseil national de la Résistance iranienne, la coalition des mouvements d’opposition iranien.

