vendredi, février 3, 2023
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Du camp d’Achraf au camp Liberty – Une nouvelle aube d’obscurité [Un entretien]

Top Secret Writers – Dans cet entretien, le porte-parole du camp d’Achraf, Shahriar Kia, parle à Top Secret Writers de la situation explosive des exilés iraniens du camp d’Achraf.
Le 21 février de cette année, Top Secret Writers a publié un article au sujet des 400 exilés iraniens transférés du camp d’Achraf au nord-ouest de l’Irak au camp Liberty près de Bagdad.
Depuis les années 1980, le camp d’Achraf est le lieu de résidence d’environ 3400 opposants iraniens du groupe d’exilés des Moudjahidine du Peuple (OMPI).
Le déplacement récent constitue la première étape d’un processus pour transférer en fin de compte l’ensemble de la communauté du camp d’Achraf d’Irak dans une tentative de les protéger.
La sûreté et le bien-être des résidents du camp d’Achraf ont fait l’objet de spéculations intenses ces derniers mois. Fin 2011, suite aux assurances écrites des Nations Unies et de la Secrétaire d’État américaine Hillary Clinton pour la sécurité et le bien-être des opposants iraniens, Mme Maryam Rajavi, la Présidente élue de la Résistance iranienne, a convaincu les résidents d’Achraf de finalement entreprendre le transfert au camp Liberty.

Le transfert aurait signifié que le Haut-Commissariat pour les Réfugiés des Nations Unies (HCR) pourrait commencer à établir le statut de réfugié des résidents comme une préambule à leur réinstallation dans les pays développés.
Malgré les promesses faites par le HCR et le Département d’État américain que le camp Liberty, un ancien camp militaire américain, constitue un centre médical et des droits de l’homme, il est devenu évident avec l’arrivée des 400 premiers opposants que le camp Liberty s’apparente davantage à une prison hautement contrôlée pour les résidents s’y trouvant.
Les premiers arrivés ont noté qu’il n’y avait pas de système d’eau utilisable, une absence de système d’évacuation des eaux usées en marche – avec les eaux usées se répandant dans les quartiers résidentiels – des bungalows miteux et sales avec des lits cassés, ainsi que des tours de 15 mètres de haut avec de puissants caméras installées, clairement pour espionner ses résidents.
Les résidents comparent l’enceinte à un camp de concentration nazi. Indépendamment de savoir si c’est une exagération ou non, le camp Liberty est assurément loin d’être conforme aux assurances données aux résidents par le Représentant Spécial du Secrétaire Général pour l’Irak (RSSG), l’ambassadeur Kobler, ainsi que par le Département d’État.
Shahriar Kia, porte-parole des résidents du camp d’Achraf, a fourni des documents à TSW montrant que la MANUI affirme à tort que les résidents iraniens dans le camp Liberty ont cassé les conduites d’eau eux-mêmes, afin de montrer que le camp Liberty n’était pas prêt pour le transfert de résidents supplémentaires.
Shahriar a également fourni en exclusivité à TSW une lettre de M. Mohadessin, le représentant d’Achraf à Paris, en réponse à ces affirmations dans un rapport intitulé « Un rapport sur la rencontre du 23 février entre le RSSG, le gouvernement de l’Irak et les représentants de Liberty ». Le rapport vise à instruire les lecteurs de plusieurs « points inexacts et déformés » établis lors de la rencontre entre le RSSG Martin Kobler et M. George Bakoos, le représentant du gouvernement de l’Irak (GOI) dans le camp Liberty.

Preuve et Désinformation
M. Mohadessin a mis l’accent sur le fait que, malgré l’opposition des résidents à la présence d’un campement de la police à l’intérieur du camp Liberty, la rencontre a été tenue sur l’insistance du représentant du GOI à Liberty et de l’assentiment du RSSG. M. Mohadessin a considéré cela comme « une mesure extrêmement provocatrice ».
Selon le rapport de M. Mohadessin, durant la rencontre, M. Kobler s’est adressé aux résidents pour leur dire que durant leurs discussions avec les observateurs de l’ONU, les résidents l’ont qualifié de « menteur » et de « criminel de guerre ». Toutefois, M. Mohadessin a noté que Kobler « n’a jamais mentionné qui avait fait de telles accusations contre lui ».
Le rapport indique également que durant la rencontre, les résidents ont rappelé aux responsables l’absence d’accès libre aux services médicaux au camp Liberty et souligné le cas de Mme Ashraf Taghvai, une patiente atteinte de cancer à Liberty, qui a manqué son rendez-vous avec un spécialiste en raison d’une attente de plusieurs heures au bataillon irakien.
Le sérieux manque d’eau au camp Liberty a été également abordé lors de la rencontre. Selon le rapport de M. Mohadessin, les représentants des résidents ont expliqué qu’actuellement, il y a seulement un WC pour 45 personnes. Ils ont également souligné que bien que les résidents aient besoin d’au moins 120 000 litres d’eau par jour, ils n’avaient accès qu’à 48 000 litres. Par conséquent, depuis leur arrivée au camp Liberty, les résidents n’ont pas été en mesure de prendre une douche.
Après avoir écouté ce que M. Mohadessin avait à dire sur le camp Liberty, M. Bakoos a répondu :
« Vous avez l’intention de prendre des photos de la piètre situation du camp et des ordures éparpillées là afin de dire au monde que les résidents ont été privés d’eau et de services ; c’est de la propagande, nous ramènerons donc des journalistes, nous organiserons des conférences de presse, nous sommes engagés vis-à-vis des droits de l’homme non pas sur une base organisationnelle mais sur une base personnelle. Votre approche de ce problème est une approche politique à des fins de propagande. »

Pour répandre quelque lumière très nécessaire sur ce qui continue d’être une violation potentielle des droits de l’homme, même après les assurances de la Secrétaire d’État, Shahriar Kia a accepté de répondre à nos questions concernant cette situation explosive.

Question 1 : Pourquoi l’armée américaine a-t-elle autorisé l’Irak à prendre le contrôle du camp d’Achraf en 2009 ?

Shahriar Kia : Remettre les résidents sans défense du camp d’Achraf aux mains de l’administration de Maliki, qui exécute les politiques du régime iranien en Irak, fait partie de la politique américaine d’apaiser le régime iranien en lui offrant des concessions. Ainsi, les résidents sans défense étaient abandonnés aux loups ; alors que, se fondant sur les accords que le gouvernement américain a signé avec chacun des résidents d’Achraf, celui-ci est obligé de garantir leur protection dans l’attente du règlement final de leur sort. Mais les États-Unis ont violé leurs obligations. En remettant leurs responsabilités de protéger les résidents à Maliki, [les États-Unis] ont accordé une grosse concession à Khamenei. De nombreux juristes internationalement renommés ont estimé que la situation dans le camp d’Achraf était le résultat direct d’un conflit, dans lequel l’OMPI et les résidents d’Achraf n’avaient pas pris part, et de fait l’Amérique porte la responsabilité de leur sort. Le gouvernement américain n’a absolument pas respecté cette responsabilité.
Le gouvernement américain avait l’impression qu’en accordant cet avantage au régime iranien, premièrement, il sera en mesure de contenir le projet nucléaire clandestin de l’Iran et, deuxièmement, de trouver une sorte de juste milieu en terme de pouvoir avec le régime iranien en Irak et de dissuader le régime iranien d’alimenter les tensions et l’instabilité en Irak. Mais son résultat a été un siège complet, inhumain et durant plus de trois ans contre les résidents du camp d’Achraf ainsi que deux invasions meurtrières contre le camp provoquant la mort de 47 résidents et un millier de blessés.
En outre, cela a encouragé le régime iranien à foncer sur son projet d’acquérir la bombe atomique et d’accroître sa domination en Irak, et il a réussi à amener le gouvernement irakien et son premier ministre sous son hégémonie. Le gouvernement américain reste la première partie à porter la responsabilité de la situation actuelle des résidents du camp d’Achraf et sera tenu pour responsable.

Question 2 : Qu’est-ce qui empêche de voir les résidents du camp retirés de la liste terroriste ?

Shahriar Kia : La désignation de l’OMPI comme organisation terroriste étrangère par l’administration Clinton faisait partie d’une politique d’apaisement qui cherchait à renforcer les modérés au sein de ce régime. Elle avait pour but de satisfaire les mollahs, et elle a exigé un lourd prix de l’OMPI et de tous les militants qui protestaient en Iran, les deux en cela ont eu leurs vies en danger et cela a retardé leurs efforts de renverser la dictature religieuse en Iran qui avaient commencé bien avant le Printemps arabe.
Maintenir l’OMPI sur la liste est une indication de la politique faible et de la crainte vis-à-vis des mollahs. Nonobstant le fait que cette politique viciée menace également la paix mondiale.
Malheureusement, il y a encore ceux qui défendent au sein du Département d’État américain la politique de l’apaisement vis-à-vis des mollahs.
Bien que l’OMPI a été enlevée des listes noires de l’UE et du Royaume-Uni, et malgré les appels croissants de la part d’anciens responsables de haut rang américains – particulièrement ceux qui étaient d’une manière ou d’une autre eux-mêmes impliqués dans le classement de l’OMPI – insistant sur le fait que l’OMPI doit être retirée de la liste du Département d’État, et malgré une décision de la cour du district de Washington, qui a déclaré que des preuves suffisantes n’existent pas qui justifieraient de maintenir l’OMPI sur la liste, ceux qui soutiennent sans vergogne les mollahs dans cette division particulière du Département d’État refuse de prendre de la distance par rapport à la dictature religieuse en Iran, qui cherche à acquérir la bombe nucléaire et qui emploie le terrorisme et la coercition dans le cadre de sa politique étrangère.
Maintenir l’OMPI sur la liste exige un lourd prix du peuple iranien et de leur mouvement de résistance. Les résidents du camp d’Achraf, les membres de l’OMPI qui ont fui la persécution en Iran, constituent le point de mire de ces conspirations et les conséquences préjudiciables de cela perdurent.
La décision de garder l’OMPI sur la liste avec le prétexte que retirer l’OMPI poussera le régime iranien à user de plus de bombes de bord de routes contre les soldats américains, était une énorme erreur des décisionnaires politiques américains et un signe de faiblesse de leur part, aux yeux des mollahs en Iran.
Les massacres perpétrés dans le camp d’Achraf ainsi que le transfert forcé des résidents d’Achraf de leur foyer vers une prison connue comme le « camp Liberty » ont été exécutés par Nouri Maliki et le régime iranien qui ont utilisé le classement de l’OMPI sur la liste terroriste américaine comme leur principal prétexte.
Vous avez probablement entendu qu’en 2004, durant une période s’étendant sur 16 mois, les résidents ont été contrôlés par 9 organismes des renseignements américains, dont le FBI, la CIA, la DIA, etc. Le New York Times a annoncé à cette époque que durant ce processus de contrôle, pas une seule preuve n’a été trouvée qui pourrait lier un quelconque résident du camp d’Achraf au terrorisme. Suite à cette conclusion, conformément aux conventions internationales, le gouvernement américain a reconnu les résidents comme Personnes Protégées en vertu de la 4ème Convention de Genève. Dans son discours à la conférence de Paris du 20 janvier dernier, le Général Phillips, qui en 2004 commandait les forces américaines protégeant Achraf, a dit :
« Je perds le sommeil parce que j’étais l’interlocuteur des forces de la coalition avec l’OMPI au camp d’Achraf. En tant que commandant de la 89ème Brigade de la Police Militaire, j’ai mené des opérations étendues pour chercher des violations de l’accord qu’avait passé l’OMPI de se désarmer. Je n’ai jamais trouvé aucune violation. J’ai ordonné à mes forces à fouiller chaque cm² de cette enceinte de 36 km² et pas une pièce de contrebande, pas une violation n’a été trouvée. Mes forces ont également participé avec d’autres organismes à la détermination du statut de chacune des 3400 personnes. Et aucune ne s’est révélée être associée au terrorisme ni même à aucun acte criminel. »

Question 3 : Pourquoi, alors que les résidents du camp sont déjà considérés comme ayant le statut de « personnes protégées » en vertu de la 4ème Convention de Genève, l’Irak a-t-il refusé toute tentative de réinstallation et pourquoi les résidents ont-ils fait l’objet d’attaques et de mauvais traitements de la part des responsables irakiens ? Étant donné que le camp a le statut de « personnes protégées », les États-Unis ne devraient-ils pas être en mesure d’intervenir ?

Shahriar Kia : Bien sûr, on devait s’y attendre de la part d’une administration dont le premier ministre exécute le programme de Téhéran en Irak et dont les ministres (ceux comme Hadi al-Ameri) sont souvent vus à Téhéran en train de rendre hommage à Khamenei, le plus grand sponsor du terrorisme, en baisant sa main.
Mais ce qui demeure inacceptable, c’est la manière dont le gouvernement américain et le Représentant Spécial de l’ONU en Irak, Martin Kobler, traitent les résidents du camp d’Achraf, ainsi que leur décision de céder à ces pressions et exigences des mollahs pour la suppression de leur opposition. En violant leur obligation, en vertu de la quatrième Convention de Genève, de protéger les résidents du camp d’Achraf jusqu’au règlement final, et en maintenant l’OMPI sur leur liste des entités terroristes, les États-Unis, eux-mêmes, ont facilité la justification employée par Maliki de massacrer et de supprimer les résidents du camp d’Achraf.
La latitude qui a été donnée au premier ministre irakien Nouri Maliki sur cette question a été jusqu’à la mesure où il a ouvertement décrit une population qui vit en Irak, en tant qu’immigrants, depuis 25 ans, comme des individus n’ayant pas de statut légal ; ce qui lui laisse le champ libre, bien sûr, de violer leurs droits humains comme il veut.
En fait, quiconque croit et respecte les droits humains et les lois humanitaires universelles conviendrait avec vous que le gouvernement américain est le premier pays qui porte la responsabilité du statut des résidents du camp d’Achraf. La situation actuelle des résidents est un résultat direct de l’invasion de l’Irak par les États-Unis, dans laquelle l’OMPI n’a pas pris part ; un conflit qui a été mené par les États-Unis.
Les résidents du camp d’Achraf ont mis leur confiance entre les mains du gouvernement américain, mais en retour les États-Unis ont rompu leurs promesses faites aux résidents, et ont porté un sérieux coup à leur crédibilité et à la confiance qui leur est faite à travers la planète, et notamment parmi les nations islamiques.

Question 4 : Pensez-vous que la rencontre récemment tenue entre des membres du Congrès, des experts éminents et d’anciens responsables américains, qui a appelé à une fin rapide et pacifique de l’impasse quant au sort des opposants, ait mis trop de temps à venir et que de telles action et intervention auraient dû se produire plus tôt pour aider à assurer la sûreté du groupe ?

Shahriar Kia : Il y a de véritables représentants du peuple d’Amérique, qui croient aux droits de l’homme et à la liberté, et qui ont du respect à cet égard, qui sont aujourd’hui du côté de l’OMPI et des résidents d’Achraf. Le Congrès américain et d’anciens hauts responsables américains ont à plusieurs reprises rappelé au Président Obama et à la Secrétaire d’État Clinton leurs obligations de protéger les résidents d’Achraf et de soutenir l’OMPI.
Même des commandants militaires américains qui ont servi en Irak pendant des années – dont certains étaient directement en charge du cas d’Achraf – ont appelé à un terme à la vaine politique d’apaisement. Pourtant, le gouvernement américain a jusqu’à maintenant essayé de se retenir à s’engager dans le cas d’Achraf par tous les moyens possibles, et a ignoré ces appels en ne se montrant pas à la hauteur de ses engagements, simplement en raison de sa politique vacillante vis-à-vis des menaces vides du régime iranien.
Un exemple manifeste de cela est le transfert forcé des résidents d’Achraf au camp « Liberty ». Bien qu’ils soient conscients qu’il n’y a aucune raison pour aucun transfert depuis le tout début, les États-Unis et l’ONU ont encouragé cette initiative – privilégiée seulement par le fascisme religieux au pouvoir en Iran.
Non seulement ils ont manqué au respect des lois humanitaires internationales et des normes des droits de l’homme concernant le camp d’Achraf, mais ils ont en outre compliqué cette affaire. Dans la mesure où les résidents d’Achraf ont envoyé des formulaires d’application écrits au HCR pour voir leur statut de réfugié réexaminé et réaffirmé, c’était une tâche facile pour l’organisme de réfugié de l’ONU de commencer ce processus dans un lieu neutre dans le camp d’Achraf.
Et plusieurs résidents ont déjà été réinstallés dans des pays tiers ces six derniers mois. Mais selon la déclaration du HCR – datée du 1er février 2012 – c’était le gouvernement irakien qui avait insisté pour que le travail du HCR soit mené en dehors du camp d’Achraf.
Manifestement, l’obstruction à ce processus de la part du gouvernement irakien a été faite sur ordre du régime iranien.
Enfin, la MANUI a offert une image irréaliste de la prison à Liberty avec des photos retouchées par Photoshop pour la dépeindre comme « le paradis sur terre », et pousser les résidents à être transférés de force.
Néanmoins, le gouvernement américain a également fait pression sur les résidents d’Achraf pour accepter un tel transfert insensé qui a été dicté à Bagdad par Téhéran.

Question 5 : Pourquoi les sympathisants du camp d’Achraf sont-ils opposés à ce que les opposants soient transférés au camp Liberty à Bagdad ?

Shahriar Kia : Si quelques doutes subsistaient jusqu’à maintenant, le transfert de 397 résidents d’Achraf au camp Liberty le 17 février a tout clarifié.
Liberty est une prison planifiée par le régime iranien et réalisée par le gouvernement de Nouri Maliki pour démanteler ce mouvement (l’OMPI) à tout prix, et supprimer la seule opposition qui mène des efforts acharnés pour renverser le régime en Iran.
Encerclé de sanctions internationales et de soulèvements populaires à l’intérieur du pays, le régime iranien voit l’OMPI comme la seule menace d’alternative à son régime. L’Iran sait bien qu’il pourrait tromper l’Occident et gagner du temps pour acquérir l’armement nucléaire. D’un autre côté, il peut dominer l’Irak une fois que les troupes américaines se sont retirées, et l’actuel premier ministre fait ce que demande Téhéran.
Étant donné le manque de fermeté de l’Europe et des États-Unis vis-à-vis de l’Iran, il n’y a pas plus grande menace aux mollahs de Téhéran qu’un mouvement d’opposition bien organisée qui bénéficie d’un large soutien aussi bien à l’intérieur de l’Iran qu’à l’étranger. Ainsi, l’Iran estime que l’OMPI et ses membres au camp d’Achraf doivent être éliminés à tout prix.
Selon un document provenant de l’intérieur du régime, et reçu par la Résistance iranienne -dont une copie a été aussi bien envoyée au bureau de Khamenei – il est indiqué que :
« Le transfert des membres de l’OMPI d’Achraf et leur confinement au camp Liberty sous le contrôle direct des forces irakiennes paralyseraient cette organisation. Il n’importe pas au gouvernement irakien combien de temps ils resteraient à Liberty ; ce qui importe, c’est qu’ils ne devraient plus pouvoir mener aucune activité. À Liberty, ils seraient comme morts. »
Le document poursuit en disant :
« Dans une première phase, nous avons projeté de séparer les responsables de l’organisation de ses membres ; cela va être la partie la plus difficile de l’opération de transfert et il est possible que les membres de l’organisation et les responsables puissent créer des problèmes. Cette phase ne se fera pas facilement ni sans heurts. »
Au matin du mardi 21 février, Ramin Mehmanparast, le porte-parole du ministère des Affaires Étrangères du régime clérical a également remercié les Nations Unies d’aider à expulser l’OMPI d’Irak. Le régime a reconnu le fait que le projet de transférer les résidents d’Achraf avait été totalement conçu et dirigé par le fascisme religieux au pouvoir en Iran.
Ramin Mehmanparast a dit :
« Le transfert des Moudjahidine du camp d’Achraf au camp temporaire Liberty pour une expulsion ultime d’Irak, nous accueillons favorablement cette initiative du peuple irakien et de la volonté du gouvernement irakien et nous la soutiendrons. Il s’agit de la détermination de la nation iranienne (lisez du régime iranien) et de la volonté du gouvernement irakien qu’ils quittent la région et l’Irak. De même, nous avons favorablement accueilli l’aide des Nations Unies et du HCR concernant l’expulsion de l’OMPI de l’Irak et nous soutenons ces actions dans la mesure du possible. » (La chaîne télévisée contrôlée par l’État du régime iranien, 21 février 2012)
Ce sont là des raisons suffisantes expliquant pourquoi les défenseurs des droits de l’homme et les sympathisants des résidents d’Achraf s’opposent au transfert forcé de ces résidents dans une prison au camp Liberty.
Le premier groupe qui a été transféré à Liberty le 17 février a été témoin des différents contrôles et des caméras de surveillances posées pour observer la zone interne du camp ainsi que des poteaux d’antennes de 15 mètres de haut installés tout autour du camp pour inspecter et mettre sur écoute jusqu’aux conversations à l’intérieur des bungalows résidentiels.
Il est certain que les images et les conversations enregistrées par ces appareils seront directement transmises à la force terroriste Qods tout comme à l’ambassade iranienne à Bagdad.

Question 6 : Comment entrevoyez-vous le sort du camp d’Achraf ? Pensez-vous que l’Irak collaborera à leur transfert de manière sûre et rapide ?

Shahriar Kia : Dans la mesure où l’Irak a été jusqu’à présent réticent à coopérer et parvenir à une entente avec les résidents d’Achraf, l’idée que le gouvernement de Nouri Maliki puisse parvenir à une sorte d’entente dans l’avenir dépasse l’imagination.
Malgré notre bonne volonté et coopération avec le gouvernement irakien ces trois dernières années, leur réponse s’est traduite sous forme de massacre, de tuerie sauvage, de torture psychologique et de menaces pour faire souffrir nos patients malades jusqu’à la mort en les privant des soins médicaux essentiels.
Nous avons appelé à une solution pacifique et resterons engagés à cet égard dans le futur. Bien sûr, tout comme pour n’importe quel être humain, il est difficile pour nous de quitter notre foyer, que nous avons construit en dépensant plusieurs centaines de millions de dollars pour faire du camp d’Achraf une cité magnifique.
Je cite Alejo Vidal Quadras, Vice-président du Parlement Européen, qui, après son retour d’un voyage à Achraf en 2008, l’a décrit en disant « Achraf est un modèle pour les sociétés civiles d’aujourd’hui ».
Toutefois, notre but n’est pas le camp d’Achraf, mais nous nous battons pour un changement de régime en Iran. Nous cherchons à établir la liberté et la démocratie ainsi qu’une vie pacifique qui respecte la communauté internationale. Nous cherchons à former un État qui reste engagé vis-à-vis des normes et des principes internationaux ; un État qui respecte les conventions des droits de l’homme et qui est dépourvu de l’armement nucléaire.
Par conséquent, nous choisirons de suivre la voie qui nous mène à ces objectifs. L’OMPI et les résidents d’Achraf ne cèderont à aucune sorte de pression ni à aucune conjuration du régime iranien et de ses agents en Irak, ni de ceux qui tentent de faciliter les projets des mollahs? Et nous sommes prêts à payer le prix, quel qu’il soit.

Notes finales
Depuis que cet entretien a eu lieu, Shahriar Kia a informé TSW d’une importante annonce faite par Mme Rajavi disant que tous les résidents d’Achraf et de Liberty étaient prêts à quitter l’Irak en mars.
Dans un communiqué de presse publié par le Secrétariat du Conseil National de la Résistance d’Iran le 3 mars 2012, Mme Rajavi informe la Secrétaire d’État Clinton que si les assurances minimales ne sont pas fournies au camp Liberty, tous les résidents d’Achraf et de Liberty sont prêts à quitter l’Irak en mars, avec leurs biens meubles, pour être temporairement transférés du côté jordanien de la frontière sous la supervision du Comité International de la Croix Rouge et du HCR.
Durant la guerre de 2003, le CICR et l’ONU avaient installé des tentes pour accueillir des dizaines de milliers de demandeurs d’asile dans cette zone.

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