
Hanif Jazayeri, journaliste iranien basé à Londres, a écrit un article intéressant sur le site Townhall, paru le 14 décembre, concernant la cohérence que doit faire preuve l’UE dans sa politique vis-à-vis de la dictature iranienne. Voici le texte :
Au lieu d’organiser des événements pour promouvoir les affaires avec Téhéran, les dirigeants de l’Union européenne devraient se joindre aux experts des Nations Unies, à l’administration américaine et aux groupes internationaux de défense des droits de l’homme pour soutenir une enquête internationale sur le massacre de 1988 et mettre en œuvre leur nouvelle «loi Magnitsky» pour imposer des sanctions aux auteurs iraniens de crimes contre l’humanité.
La semaine dernière, on a cru que les dirigeants de l’UE avaient finalement décidé de prendre des mesures concrètes contre les auteurs de violations des droits de l’homme tels que les dirigeants iraniens.
Mais à peine une semaine après l’adoption par les ministres des Affaires étrangères de l’UE du «régime mondial de sanctions relatives aux droits de l’homme», visant les responsables de graves violations des droits de l’homme, le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, avait organisé un Forum des affaires Europe-Iran ; un événement qui qui a été reporté à la toute dernière minute après que le régime ait pendu un autre ancien résident européen ce week-end.
Borrell devait prononcer un discours liminaire conjoint lundi aux côtés du ministre des Affaires étrangères du régime, Mohammad Javad Zarif, malgré un chœur de protestations de groupes de défense des droits et de législateurs européens.
En annonçant le report de l’événement, les organisateurs ont déclaré qu’ils se réjouissaient de la tenue de la conférence dans un proche avenir, ajoutant: «Les décideurs politiques européens et iraniens continuent de s’engager dans le dialogue nécessaire pour créer les conditions appropriées pour une diplomatie économique efficace.»
Voici quelques faits pour mettre l’événement en perspective:
Le «diplomate terroriste» au service de Zarif, Assadollah Assadi, est actuellement détenu dans une cellule de prison belge alors qu’il attend un verdict final pour son rôle dans un complot à la bombe contre le rassemblement de l’opposition iranienne en France en 2018. Assadi, le troisième secrétaire de l’ambassade d’Iran en Autriche, a été surpris par la police européenne en train de remettre un demi kilo d’explosifs TATP à deux potentiels kamikazes pour attaquer le rassemblement annuel de l’Iran libre organisé par le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) et assisté par des dizaines de milliers d’opposants au régime. Les procureurs belges ont déclaré au procès d’Assadi le mois dernier que la présidente élue du CNRI, Maryam Radjavi, était la principale cible du complot terroriste. Mais parmi les autres orateurs figuraient aussi l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, l’ancien président de la Chambre des États-Unis Newt Gingrich, l’ancien Premier ministre canadien Stephen Harper et l’ex ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Les procureurs ont demandé aux juges de condamner Assadi la peine maximale de 20 ans, soulignant qu’il n’avait pas agi à titre personnel, mais qu’il suivait les instructions de ses supérieurs, en d’autres termes Zarif et le président des mollahs Hassan Rouani.
Au cours du week-end, le régime a exécuté Ruhollah Zam, un ancien résident sur le sol français, pour avoir apparemment joué un rôle dans les manifestations anti-régime de 2018. Bien que la France et l’UE aient condamné son exécution, elles n’avaient pas fait grand-chose au cours des mois précédents pour faire pression sur le régime pour qu’il annule la condamnation. Au lieu de cela, ils avaient été occupés à encourager les entreprises européennes à s’installer en Iran.
Et puis il y a le massacre de 1988. À la suite d’une fatwa de l’ayatollah Khomeiny, des milliers de prisonniers politiques, principalement des membres des Moudjahidine du peuple (OMPI ou MEK), ont été exécutés de manière extrajudiciaire par des commissions de la mort dont les membres occupent aujourd’hui des postes importants, tels que le chef de la justice iranienne et le ministre de la justice. Un groupe de sept rapporteurs spéciaux et experts des Nations Unies a annoncé la semaine dernière publiquement que le massacre pouvait constituer des «crimes contre l’humanité». Ils ont manifesté leur soutien à une enquête internationale, ajoutant que l’inaction internationale face aux massacres de masse a encouragé le régime iranien à continuer de dissimuler le sort des victimes et à maintenir une stratégie de détournement et de déni. La position des experts de l’ONU a été rendue publique deux jours seulement après que Borrell ait annoncé «l’accord historique» de l’UE visant à responsabiliser les auteurs de violations des droits de l’homme.
Juste au moment où il semblait que l’UE était sur le point d’imposer des sanctions aux auteurs de violations des droits de l’homme en Iran, les dirigeants de l’UE ont tourné les talons et ont encouré plutôt les affaires avec un régime qui massacre ses opposants et utilise ses «diplomates» pour transférer de véritables bombes en Europe. Pourquoi Borrell a-t-il même pensé à parler aux côtés du ministre des Affaires étrangères d’un régime qui assassine les dissidents et envoie des bombes en Europe? Pourquoi l’UE ne retire-t-elle pas ses diplomates de Téhéran et ne rétrograde-t-elle pas ses liens avec le régime terroriste?
S’il y a même une once de décence au Service européen pour l’action extérieure, ils se joindront aux experts de l’ONU, à l’administration américaine et aux groupes internationaux de défense des droits de l’homme pour soutenir une enquête internationale sur le massacre de 1988 et appliqueront leur nouvelle «loi Magnitsky» pour imposer des sanctions sur les auteurs du crime contre l’humanité de l’Iran.

