
Les prisonniers politiques iraniens ont prolongé la campagne des Mardis contre les exécutions en Iran jusqu’à sa 101e semaine, transformant les grèves de la faim en un acte de résistance collective.
Dans un pays où l’État instrumentalise la mort, la résistance a pris une forme saisissante et profondément humaine. La campagne des Mardis contre les exécutions en Iran, menée par des prisonniers politiques iraniens, entame sa cent unième semaine consécutive. Sa persistance est en elle-même une dénonciation d’un système qui s’appuie sur la potence pour maintenir son pouvoir, et un témoignage de la lucidité morale de ceux qui s’y opposent depuis les murs de leur prison.
The #NoDeathPenaltyTuesdays campaign thanks all families and supporters of its 100th week and calls for stronger support to stop executions and end the inhumane #DeathPenalty
In the words of Jesus Christ: “Do not be afraid of those who kill the body but cannot kill the soul.”… pic.twitter.com/jUp0bpIx8Z— IRAN HRM (@IranHrm) 30 décembre 2025
Dans leur dernière déclaration, publiée alors que les manifestations et les grèves se propagent des bazars de Téhéran à d’autres villes, les prisonniers inscrivent leur lutte dans un soulèvement social plus large. Ils abordent le Nouvel An non pas avec résignation, mais avec défi et solidarité. S’adressant aux Iraniens chrétiens, ils présentent leurs vœux de Noël et du Nouvel An, tout en adressant un message d’espoir à tous ceux qui vivent sous ce qu’ils décrivent comme « la répression et l’oppression de la dictature religieuse au pouvoir ».
La déclaration puise sa force dans un passage biblique attribué à Jésus-Christ : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l’âme. » Dans le contexte des prisons iraniennes, il ne s’agit pas d’une métaphore. C’est un défi direct à un État qui croit que les exécutions peuvent étouffer la dissidence.
Les prisonniers soulignent qu’ils entament la 101e semaine de leur campagne dans un contexte de fortes tensions politiques. Comme ils le font remarquer, les commerçants de Téhéran ont commencé à faire grève et à protester contre l’injustice d’État, un mouvement qui s’est rapidement étendu au-delà de la capitale. Selon le communiqué, c’est précisément dans de tels moments que le régime recourt avec le plus de vigueur aux exécutions comme arme préventive contre les soulèvements populaires.
Families of Political Prisoners Sentenced to Death Support the "No to Executions Tuesdays" Campaign
As the 101st week of the "No to Executions Tuesdays" campaign begins, families of political prisoners sentenced to death have supported the campaign#IranHumanRights… pic.twitter.com/QuFniL4JTy
— Iran Focus (@Iran_Focus) 30 décembre 2025
Les auteurs affirment que le gouvernement a « intensifié la répression et les exécutions pour empêcher l’escalade des soulèvements populaires », citant la récente notification des condamnations à mort de deux prisonniers politiques kurdes, Mehrab Abdollahzadeh, détenu à la prison d’Urmia, et Younes Bakhshi, détenu à la prison de Mahabad. Le communiqué indique également que depuis début décembre, plus de quatre-vingt-seize prisonniers, dont une femme, ont été exécutés dans la seule prison de Vakilabad, à Mashhad. Ces chiffres témoignent de l’ampleur des violences d’État.
Ce qui distingue cette campagne, c’est non seulement sa persistance, mais aussi son caractère collectif. Partout en Iran, les prisonniers politiques ont synchronisé leur protestation par des grèves de la faim, transformant des centres de détention isolés en un front national contre la peine capitale. Selon leurs propres termes, l’objectif est d’« émousser le couteau de la répression et des exécutions » et de créer les conditions nécessaires à l’abolition de ce qu’ils appellent « cette peine inhumaine ».
Le communiqué remercie explicitement les familles, les sympathisants et les militants qui se sont mobilisés autour de la campagne durant sa centième semaine, soulignant que la solidarité extérieure n’est pas symbolique mais essentielle. Sans pression publique, avertissent les prisonniers, la machine à exécuter fonctionne en silence.
Ce qui ressort de cette déclaration est le portrait d’un régime profondément effrayé par l’instabilité de la société. Les exécutions ne sont pas présentées comme un acte de justice, de dissuasion ou comme une loi, mais comme un outil de contrôle politique. Le message des prisonniers met à nu les justifications de l’État et expose la logique implacable qui le sous-tend : lorsque la légitimité s’effondre, la violence devient politique.
Pourtant, la campagne révèle aussi autre chose. Malgré la torture, les condamnations à mort et la menace constante d’exécution, les prisonniers politiques iraniens continuent de s’exprimer avec dignité et résistance morale. Leur refus de se taire remet en question l’idée, chère au régime, que la peur puisse gouverner durablement une société.
La portée de la campagne des Mardis contre les exécutions en Iran dépasse largement les murs des prisons. Elle est devenue un symbole moral pour une société confrontée à la violence d’État comme instrument de gouvernance courant. En prolongeant cette protestation jusqu’à sa 101e semaine, les prisonniers ont fait de l’endurance elle-même une forme d’expression politique.

