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La crise de l’éducation et le décrochage scolaire en Iran

La crise de l'éducation et le décrochage scolaire en Iran
Des enfants assistent à un cours dans un centre d’éducation religieuse iranien, où des religieux supervisent les études.

Malgré le mandat clair de l’article 30 de la Constitution du régime iranien – qui stipule que l’éducation doit être gratuite jusqu’à la fin du secondaire et que l’enseignement supérieur doit s’étendre jusqu’à l’autosuffisance nationale – la réalité en Iran est tout autre. La promesse d’une éducation gratuite, accessible et de qualité est de plus en plus vaine. Dans la pratique, l’éducation en Iran n’est pas gratuite et, pour beaucoup, elle est même inaccessible.

Selon les chiffres du régime lui-même, environ 790 000 enfants ne sont actuellement pas scolarisés. Ce n’est pas un simple chiffre, c’est un signe avant-coureur d’une crise nationale. Ces enfants, âgés de six à dix-huit ans, font partie d’une génération systématiquement exclue du système scolaire en raison de la pauvreté, de la discrimination et de la négligence institutionnelle. Pour beaucoup, la décision d’abandonner l’école n’est pas un choix, mais le résultat forcé de circonstances indépendantes de leur volonté.

Le ministre de l’Éducation du régime a lui-même admis que le décrochage scolaire constituait une préoccupation majeure. Pourtant, cette préoccupation ne s’est pas traduite par des mesures concrètes. Le problème persiste et s’aggrave chaque année. Un rapport de 2016 du Centre de recherche parlementaire du régime recensait 778 000 décrochages scolaires ; en 2021, ce chiffre avait dépassé les 911 000. Des experts, comme Gholamali Afrooz, professeur à l’Université de Téhéran, affirment que les chiffres réels sont probablement encore plus élevés. Il note que, bien qu’environ 1,2 million d’enfants entrent en première année chaque année, seuls 70 % environ obtiennent leur diplôme de fin d’études secondaires, ce qui contraste fortement avec les taux d’obtention du diplôme de 95 % ou plus observés dans de nombreux autres pays.

Ce taux croissant d’abandon scolaire a des répercussions sur l’ensemble de la société iranienne. Les enfants qui quittent l’école prématurément sont souvent poussés vers le marché du travail comme chiffonniers, vendeurs ambulants ou travailleurs sous-payés. Ils sont confrontés à un avenir marqué par la marginalisation sociale, l’analphabétisme et un risque accru d’exploitation. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad Sadeq Motamediyan, a averti que l’abandon scolaire est directement lié à des problèmes tels que le chômage, le travail des enfants et la délinquance, soulignant les dommages sociétaux plus larges causés par l’échec scolaire.

Les raisons de cette crise sont profondément ancrées dans le système éducatif discriminatoire et inégalitaire du régime. Alors que de nombreux enfants peinent à s’offrir des fournitures scolaires ou des transports, l’élite du régime bénéficie de privilèges éducatifs exclusifs. Les « écoles à but non lucratif », aux frais de scolarité exorbitants, sont destinées aux riches, tandis que les « écoles Shahid », financées par des fonds publics, s’adressent aux familles fidèles au régime. Une nouvelle tendance parmi les ultra-riches est l’« école à domicile », où des tuteurs privés enseignent aux enfants dans des maisons luxueuses, les élèves passant des examens officiels distincts. Ce système renforce les divisions sociales et compromet l’égalité des chances.

Pire encore, l’éducation dispensée est souvent de qualité insuffisante. Les programmes scolaires sont fréquemment manipulés pour refléter l’idéologie du régime, imprégnée de superstitions, d’histoire déformée et d’un endoctrinement religieux obligatoire. Les élèves sont non seulement privés de connaissances, mais aussi de pensée critique et de créativité. Ainsi, même ceux qui poursuivent leurs études reçoivent souvent une éducation qui n’est ni valorisante ni véridique.

La situation dans les zones frontalières et de libre-échange iraniennes est encore plus désastreuse. Hadi Abedi, haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation, a reconnu que ces zones sont confrontées à des défis culturels et sociaux particuliers. Il a souligné que le décrochage scolaire y est endémique et que la circulation transfrontalière aisée des personnes entraîne des changements culturels rapides, ce qui complexifie encore davantage le paysage éducatif.

Malgré l’existence de lois visant à garantir l’accès à l’éducation pour tous, notamment la loi de 1993 portant création des conseils de l’éducation, leur mise en œuvre reste faible. Ces politiques restent largement lettre morte et ont peu d’impact concret. Si elles avaient été correctement appliquées, les taux d’abandon scolaire auraient probablement diminué plutôt qu’augmenté.

Les décideurs politiques et les experts continuent de tirer la sonnette d’alarme. Akbar Puladi Baghbadrani, membre de la Commission de l’éducation du régime, a déclaré sans détour que « les élèves qui abandonnent l’école sont abandonnés par la société » et a appelé à des efforts urgents à l’échelle nationale pour les repérer et les réintégrer, en particulier dans les régions reculées. Il a souligné que si la « gratuité de l’éducation » existe techniquement dans certaines régions d’Iran, elle est loin d’être suffisante. Les écoles exigent régulièrement des contributions financières « volontaires » des familles, et les coûts supplémentaires – transports, uniformes, cours de rattrapage – alourdissent le fardeau. Pour les familles à faibles revenus, ces pressions peuvent être décisives, forçant les enfants à quitter définitivement l’école.

Il s’agit plus qu’un problème économique ; c’est un échec moral et sociétal. Partout dans le monde, l’éducation universelle est considérée comme un fondement du développement moral et de la justice sociale.

e et un progrès durable. En Iran, cependant, le régime a traité l’éducation non pas comme un droit, mais comme un privilège réservé aux loyaux et aux riches. Résultat : une génération d’enfants privés à la fois de leur avenir et de leur dignité.

Le nombre croissant d’abandons scolaires témoigne non seulement d’un système éducatif défaillant, mais aussi d’une société défaillante. Si le régime continue d’ignorer les racines de cette crise – la pauvreté, la discrimination et les inégalités –, les conséquences seront irréparables. Un pays qui laisse tomber ses enfants laisse déjà tomber son avenir.