vendredi, décembre 2, 2022
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Iran : Raïssi et son administration n’ont aucune légitimité

Iran : Raïssi et son administration n'ont aucune légitimité

Ebrahim Raïssi a été confirmé comme prochain président du régime iranien en juin, dans le cadre d’un processus par lequel le Guide Suprême Ali Khamenei avait consolidé son pouvoir en se préparant à ce que son régime soit confronté à une vague de soulèvements sociaux.

En janvier 2018, plus de 100 villes iraniennes ont accueilli des manifestations qui réclamaient un changement de régime. En novembre 2019, les slogans du soulèvement antérieur ont été repopularisés dans une série de protestations qui ont éclaté spontanément à travers près de 200 localités.

Environ 1 500 participants à ce dernier soulèvement ont été mortellement abattus en l’espace de quelques jours, et au moins 12 000 ont été arrêtés, dont beaucoup sont devenus la cible d’une campagne de torture de plusieurs mois sur ordre d’un système judiciaire alors dirigé par Ebrahim Raïssi.

Iran Protests: Nationwide Uprising in Iran- November 2019

En vertu du système de « velayat-e faqih » du régime iranien, ou pouvoir théocratique absolu, personne ne peut contester directement les politiques ou les édits exprimés par le Guide Suprême lui-même. Cependant, à la suite des élections fictives de 2019 et 2020, Khamenei a éliminé tous les rivaux, car son régime ne pouvait tolérer la moindre opposition.

Ainsi, il n’est pas surprenant que le Majlis (Parlement des mollahs) ait commencé à agir comme une simple chambre d’enregistrement pour les nominations ministérielles effectuées par la personne désignée par Khamenei pour occupé le poste de président. En raison de l’influence omniprésente de Khamenei sur le processus, l’administration présidentielle actuelle est une équipe de voleurs et de terroristes triés sur le volet.

Sur les 19 postes ministériels du gouvernement, près des deux tiers sont désormais occupés par le commandant en chef des Gardiens de la révolution (pasdaran). Huit membres du cabinet de Raïssi ont été spécifiquement désignés comme terroristes par les États-Unis, mais étant donné que les États-Unis ont étendu la désignation terroriste à l’ensemble des pasdaran, il est juste de dire que l’administration dans son ensemble est fermement aux mains de terroristes de carrière.

Une douzaine de personnes nommées par Raïssi, ainsi que Raïssi lui-même, font actuellement l’objet de sanctions économiques de la part des États-Unis, de l’Union européenne ou des Nations unies, et dans certains cas des trois à la fois. Deux membres du cabinet – le ministre de l’Intérieur Ahmad Vahidi et l’adjoint aux Affaires économiques Mohsen Rezaei – font l’objet de mandats d’arrêt d’Interpol pour leur rôle dans le terrorisme du régime au cours des premières années de la division des opérations spéciales à l’étranger des pasdaran, la force Qods.

Une autre personne nommée, le ministre des Routes et du Logement Rostam Ghasemi, a succédé à Vahidi en tant que commandant de la force Qods et est donc également responsable des actes de terrorisme ultérieurs soutenus par l’Iran.

Il est scandaleux de constater que rien de tout cela n’a empêché les dirigeants européens d’aborder l’administration Raïssi avec le même sens de l’amitié et de la conciliation qu’ils ont appliqué aux relations avec son prédécesseur prétendu « modéré ».

Enrique Mora, le fonctionnaire de l’Union européenne chargé des négociations sur le programme nucléaire iranien, a même assisté à la cérémonie d’investiture de Raïssi en août, malgré les nombreux avertissements selon lesquels cela lui conférerait une légitimité mondiale indue tout en insultant ceux qui ont souffert aux mains de Raïssi ou de l’une de ses personnes nommées.

Le silence de l’UE concernant un crime historique contre l’humanité auquel Raïssi a participé est une honte. Au cours de l’été 1988, il a été l’un des quatre responsables à siéger au sein d’une « commission de la mort » à Téhéran, qui a mis en application les ordres d’exécution massive de prisonniers politiques, principalement des membres de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran. Plus de 30 000 prisonniers ont été exécutés lors de ce massacre, qui a duré trois mois.

Les premiers assauts de Raïssi contre l’OMPI se reflètent dans l’histoire de certains de ses ministres nommés, dont l’affiliation à la force Qods et aux services de renseignement des pasdaran les a souvent mis en conflit direct avec les militants qui soutenaient la vision de la Résistance iranienne pour une alternative démocratique à la dictature théocratique. Ce conflit est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était en 1988, étant donné que Khamenei lui-même a reconnu le rôle central que l’OMPI a joué dans la planification et l’organisation des soulèvements antigouvernementaux en 2018 et 2019.

Dans le sillage de ces soulèvements, l’OMPI a également organisé des boycotts massifs des élections législatives et présidentielles fictives. Dans les deux cas, l’OMPI a réussi à faire baisser la participation à des niveaux jamais vus dans l’histoire du régime théocratique. Ces boycotts montrent clairement que si l’administration présidentielle iranienne actuelle est probablement plus conservatrice que toutes celles qui l’ont précédée, elle est aussi la moins représentative de la volonté politique des Iraniens et celle qui prétend le moins à la légitimité politique.

Il est donc d’autant plus honteux que certains responsables politiques occidentaux aient décidé d’accorder une légitimité à l’administration en saluant l' »élection » de Raïssi et en encourageant la participation de Raïssi et de ses conseillers à des rencontres internationales. De tels gestes envoient un message clair : Téhéran est libre de s’enfoncer de plus en plus dans son extrême idéologie tout en marginalisant son propre peuple. Cela ne fera que rendre le régime plus dangereux au fil du temps et miner les appels du peuple iranien à un changement de régime.

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