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Iran : « Ma soeur et moi nous sommes prêts à être pendus » (Réponse d’un prisonnier au ministre de la justice qui fait l’éloge du massacre de 88)

Iran : « Ma soeur et moi nous sommes prêts à être pendus » (Réponse d’un prisonnier un ministre de la justice qui fait l’éloge du massacre de 88)

CNRI – « Je dis à ce criminel de Pour-Mohammadi, qu’il a tué quatre innocents rien que dans ma famille. Je suis à Gohardacht et ma soeur Maryam est aussi en prison (…) ma soeur et moi nous sommes prêts à être pendus, nous n’avons pas peur. » C’est dans une lettre débordante de courage que le prisonnier politique Reza Akbari Monfared fait parvenir depuis la prison de Gohardacht, en Iran, que ces mots sont prononcés.

Il réagit aux propos du ministre de la Justice de Rohani, Mostafa Pour-Mohammadi, qui se dit fier d’avoir mis en oeuvre le massacre de 30.000 prisonniers politiques sur ordre de Khomeiny durant l’été 1988

« Nous sommes fiers d’avoir exécuté le commandement de Dieu à propos des hypocrites (Monafeghine, terme utilisé par le régime pour désigner les Moudjahidine du peuple d’Iran –OMPI). »

Pour-Mohammadi répondait lui-même à l’interpellation qui lui était adressé par le vice-président du Majlis, Ali Motahari, suite à la révélation par le fils de l’ayatollah Montazeri de l’enregistrement d’une conversation de son père (qui fut dauphin de Khomeiny avant d’être écarté) avec les membres de la commission de la mort chargé de ce massacre dont Pour-Mohammadi).

Depuis cette révélation les autorités du régime n’arrêtent pour certains de s’accuser, pour d’autres de se défendre grossièrement.

Reza qui se trouve en prison avec sa soeur, Maryam, alors que plusieurs membres de sa famille ont été exécutés dans ces massacres a le courage de répondre à l’arrogance du ministre de Rohani.

Nous publions l’intégralité de cette lettre qu’il faudrait absolument lire :

Lettre de la prison de Gohardachte

« Une des personnes les plus cruels et les plus sanguinaires, du nom de « Pour-Mohammadi », qui est également le ministre de la Justice du soi-disant « modéré » Rohani, probablement sur les recommandations de ce dernier, a été mené au studio d’informations pour une fuite en avant et pour une tentative d’intimidation des survivants du massacre de 1988. Il n’était pas venu se disculper, mais plutôt de menacer les autres pour qu’ils retirent les réclamations qu’ils ont faites et ainsi d’empêcher que le voile soit levé de cet évènement criminel… mais, ces intimidations, exécutions et répression n’aboutissent pas à tous les coups !!!

Quoique cette personne sanguinaire, criminelle et ministre de l’Injustice ait été emmené à la télévision pour menacer explicitement et directement Ali Motahari (vice-président du parlement) en premier lieu, puis M. Montazeri (fils du défunt Ayatollah Hossein Ali Montazeri), mais les commentaires de ce meurtrier étaient si répugnants et trompeurs que cela a ravivé une fois de plus dans mon esprit ces crimes et ces meurtres.

En recourant à des intimidations et à des déclarations sournoises, il essaie de nous faire taire également et de ne pas nous laisser dire quoi que ce soit… Je ne sais rien à propos de gens comme Motahari et je me demande si ces commentaires sont à des fins publicitaires ou pour gagner des postes ministériels ou autres postes ou si oui ou non il se soucie vraiment de connaître les faits… ?!

Cependant, en ce qui me concerne, le fait d’avoir perdu toute ma famille, fait que je n’ai rien à craindre ou à perdre.

Par conséquent, moi qui ait perdu tous les miens, je ne me perdrai pas dans des considérations. De quoi veulent-ils me faire peur ? Ils ont massacré ma soeur et mes frères, et ma mère en est morte en faisant une crise cardiaque. Je n’ai plus rien à perdre.
Pour donner une idée de l’ampleur de ce massacre, et en me limitant à ma famille, je vais faire un rappel.

Mon frère Ali-Reza a été arrêté le 11 septembre 1981 et fusillé sept jours plus tard. Ils n’ont jamais rendu son corps. Au bout de quelques temps, ils nous ont montré un morceau de pierre dans la parcelle 85 du cimetière de Behecht-e-Zahra (à Téhéran), et ils nous ont dit : « il est enterré là. »

Alors on a organisé une petite cérémonie funéraire à la maison, parce qu’on n’a même pas eu l’autorisation de le faire à la mosquée. Un type du nom d’Akbar Khoch-Gouch du Komiteh de Nazi-Abad a lancé un raid avec des hommes du Komiteh sur notre maison.

Ils ont arrêté toute la famille et l’ont emmenée à la prison d’Evine. Et après des mois, ils en ont libérés, comme ma mère au bout de 5 mois.

Mais ma soeur, Roghieh, qui avait été arrêtée dans cette cérémonie, a été condamnée à dix ans de prison uniquement pour cela. En 1988, alors qu’elle avait purgé sept années de prison, ils l’ont exécutée sur ordre de la fatwa de massacre lancée par Khomeiny.

On a retrouvé la trace de mon autre frère Gholam Reza, qui était couturier, après plusieurs mois sans nouvelles, en 1983 à la prison d’Evine. L’année suivante, sans que l’on nous restitue son corps, à nouveau on nous a montré un morceau de pierre dans la parcelle 106 de Behecht-e-Zahra et on nous a assuré qu’il y avait été enterré. On n’a jamais su si c’était vrai.

Mon petit frère Abdolreza, qui début mai 1981, avant même (la grande manifestation pacifique) du 20 juin 1981 (qui avait déclenché les vagues d’exécutions), avait été arrêté pour avoir vendu un journal dans le quartier de Khazaneh de Téhéran. Il a été condamné à trois ans de prison. Mais après avoir purgé sa peine, non seulement il n’a pas été libéré, mais de manière tout à fait illégale, il est resté quatre années de plus en prison.

Lui et ma soeur ont été emportés par la fatwa de mort de 1988. Ma soeur aussi avait été arrêtée en 1981. Ils ont, tous les deux, été exécutés.

Cette fois aussi, non seulement ils n’ont pas rendu les corps, mais ils n’ont pas indiqué de tombe non plus. Par contre ils ont durement menacé mon père et lui ont ordonné d’annoncer qu’ils étaient décédés de mort naturelle en prison. Peut-être qu’alors, ils feraient preuve de clémence et indiqueraient le lieu de sépulture. Mais ils ne l’ont jamais fait. Et cela fait 28 ans que nous ne savons pas où ils sont enterrés.

Et voilà que ce criminel de Pour-Mohammadi apparaît à la télévision, et se vante de ses crimes et de son service [au régime] après 28 ans, et menace de nouveaux massacres, tous les parents et survivants [des victimes], et même Motahari et Montazeri.

Tenu par la promesse faite aux miens, et à mes frères et soeur innocents et massacrés ((Roghiye, Gholamreza, Alireza et Abdulreza), je dis à ce criminel de Pour-Mohammadi, qu’il a tué quatre innocents juste dans ma famille. Moi je suis à Gohardacht et ma soeur Maryam est aussi en prison.

Mais pour lui, être innocent ou coupable n’a aucune importance et il exécute quand il en a besoin. Mais si le massacre de 1988 et le massacre actuel auquel on assiste dans tout l’Iran, n’a toujours pas poussé le monde à réagir, en tant que survivants et si ça s’avère nécessaire pour dénoncer ce massacre et ouvrir les yeux du peuple iranien et du monde, ma soeur et moi nous sommes prêts à être pendus, nous n’avons pas peur. Peut-être ainsi honorerons-nous une infime parcelle de notre devoir vis-à-vis de ce sang versé innocent.

Ainsi, au jour du Jugement dernier, aurons-nous quelque chose à dire et notre sang criera que les crimes de ces meurtriers de la commission de la mort n’ont aucun rapport avec l’islam, ni avec le Prophète de l’islam. »

Reza Akbari Monfared
Prisonnier politique
Cellule 12 du quartier 4
Prison de Gohardachte (Rajaï Chahr de Karaj)
Le 28 Août 2016 »