CNRI Reporters sans Frontières a publié le 28 novembre le communiqué suivant sur la répression des journalistes en Iran :
Le palmarès de lIran en matière de violation de la liberté dexpression est accablant. Plus grande prison du Moyen-Orient pour les journalistes et les cyberdissidents depuis 2000, la République islamique ne semble toujours pas vouloir mettre un terme aux arrestations massives et arbitraires qui ont décimé la presse au cours de ces dernières années.
Depuis larrivée au pouvoir, en juin 2005, du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad et de son équipe, principalement composée danciens commandants des gardiens de la Révolution et des services de renseignements, la répression des journalistes est organisée dune manière plus subtile, moins visible mais tout aussi redoutable.
Et sil y a aujourdhui moins de journalistes emprisonnés en Iran, cela ne signifie pas que les autorités ont relâché la pression sur la presse. Les professionnels des médias sont mis en liberté provisoire, après quelques jours voire quelques semaines de détention, sans quaucune date soit fixée pour leur jugement et encore moins leur relaxe. Ils peuvent tout aussi bien être condamnés et nêtre jamais convoqués à la prison.
Ces procédures en cours et ces condamnations non appliquées constituent de véritables épées de Damoclès au-dessus de la tête des journalistes et les empêchent décrire librement. Le gouvernement dAhmadinejad et les autorités judiciaires ont fait du pays tout entier la plus grande prison sans barreaux de la région.
La majorité des journalistes indépendants ou ne collaborant pas avec des journaux gouvernementaux sont visés par le pouvoir qui parvient, dune manière ou dune autre, à les empêcher de travailler. En parallèle, ces mêmes journalistes sont poursuivis en justice et doivent verser de lourdes cautions (pouvant aller jusquà 60 000 euros) pour bénéficier dune libération provisoire en attendant le jugement de leur affaire.
A leur sortie de prison, ces journalistes ne sont plus en mesure de travailler. Dune part, ils craignent dy retourner sils publient de nouveau un article qui déplaît aux autorités. Dautre part, de nombreux rédacteurs en chef et directeurs de publication reçoivent des consignes claires pour ne pas les embaucher. Dans certains cas, larrestation de ces journalistes seffectue de manière concomitante avec la fermeture du média pour lequel ils travaillent.
Récemment, le quotidien réformateur Rouzegar a été interdit par la Commission de surveillance de la presse après avoir accueilli dans sa rédaction des journalistes du quotidien Shargh, lui-même suspendu le 11 septembre 2006. Le ministère de la Culture et le procureur de Téhéran, Said Mortazavi, avaient envoyé au rédacteur en chef du quotidien une liste des journalistes dont il devait se séparer, dont lancien détenu Ahmad Zidabadi.
Le quotidien Vaghayeh Ettefaghieh a également été suspendu en septembre 2004 après avoir recruté de nombreux journalistes issus du quotidien Yas-e no, lui-même interdit en février 2004. Lordre de suspension de Vaghayeh Ettefaghieh mentionnait le fait que la majorité de léquipe rédactionnelle provenait de Yas-e no. Enfin, cette même année, les autorités avaient tenté de faire pression sur le directeur du quotidien Jomhouriat pour que soit limogé son rédacteur en chef, Emadoldin Baghi, figure de la presse réformatrice iranienne et ardent défenseur de la liberté dexpression. Ne cédant pas aux pressions, le quotidien avait finalement été fermé le 18 juillet.
Les journalistes iraniens qui ont choisi de travailler pour des médias indépendants sont les cibles dune campagne de harcèlement. Les cas des journalistes Issa Saharkhiz, Saghi Baghernia et Mohammad Sedigh Kabovand sont révélateurs de la situation des professionnels des médias dans le pays. Ils sont tous trois susceptibles dêtre jetés en prison à nimporte quel moment.
Le 14 juin 2006, Issa Saharkhiz, directeur du mensuel Aftab et du journal économique Akhbar Eghtesadi, a été condamné à quatre ans de prison ferme et cinq ans dinterdiction dexercer son activité journalistique pour offense à la Constitution et publicité contre le régime. Ses avocats nont reçu le verdict que le 21 novembre 2006. Bien quil dispose de vingt jours pour faire appel, le journaliste refuse de le faire pour protester contre cette décision judiciaire arbitraire. Issa Saharkhiz, pour qui la justice iranienne obéit aux ordres de lAyatollah Khamenei, na pas le choix.
Le 18 août 2005, Mohammad Sedigh Kabovand, directeur de publication de lhebdomadaire en langues kurde et persane Payam-e mardom-e Kurdestan, suspendu en 2004, a été condamné à un an et six mois de prison ferme et cinq ans dinterdiction dactivité journalistique pour troubles de lopinion publique et propagation didées séparatistes. Il a été convoqué par le bureau de lexécution des peines le 22 septembre 2006, soit plus de deux ans après sa condamnation.
Le 19 août 2006, Saghi Baghernia, directrice du quotidien économique Asia, a été condamnée à six mois de prison ferme par la Cour suprême de justice de Téhéran pour « propagande contre le régime », après la publication, dans lédition du 5 juillet 2003, de la photo de Maryam Rajavi (dirigeante des Moujahidin du peuple – groupe dopposition). Son époux, Iraj Jamshidi, rédacteur en chef du quotidien, avait été arrêté et condamné à un an de prison, le 6 juillet 2003, pour le même motif. Début novembre 2006, Mme Baghernia a été convoquée par la prison pour la deuxième fois sans être arrêtée pour autant.
Enfin, depuis le 1er janvier 2004, Reporters sans frontières a recensé plus dune trentaine de journalistes qui ont fui la République islamique dIran pour échapper à des poursuites judiciaires.

