
Plus de 300 juristes internationaux, défenseurs des droits humains et lauréats du prix Nobel ont publié une lettre ouverte commune adressée au Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, et initiée par l’organisation Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran (JVMI). Cette lettre tire la sonnette d’alarme face à une augmentation sans précédent des exécutions en Iran et met en garde contre l’émergence d’une nouvelle série de crimes atroces.
Les signataires – parmi lesquels d’anciens responsables de l’ONU, des présidents de tribunaux internationaux et d’éminents juristes internationaux – alertent sur le fait que les autorités iraniennes exploitent l’instabilité régionale récente pour mener une campagne de répression politique coordonnée et sanglante.
Un niveau record de terreur d’État depuis quarante ans
Selon la lettre ouverte, l’ampleur des exécutions a atteint des niveaux jamais vus depuis près de quarante ans. Des experts des droits de l’homme soulignent que le régime iranien a instrumentalisé le déclenchement des hostilités régionales le 28 février 2026 pour intensifier les arrestations massives, la torture et les exécutions extrajudiciaires, tout en coupant l’accès à Internet afin de réprimer la dissidence intérieure et de masquer la circulation de l’information vers l’extérieur.
A call to stop executions, Now! @AtlanticClubBG https://t.co/EqmZkHul6O
— Dr. Solomon Passy 🇺🇦 (@PassySolomon) 18 mai 2026
Les observateurs internationaux relèvent une approche systémique de cette vague d’assassinats :
- Ciblage des dissidents : Depuis le 19 mars 2026, des dizaines de personnes ont été exécutées arbitrairement à l’issue de procès sommaires. Au moins huit prisonniers politiques ont été exécutés uniquement en raison de leur appartenance à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), et au moins onze autres sont actuellement sous le coup d’une exécution imminente pour les mêmes motifs.
- Arrestations massives : Selon les données compilées par la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran (FFMI) des Nations Unies, plus de 50 000 manifestants ont été arrêtés.
- Abus de pouvoir judiciaire : Des accusations passibles de la peine capitale, telles que moharebeh (« inimitié envers Dieu ») et baghi (« rébellion armée »), sont systématiquement instrumentalisées. La lettre souligne que le procureur général du régime a déclaré tous les manifestants coupables de moharebeh, tandis que le chef du pouvoir judiciaire a explicitement ordonné aux juges de faire preuve d’« aucune clémence » dans les affaires liées aux manifestations.
Impunité profondément enracinée
La coalition internationale souligne que cette vague actuelle de meurtres est directement liée à la culture d’impunité qui sévit depuis longtemps en Iran. La lettre établit un lien direct avec les massacres de 1988, au cours desquels quelque 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés extrajudiciairement ou ont disparu de force – des crimes que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’Iran a qualifiés en 2024 de crimes contre l’humanité et de génocide.
Les signataires ont déclaré leur solidarité formelle avec les mouvements de résistance internes, faisant notamment référence à la campagne « Non aux exécutions » menée dans les prisons iraniennes et au mouvement national plus large qui réclame la fin du système de gouvernement actuel et l’instauration d’une république démocratique.
Coalition mondiale de premier plan
Cet appel rassemble un panel exceptionnel de personnalités juridiques et politiques internationales de premier plan. Parmi les plus de 300 signataires figurent :
- Les lauréats du prix Nobel de la paix : Oleksandra Matviichuk (2022), Jody Williams (1997), Oscar Arias Sánchez (ancien président du Costa Rica), ainsi que plusieurs lauréats en sciences et en économie.
- Juristes internationaux et représentants de l’ONU : Sang-Hyun Song (ancien président de la CPI), Joachim Rücker (ancien président du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies), Mogens Lykketoft (ancien président de l’Assemblée générale des Nations Unies) et Javaid Rehman (ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur l’Iran).
- Personnalités juridiques : Mark Ellis (directeur exécutif de l’Association internationale du barreau) et Cherie Blair (fondatrice de la Fondation Cherie Blair pour les femmes).
Une copie de la lettre a été directement adressée aux principaux acteurs internationaux, notamment le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur l’Iran, Mme Mai Sato, et la FFMI.
Exigences de responsabilité internationale
Rejetant le silence international, qu’ils considèrent comme un mécanisme qui « ne fait que renforcer l’impunité », les experts internationaux exhortent les États membres de l’ONU à prendre des mesures diplomatiques concrètes et immédiates :
- Mécanismes de responsabilisation : Mettre en place un mécanisme international de responsabilisation permettant de mener des enquêtes efficaces sur les crimes de droit international, en utilisant la compétence universelle pour poursuivre les auteurs de ces crimes.
- Engagement conditionnel : Subordonner tout engagement diplomatique et économique futur avec l’Iran à un arrêt vérifiable des exécutions et à des améliorations mesurables de la situation des droits humains.
- Secours immédiat : Exiger la libération immédiate et inconditionnelle par Téhéran de tous les prisonniers politiques et rétablir un accès sans entrave à Internet pour la population générale.

