
Une coalition d’organisations non gouvernementales (ONG) a soumis une déclaration écrite conjointe au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, appelant à une action immédiate et décisive pour remédier à la grave situation des droits de l’homme au sein du régime iranien. Les ONG appellent les États membres et observateurs du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à « faire face de toute urgence à la vague croissante d’exécutions politiques et à l’impunité persistante en République islamique d’Iran ». Ils avertissent que « le risque d’une nouvelle atrocité de masse, rappelant le massacre de 1988, est d’une réalité alarmante ».
Rhétorique alarmante cautionnée par l’État
La déclaration souligne une préoccupation majeure : la rhétorique dangereuse émanant des médias liés à l’État. « Le 7 juillet 2025, Fars News, affilié aux Gardiens de la révolution (CGRI), a publié un éditorial saluant les exécutions de plus de 30 000 prisonniers politiques en 1988, les qualifiant d’« expérience historique réussie ». Cet éditorial, au titre provocateur « Pourquoi les exécutions de 1988 devraient être répétées », prônait explicitement « des mesures similaires contre les détenus actuels, présentant la dissidence politique comme une menace pour la sécurité nationale ». Cette « rhétorique reflète une tentative dangereuse de normaliser les exécutions cautionnées par l’État ».
Escalade des exécutions et violations flagrantes des garanties procédurales
La déclaration détaille plusieurs exécutions récentes et les menaces persistantes pesant sur les prisonniers politiques. « Le 27 juillet 2025, les prisonniers politiques Behrouz Ehsani (70 ans) et Mehdi Hassani (48 ans) ont été exécutés à la prison de Qezel Hesar sans préavis ni pour eux ni pour leurs familles, qui se sont également vu refuser une dernière visite. » Ils avaient été arrêtés fin 2022, soumis à la torture pour obtenir des aveux forcés et jugés dans le cadre d’une « procédure manifestement inéquitable » devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran. Leurs condamnations et peines de mort pour des chefs d’accusation tels que « rébellion armée contre l’État » (baghi), « guerre contre Dieu » (moharebeh) et « corruption sur terre » (efsad-e fel-arz) ont été confirmées par la Cour suprême, en lien avec leur appartenance à l’OMPI (MEK), un groupe d’opposition politique.
Un autre cas concerne « Le prisonnier politique Yaqub Derakhshan (50 ans) a été condamné à mort le 24 juillet 2025 par le tribunal révolutionnaire de Rasht, à l’issue d’un simulacre de procès, pour « rébellion » (baghi) en raison de son appartenance présumée à l’OMPI ». Privé de l’assistance d’un avocat, jugé par visioconférence, il a été condamné sans preuve, ce qui constitue une « violation flagrante des garanties procédurales ». Par ailleurs, « Le 12 juillet 2025, trois militants de l’opposition – Farshad Etemadi-Far (30 ans), Masoud Jamei (47 ans) et Alireza Mardasi (52 ans) – ont été condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire d’Ahvaz après deux ans de torture, accusés de « guerre contre Dieu » (moharebeh) en raison de leur soutien à l’OMPI, l’opposition ». Les ONG avertissent : « Des dizaines d’autres prisonniers politiques sont actuellement dans le couloir de la mort, dont 14 accusés de chefs d’accusation similaires à ceux d’Ehsani et Hassani », et « sont considérés comme en danger imminent ». » Depuis l’arrivée au pouvoir du président du régime, Massoud Pezeshkian, « les exécutions ont explosé – plus de 1 400 ont été effectuées, dont environ 650 pour la seule année 2025 », prévient la déclaration.
Échos de 1988 et échec international
Ces incitations et ces exécutions font profondément écho aux « horreurs de 1988, lorsqu’une fatwa du Guide suprême de l’époque, Khomeini, a conduit à des exécutions massives visant des membres de l’OMPI et d’autres dissidents », avertissent les signataires. Un rapport historique publié en juillet 2024 par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran « a qualifié ces exécutions extrajudiciaires et ces disparitions forcées de crimes contre l’humanité et de génocide permanents ».
Les signaux d’alarme se multiplient, avertissent les organisations. Le 4 juillet 2025, « dix procédures spéciales des Nations Unies ont exprimé leur inquiétude face à la répression en République islamique d’Iran… soulignant que la rhétorique des médias d’État, notamment les appels à la “surveillance” et aux “assassinats”, fait écho aux “atrocités de 1988” ».
Le prisonnier politique Saeed Masouri, figure clé de la campagne « Non aux mardis des exécutions », a fait passer clandestinement une lettre avertissant que son expulsion était le prélude à de nouvelles exécutions et que, « tout comme en 1988, “un crime est en cours” ».
Les ONG soulignent une leçon historique cruciale : « La communauté internationale n’a pas agi en 1988. Elle ne doit pas échouer à nouveau.» La responsabilité d’empêcher que ces crimes contre l’humanité ne se reproduisent « incombe aux Nations Unies et à ses États membres ».
Recommandations urgentes au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies
Pour remédier à cette situation désastreuse, les ONG exhortent le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et ses États membres à prendre des mesures immédiates et décisives, en proposant les recommandations suivantes :
Condamnation de l’incitation aux atrocités criminelles : Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran et la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République islamique d’Iran (FFMI) devraient « enquêter de toute urgence sur l’éditorial de l’agence de presse Fars, le qualifiant d’incitation à commettre des atrocités criminelles, et le condamner publiquement », soulignant que « cette rhétorique viole le droit international des droits de l’homme, notamment l’interdiction de l’incitation à la violence et aux meurtres de masse ».
Renforcement des mécanismes de responsabilisation : S’appuyant sur le rapport 2024 du Rapporteur spécial, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies doit « mettre en place un mécanisme international d’enquête et de responsabilisation afin de préserver les preuves, de documenter les violations en cours et de rendre justice pour le massacre de 1988 et les crimes connexes ». Mesures urgentes pour empêcher de nouvelles exécutions : La communauté internationale doit prendre des mesures urgentes pour empêcher l’Iran d’exécuter des prisonniers politiques condamnés à mort, notamment par « des condamnations publiques fermes, des pressions diplomatiques et des sanctions ciblées contre les individus et entités responsables de ces violations ».
Protection des victimes, des survivants et des défenseurs des droits humains : L’ONU doit prendre des mesures concrètes pour protéger les survivants, les familles des victimes et les défenseurs des droits humains en Iran et dans la diaspora, qui sont victimes de harcèlement et de représailles. L’éditorial de Fars News expose particulièrement ces personnes à un risque accru.
Inclusion dans les résolutions de l’ONU : La Troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies devrait « inclure des références spécifiques au massacre de 1988 et aux menaces persistantes, telles que celles exprimées par Fars News, dans sa résolution de 2025 sur la République islamique d’Iran ». Lutte contre les disparitions forcées : Le prochain rapport du Rapporteur spécial sur les droits de l’homme en Iran devrait « continuer à documenter et à dénoncer l’impunité qui découle des exécutions extrajudiciaires massives et des disparitions forcées de 1988, qui constituent des crimes contre l’humanité persistants ». La déclaration se conclut par un appel puissant : « Les victimes du massacre de 1988 et le peuple iranien méritent rien de moins que la vérité, la justice et l’obligation de rendre des comptes. La responsabilité d’empêcher que ces crimes contre l’humanité ne se reproduisent incombe aux Nations Unies et à ses États membres. Nous ne devons pas répéter le silence de 1988. »

