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Depuis Ghezel Hesar, quatre prisonniers commémorent les 61 ans d’existence de l’OMPI

Depuis Ghezel Hesar, quatre prisonniers commémorent les 61 ans d'existence de l'OMPI
Les prisonniers politiques iraniens Khosrow Rahnama, Sepehr Emamjomeh, Akbar Bagheri et Assadollah Hadi, réunis dans une image composite créée par IA à partir de leurs photographies originales

Ces derniers jours, quatre prisonniers politiques détenus à Ghezel Hesar ont envoyé des messages depuis leur cellule pour marquer le 61e anniversaire de la fondation de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran. Ils ont insisté pour que leurs messages soient diffusés par les médias de la Résistance, malgré les menaces et les conséquences qu’ils savent susceptibles d’en découler, soulignant leur volonté de faire entendre leur voix auprès de la jeunesse iranienne et du grand public « à tout prix ».

Pour Khosrow Rahnama, Sepehr Emam-Jomeh, Akbar Bagheri et Asadollah Hadi, cet anniversaire n’était pas l’occasion de se complaire dans la nostalgie. Depuis leur cellule, ils ont évoqué l’endurance, l’organisation, le sacrifice et la persévérance inébranlable de l’espoir politique. Leur insistance à publier fait partie intégrante du message : ils n’écrivent pas à titre privé ni pour les archives de la prison, mais cherchent délibérément à s’exprimer au-delà des murs qui les emprisonnent.

Leurs messages révèlent moins une commémoration qu’une réflexion sur les raisons pour lesquelles certains mouvements politiques disparaissent tandis que d’autres survivent à une répression si féroce qu’elle détruit les institutions ordinaires.

Rahnama commence par un rappel historique. Il retrace le parcours de la Révolution constitutionnelle au Mouvement de la jungle, en passant par le mouvement nationaliste de Mohammad Mossadegh et la révolution de 1979. Sa conclusion est sans équivoque : le courage, à lui seul, s’est maintes fois révélé insuffisant. Ce dont les opprimés ont besoin, affirme-t-il, c’est d’une organisation capable d’accumuler de l’expérience et de résister à la répression.

« Seule une résistance révolutionnaire organisée est capable de s’opposer au système clérical inhumain », écrit-il depuis Ghezel Hesar, principale institution du régime chargée des exécutions et massacres cautionnés par l’État.

Dès lors, le sens de son message est on ne peut plus clair. Rahnama décrit l’organisation non pas comme une bureaucratie, mais comme un modèle – le moyen par lequel l’expérience d’une génération survit suffisamment longtemps pour devenir utile à la suivante.

Sepehr Emamjomeh aborde la même question différemment. Son message s’articule autour de quatre mots : « Et si elle n’avait pas existé ?»

Il répète cette question à travers des moments décisifs de l’histoire iranienne moderne. Qu’est-ce qui, demande-t-il, aurait occupé l’espace politique sans une résistance organisée ? Quel serait devenu le rôle politique des femmes ? Qu’est-ce qui aurait permis à l’opposition de se maintenir face aux vagues successives de répression ?

Sa question la plus révélatrice concerne les femmes : « Si Maryam n’avait pas été là, quelle place historique les femmes auraient-elles occupée à une époque de misogynie ?»

L’enjeu dépasse le cadre d’un seul leader. Pour Emamjomeh, la persévérance se définit comme la capacité d’un mouvement politique à se transformer de l’intérieur face à un ennemi brutal – à créer de nouvelles formes de responsabilité plutôt que de simplement préserver les anciennes.

Akbar Bagheri, quant à lui, résume la question de la persévérance en un seul mot : sacrifice.

Revenant sur six décennies d’existence de l’OMPI, marquées par la monarchie, la révolution, le pouvoir clérical, les exécutions, l’exil et des crises répétées, il s’interroge sur la capacité d’une organisation soumise à tant de pressions à survivre. Sa réponse ne réside ni dans l’argent ni dans des circonstances favorables.

« Le sacrifice n’est pas qu’un mot ; il a une profondeur – la profondeur du don de sa vie », écrit-il.

Cette phrase soulève une question troublante. La vie politique moderne est essentiellement transactionnelle, fonctionnant selon ce que certains appellent la « réciprocité altruiste » – un simple échange, en somme, qui ne rend pas compte du véritable potentiel humain.

Naturellement, les individus se demandent ce que la politique peut leur apporter : sécurité, reconnaissance, influence, prospérité, voire pouvoir.

Bagheri inverse la perspective. Il s’interroge sur ce qu’une personne est prête à sacrifier pour une liberté dont elle ne jouira peut-être jamais.

C’est pourquoi il insiste sur la continuité générationnelle, évoquant des prisonniers et des dissidents séparés par des décennies. Pour lui, un mouvement reste vivant lorsque le sacrifice cesse d’appartenir à un passé héroïque et se perpétue chez les générations futures.

Asadollah Hadi inscrit ces choix personnels dans une théorie plus large de la lutte politique. L’histoire, soutient-il, oppose sans cesse les puissants aux démunis.

« L’exploiteur possède généralement la richesse, le pouvoir et les instruments de la propagande », écrit-il.

Pourtant, il identifie immédiatement la faiblesse d’un tel pouvoir : la coercition ne peut étouffer indéfiniment la revendication de souveraineté. Tout au long de l’histoire moderne de l’Iran, soutient Hadi, la répression a maintes fois engendré des protestations. …la rébellion, et les mouvements cherchant à donner une orientation politique à ces soulèvements.

Ensemble, ces quatre messages mettent en lumière un aspect que les anniversaires occultent souvent.

Soixante et un ans ne constituent pas un fait marquant simplement parce que le calendrier a tourné soixante et une fois. Des organisations politiques peuvent perdurer bien après avoir cessé de jouer un rôle significatif. La longévité ne prend tout son sens que lorsque les idées, les structures et les engagements se transmettent d’une génération à l’autre, en dépit des forces qui tentent d’interrompre cette transmission.

La prison est l’une de ces forces.

Son but n’est pas seulement d’écarter un dissident de la société. Dans ce qu’elle a de plus redoutable, l’incarcération sépare le présent de l’avenir : elle persuade le prisonnier que le monde extérieur continue sans lui et convainc la société que la résistance a été isolée.

Pourtant, ces quatre hommes écrivent sans se faire d’illusions sur la portée de leurs paroles. Ils insistent à maintes reprises pour que leur message parvienne à la jeunesse iranienne, « quel qu’en soit le prix ». C’est dans cette insistance que réside la véritable force de leur propos : le courage n’est pas une posture, l’honnêteté n’est pas un slogan, et l’intégrité a bien peu de valeur si elle s’efface dès lors que le prix à payer devient personnel.

Leur message, adressé à une société en pleine effervescence, ne passe donc pas seulement par les mots, mais aussi par le risque qu’ils acceptent délibérément de courir en les faisant sortir de l’enceinte de la prison. Ils sont prêts à subordonner leur propre sort à leurs croyances — à faire de leur vie, et non de leurs seules paroles, la mesure de leurs convictions.

C’est là que la répression se heurte à sa limite la plus ancienne. Elle peut emprisonner le dissident, le menacer et renchérir le coût de la parole. Mais lorsqu’un prisonnier a déjà conscience de ce coût et choisit de s’exprimer malgré tout, la peur commence à perdre son monopole.

On peut enfermer un corps. Il est bien plus difficile de contenir une conviction étayée par la volonté d’en payer le prix, fût-ce au péril de sa vie.