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Des prisonniers politiques iraniens refusent de laisser l’État s’approprier l’avenir

Des prisonniers politiques iraniens refusent de laisser l'État s'approprier l'avenir

Il est des moments où la prison cesse d’être un simple lieu d’enfermement pour devenir le théâtre d’une lutte pour la possession de l’avenir.

Depuis les prisons de Vakilabad (à Machhad), de Ghezel Hesar et la prison centrale de Karaj, des prisonniers politiques iraniens ont pris la plume pour marquer le 61e anniversaire de la fondation de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) — ce mouvement de résistance organisé auquel ils rattachent explicitement leur propre lutte, leur mémoire et leurs espoirs pour l’Iran.

Ces messages émanent d’hommes que l’État a tenté d’isoler de la société. Pourtant, presque chaque phrase porte au-delà des murs de la cellule.

Mohammad Javad Vafaei Sani, champion national de boxe, commence par un refus des plus simples : la répression ne réduira pas au silence.

« Les conditions que nous vivons en prison sont difficiles et rudes, tout comme pour l’ensemble de la population de ce pays, mais cela ne saurait nous réduire au silence », écrit-il. « Nous avons le devoir, en toutes circonstances, de porter la voix de notre peuple opprimé et de crier sa douleur et ses souffrances. »

C’est peut-être là la phrase maîtresse de toutes ces lettres.

Pour la dictature, la prison est censée inverser le rapport entre le citoyen et l’État. Le prisonnier est réduit à l’état d’objet sur lequel s’exerce le pouvoir. Il est surveillé, déplacé, interrogé, condamné. Son monde se rétrécit.

Vafaei Sani refuse cette réduction. Il se donne encore une mission publique : parler, crier, lancer un appel par-delà les murs.

Et l’Iran auquel il s’adresse est à bout de souffle : un Iran où les budgets des ménages et les horizons s’amenuisent, où la jeunesse affronte la répression et la précarité économique, où les familles ont appris la géographie des prisons, des tribunaux et des cimetières.

Évoquant la fondation du OMPI / MEK par Mohammad Hanifnejad et ses compagnons, il écrit : « Cet arbre a pris racine, et nous sommes devenus une forêt qu’aucun hiver ni aucune hache ne peut détruire ou réduire au silence. Chaque fois qu’ils nous ont coupé la tête, nous avons repoussé — bien plus nombreux encore. »

L’arbre qu’il invoque n’est pas une abstraction. C’est le OMPI / MEK lui-même ; la forêt représente ce que sont devenues, selon lui, six décennies de résistance organisée.

Cette métaphore est une réponse à la terreur. Une dictature comprend parfaitement le corps humain. Elle peut l’emprisonner. Elle peut le blesser. Elle peut l’exécuter.

Ce qu’elle redoute, c’est la multiplication.

On peut éliminer un prisonnier. On ne peut pas éliminer une idée qui se reproduit dans des milliers d’esprits.

C’est cette même idée qui traverse le message d’Ali Moezzi depuis la prison de Ghezel Hesar. Son appel ne s’adresse pas à des spectateurs, mais à une société qu’il perçoit comme en colère, appauvrie et prise au piège. Et lorsqu’il évoque une « résistance organisée », il parle du OMPI et du mouvement de résistance qui s’est structuré autour de lui.

« Ne laissons pas d’autres écrire notre destin », dit-il.

Vient ensuite le cœur politique de son argumentation : « La résistance organisée a besoin des masses, et les masses désorganisées ont besoin de cette résistance organisée. »

Cette réflexion dépasse le cadre d’une simple prison. La souffrance seule ne mène pas à la libération. La colère seule ne bâtit pas l’avenir. Une population peut être furieuse tout en étant fragmentée ; courageuse tout en étant isolée.

L’autoritarisme survit précisément en entretenant cet isolement.

Il dit à l’ouvrier qu’il est seul.

À l’étudiante qu’elle est seule.

À la mère en deuil qu’elle est seule.

Au prisonnier que personne ne se souvient de lui.

Ces lettres répondent : vous n’êtes pas seuls dans l’histoire.

Le message de Meysam Dehban-Zadeh résonne presque comme une liturgie de la résistance. Le mot *salaam* revient sans cesse — un salut aux fondateurs du OMPI, à ses morts, à ses soulèvements, à sa persévérance, aux générations qui l’ont précédé.

Puis, au milieu des souvenirs de sang et de répression, surgit une question inoubliable :

« Peut-on tuer le soleil ? »

C’est le genre de phrase qui prend une tout autre dimension derrière les murs d’une prison.

L’État peut éteindre une vie. Le prisonnier se demande s’il peut éteindre ce que cette vie représentait.

Mohammad Hassani puise encore plus profondément dans la mémoire iranienne. Dans son poème, Zahhak — le tyran monstrueux de la mythologie perse — refait surface, tandis que Kaveh le forgeron se dresse contre lui. La tyrannie change de costume ; la couronne antique cède la place au turban. Mais Kaveh, lui aussi, se multiplie :

« Kaveh est devenu des milliers. »

Et puis :

« La plaine d’Iran s’est emplie du printemps des cyprès. »

Ce ne sont pas les paroles d’hommes se considérant comme vaincus. Toute dictature cherche à s’approprier non seulement le présent, mais aussi l’imaginaire de l’avenir. Sa phrase la plus redoutable n’est pas « Obéissez-moi ». C’est une affirmation plus glaciale :

Rien ne peut changer.

Face à cette sentence, ces prisonniers opposent un autre vocabulaire — un vocabulaire explicitement ancré dans l’histoire du OMPI / MEK.

L’arbre devient forêt.

Kaveh se multiplie par milliers.

L’hiver porte en lui la promesse du printemps.

Les suppliciés deviennent des étoiles.

Vafaei Sani évoque les pendus comme des « étoiles parties au ciel avant nous », qui continuent de briller « dans le cœur du peuple iranien ».

C’est pourquoi ces lettres de prison sont si importantes.

Elles ne se contentent pas de louer la capacité à endurer.