
Le 13 juillet, six hommes du quartier 2 de la prison de Ghezel Hesar à Karaj ont été conduits à l’isolement pour être pendus. Loin d’être silencieux, les détenus ont refusé leurs rations alimentaires. Des sit-in ont alors commencé, suivis de slogans : « Non à l’exécution ! », « Faites entendre notre voix !». Deux semaines plus tard, face à l’absence de réponse de la justice du régime clérical, des hommes ont commencé à se coudre les lèvres. Les organisations de défense des droits humains estiment à plus de 1 500 le nombre de condamnés à mort participant à la grève.
Le 28 juillet, le régime a cédé. Des représentants officiels et des autorités judiciaires se sont finalement rendus sur place et se sont engagés à suspendre les exécutions dans les affaires liées à la drogue le temps d’examiner les requêtes des prisonniers. La grève a été suspendue.
🚨Recul forcé de l’appareil judiciaire des mollahs face à l’unité et à la résistance de 1500 condamnés à mort en Iran
· L’application des peines de mort des condamnés de l’unité 2 de Ghezel Hessar est suspendue.
· Six prisonniers transférés en vue de leur exécution seront… https://t.co/DrOhOa8aWo
— Afchine Alavi (@afchine_alavi) July 29, 2026
Il est essentiel de comprendre précisément ce qui s’est passé et ce qui ne s’est pas passé. Il ne s’agissait pas de clémence. Un système qui a exécuté plus de 420 personnes en sept mois et plus de 2 150 l’année dernière, selon les chiffres d’Amnesty International, ne se découvre pas soudainement une conscience au petit-déjeuner. Il lui importe peu que les hommes qu’il projette de pendre meurent de faim avant. Ce qui l’a motivé, c’est un calcul. Les familles avaient commencé à se rassembler devant les murs. Les vidéos sortaient de la prison. Le mot « soulèvement » commençait à s’associer à la file d’attente des mères à Karaj – et de tout au monde, c’est le soulèvement que le régime clérical craint le plus, car c’est la seule chose qui lui ait jamais ravi le pouvoir.
C’est la deuxième fois en neuf mois que les mêmes calculs aboutissent au même recul. En octobre 2025, après une grève de la faim collective d’une semaine dans le même quartier, des représentants du chef du pouvoir judiciaire et du directeur de l’administration pénitentiaire sont arrivés avec une promesse identique : suspension des exécutions pendant au moins six mois, réexamen des dossiers, modification de la loi antidrogue. Les prisonniers ont mis fin à leur grève. Le régime a renié chaque parole, ce qui explique pourquoi le quartier était de nouveau affamé en juillet. La leçon à tirer n’est pas que les promesses du régime valent quoi que ce soit. La leçon à tirer est que ses promesses sont des reçus – la preuve, de sa propre main, de sa faiblesse.
Alors pourquoi ne peut-il pas simplement s’arrêter ? Parce que la potence n’est pas politique ; elle est infrastructurelle. Une société aussi explosive – salaires anéantis, monnaie en chute libre, eau et électricité rationnées, une population qui est déjà descendue dans la rue à deux reprises en quatre ans et qui est descendue à nouveau dans la rue en janvier 2026 en si grand nombre qu’elle a provoqué une coupure nationale d’internet de trois mois – est maintenue par la seule peur. Arrêtez les exécutions et la peur se répandra. Pire encore, du point de vue du régime, les arrêter, c’est envoyer aux Bassidji et aux Gardiens de la révolution, chargés de semer la terreur dans la rue, un message qu’ils ne pourront plus oublier : l’impunité a une date de péremption. C’est pourquoi la machine continue de tourner, même lorsqu’elle est politiquement désastreuse. La peine de mort est la seule monnaie qui reste au régime.
Remarquez aussi sur qui il dépense cette monnaie le plus généreusement. Depuis les manifestations de janvier, le régime a pendu des personnes pour appartenance présumée aux Moudjahidine du peuple à un rythme sans précédent : six accusés dans une seule affaire, treize tués en quelques mois pour leurs liens avec l’organisation et d’autres groupes interdits, auxquels s’ajoutent 26 exécutions liées aux manifestations et 26 autres pour des motifs politiques, selon Amnesty International. Les priorités du régime sont son témoignage le plus flagrant : il réserve la potence aux organisés et aux inflexibles, à ceux qui franchissent toutes les lignes rouges qu’il a tracées et qui ne reculent jamais. Tout le reste, il le tolère.
Pourquoi le régime iranien continue d’exécuter de jeunes opposants et pourquoi il continue d’échouer pic.twitter.com/QBS9FErbjN
— CNRI-France (@CNRIFrance) July 29, 2026
À côté de la corde, il y a le théâtre : au moins 240 aveux télévisés extorqués depuis les manifestations de janvier, un volume sans précédent, visages floutés, scripts écrits par les interrogateurs, Israël et les États-Unis insérés au bon moment. Le visage flouté est en lui-même le message : « Cachez-vous si vous voulez, nous vous retrouverons. » Le peuple iranien les dénonce comme des vidéos de propagande ; le rapporteur spécial de l’ONU affirme qu’elles servent à présenter les manifestants comme de dangereux criminels. Elles ne prouvent pas l’infiltration. Elles prouvent que le régime ne croit plus que ses propres émissions puissent convaincre qui que ce soit et qu’il a renoncé à la terreur.
Ce qui nous ramène à Ghezel Hesar et à la seule conclusion stratégique possible. Khomeini a passé huit ans à jurer que la paix avec l’ennemi signifiait enterrer l’islam (lui-même). Puis, en 1988, lorsqu’une force iranienne organisée et déterminée a rendu la poursuite du conflit impossible, il a bu ce qu’il appelait le calice empoisonné, a accepté le cessez-le-feu et est mort moins d’un an plus tard. Le régime reste sourd aux appels. Il répond aux factures qu’il ne peut pas payer. Mille cinq cents hommes affamés à Karaj viennent d’en écrire un autre.

