Belga (Belgique), 14 août – "Le silence des pantoufles est parfois pire que le bruit des bottes". Fort de cette conviction, le député-bourgmestre Patrick Moriau, soutenu par la sénatrice Christiane Vienne, tous deux PS, ont lancé vendredi un appel à la communauté internationale, afin qu'elle se mobilise pour les "oubliés" du camp Ashraf.
Oasis de 36 km2 au milieu du désert irakien, à mi-chemin entre Bagdad et la frontière iranienne, ce camp abrite quelque 3.500 personnes, membres des Moudjahidines du Peuple, un mouvement de résistance iranien qui avait trouvé refuge, dans les années '80, en Irak.
"A l'époque, Saddam Hussein a accueilli à bras ouverts ces opposants au régime des Mollahs qui étaient assassinés en Iran. A Ashraf, ils ont pu s'armer et préparer des actions contre Téhéran", a rappelé Eric David, professeur de droit international à l'ULB. "Lors de l'invasion américaine en 2003, ils ont toutefois choisi la neutralité et ont rendu leurs armes aux troupes américaines. Le problème, c'est que l'Irak a désormais des accointances avec l'Iran qui ne cesse de réclamer l'extradition de ces insurgés", avec les conséquences que l'on imagine, a-t-il poursuivi. Et d'affirmer dans la foulée qu'Ashraf n'a "plus rien d'une base militaire" et ce même si les Moudjahidine du Peuple sont toujours considérés comme une organisation terroriste par Washington.
C'est dans ce contexte qu'a eu lieu, le 28 juillet dernier, l'intervention "particulièrement violente" de l'armée irakienne au sein du camp où elle souhaitait installer un poste de police. Au total, cette "attaque" a coûté la vie à neuf personnes et en a blessé 500 autres. Trente-six personnes ont également été arrêtées.
"Il s'agit d'une attaque systématique contre une population civile, ce qui correspond à la définition d'un crime contre l'humanité", souligne à ce propos Eric David.
"Ce qui se passe pour l'instant à Ashraf pourrait se passer dans toute la région, menaçant les minorités qui y sont présentes une fois que les Américains seront partis", a enchaîné Christiane Vienne. "En tant que démocrates, nous ne pouvons rester insensibles à cette situation", a-t-elle ajouté.
"Il est absolument indispensable que la communauté internationale fasse pression", estime pour sa part Patrick Moriau, qui a envoyé en début de semaine une lettre en ce sens au ministre des Affaires étrangères, Yves Leterme. "Les 36 personnes arrêtées arbitrairement doivent être libérées et les blessés rapidement soignés. Il est également indispensable que les forces US reprennent le contrôle de l'ordre et que les ONG puissent entrer et travailler dans le camp", écrit-il notamment au chef de la diplomatie belge. Le député-bourgmestre plaide par ailleurs pour la mise sur pied d'une commission d'enquête parlementaire internationale et d'une force multinationale qui assurerait la protection des résidents d'Ashraf.
Deux jours après le 60ème anniversaire de la signature des conventions de Genève, qui garantissent notamment le droit des personnes en cas de conflits armés, "nous lançons un appel à la communauté internationale afin qu'elle ne sombre pas dans l'indifférence", a conclu M. Moriaux.
(Belga)

