lundi, novembre 28, 2022
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Défi iranien au Conseil des droits de l’homme

Peter MackayInfoSud – Le gouvernement canadien, ainsi que de nombreux participants à la première session du Conseil des droits de l’homme, considèrent la présence à Genève du procureur musclé Mortazavi comme une provocation délibérée.

La présence de Saïd Mortazavi au Conseil tient de la provocation !

Qu’un magistrat iranien accusé de sérieuses violations des droits de l’homme assiste à Genève à la naissance du tout nouveau Conseil des droits de l’homme est considéré comme une provocation par de nombreux diplomates et observateurs : est-ce qu’on ne recommence pas avec les bonnes vieilles hypocrisies à l’ONU ?

 

Le ministre canadien des affaires étrangères Peter MacKay a condamné dans un communiqué à Ottawa la présence du procureur iranien à Genève comme une tentative de discréditer le Conseil : « Deux investigations officielles du gouvernement iranien ont indiqué que le procureur général Mortazavi avait ordonné l’arrestation illégale de la journaliste canadienne Zahra Kazemi, qui lui a valu des tortures et la mort.»

L’ONU n’a rien à dire sur le choix des délégués

Que fait donc le procureur général de la ville de Téhéran à la table de la délégation iranienne ? « L’ONU n’a pas l’autorité de dicter aux Etats membres qui ils doivent inclure ou non dans leur délégation. C’est l’affaire des gouvernements », explique la porte-parole des Nations Unies Marie Heuzé.

Elle confirme : c’est bien le ministre des affaires étrangères iranien qui prend la parole jeudi devant le Conseil, et non pas Mortazavi – contrairement à la rumeur qui circulait au Palais des Nations. L’Iran ne fait pas partie des 47 membres du Conseil. Il y était candidat mais n’a pas été élu. Mais en tant qu’observateur comme les Etats-Unis, il a le droit de prendre la parole à la réunion de haut niveau.

Observateur chevronné de l’ONU, l’ancien correspondant du Monde Jean-Claude Bührer n’est pas surpris : « Il n’est pas rare de se trouver nez à nez avec les pires violateurs des droits humains dans les couloirs des Nations Unies. » Mais l’auteur du livre L’ONU contre les droits de l’homme juge exaspérant de les retrouver dans des délégations officielles à l’organisation mondiale.

Déclarations anti-occidentales

Avant son depart pour Genève, Mortazavi avait déclaré à l’agence iranienne IRNA que le concept des droits de l’homme « ne doit pas être manipulé par des puissances hégémoniques ». Car il s’agit d’un « concept sacré auquel une attention spéciale est vouée par les cultures et les religions divines ».

La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (présente dans 141 pays) a envoyé une lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU Kofi Annan. Elle qualifie la présence du procureur « d’acte insultant aux victimes de la répression politique dont M. Mortazavi est l’artisan et le maître d’œuvre. » La Fédération parle d’un « risque majeur pour la crédibilité du Conseil des droits de l’homme ».

Saïd Mortazavi est par ailleurs considéré par Reporters sans frontières comme responsable d’arrestations – souvent suivies de tortures – de dizaines de journalistes et d’écrivains iraniens. Au moins huit journaux ont été suspendus en 2006.

Pamela Taylor, Juan Gasparini – InfoSud

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