vendredi, février 3, 2023
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C’est le moment pour l’Europe de faire preuve de courage pour Achraf

Par Paulo Casaca

La tragédie du ghetto de Varsovie est sur le point de se reproduire en Irak, si l’Europe, les États-Unis et les Nations Unies ne prennent pas leurs responsabilités

Public Service Europe, 18 novembre – Alexis de Tocqueville a dit une fois : « Lorsque le passé n’éclaire plus le futur, l’esprit marche dans l’obscurité. » Ce que le gouvernement irakien planifie de faire avec le camp d’Achraf, où vivent 3400 opposants iraniens, rappelle terriblement ce qu’Hitler a fait au ghetto de Varsovie en 1942 – et il semble que l’amer passé éclaire peu la situation.

Durant l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis en 2003 – les résidents d’Achraf, membres du principal mouvement de résistance iranienne, l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran – ou OMPI/MEK – réfugiés  en Irak depuis 25 ans sont restés neutres. L’année suivante, ils ont tous reçu des garanties écrites stipulant qu’en échange de leur désarmement volontaire, les États-Unis les protégeraient. Mais, début 2009, l’Amérique a remis la responsabilité de la sécurité du camp aux forces irakiennes. Depuis lors, Achraf subit un blocus éprouvant – avec des résidents privés de services élémentaires comme l’accès aux soins médicaux nécessaires.
 
Avant ce blocus, en tant qu’eurodéputé, je me suis régulièrement rendu à Achraf entre 2004 et 2008. Je suis allé à Achraf plus que n’importe quel politicien occidental et je connais personnellement et intimement des centaines de résidents. J’ai également rendu des rapports sur mes voyages au Parlement européen. Malgré les assurances écrites des dirigeants irakiens au gouvernement américain – de respecter tous les droits des résidents d’Achraf – Amnesty International a publié un rapport le 1er novembre dernier stipulant que le camp d’Achraf a été « attaqué à plusieurs reprises par les forces de sécurité irakiennes, entraînant la mort de dizaines de résidents et en blessant d’autres ». Amnesty a ajouté : « Les troupes irakiennes ont pris d’assaut le camp le 8 avril, employant une force extrêmement excessive et des tirs à balles réelles. 36 résidents, dont huit femmes, ont été tués et plus de 300 ont été blessés. Au moins neuf résidents du camp avaient été tués et d’autres blessés dans une précédente attaque les 28-29 juillet 2009. »

Sur ordre des autorités de Téhéran, le premier ministre irakien Nouri al-Maliki a imposé le 31 décembre comme date butoir pour la fermeture du camp et l’heure tourne. En septembre, le Haut commissaire pour les réfugiés des Nations Unies a annoncé qu’il considérait les résidents d’Achraf comme des demandeurs d’asile et exhorté l’Irak à prolonger le délai afin de pouvoir procéder aux demandes d’asile. Pourtant, le gouvernement irakien fait obstruction à tout moment à la procédure du HCR.

Le plan de l’Irak est de disperser les résidents à travers le pays puis de les massacrer tranquillement. Cette éventualité tragique est plutôt évidente à la lecture d’une lettre officielle que le gouvernement irakien a envoyée à un certain nombre d’institutions européennes en novembre, dont je me suis procuré une copie. Le document a statué : « Le gouvernement irakien n’avait pas d’autre choix que de faire évacuer le camp, se fondant sur le principe de souveraineté – et transférer ses résidents vers d’autres camps en Irak. »

Le gouvernement irakien essaie encore une fois de tromper la communauté internationale ainsi que les organismes de l’ONU en fournissant des « assurances ». Malheureusement, de telles assurances de la part des autorités sont sans valeur. Six heures avant l’assaut en avril dernier, l’ambassade américaine en Irak a reçu des assurances de la part de Maliki qu’il n’y aurait pas de « violence ». Il va sans dire que mentir au HCR est beaucoup plus facile que de mentir aux États-Unis. Pour des raisons légale, morale et politique – les États-Unis ont le plus de responsabilités envers les habitants d’Achraf. Le Congrès l’a souligné. Au cours d’une audition au Sénat le 15 novembre, le sénateur Carl Levin –président de la Commission des Forces armées – a déclaré que l’on devrait faire comprendre clairement au gouvernement irakien « qu’il y a par ici une forte sympathie authentique » pour les résidents d’Achraf et que « s’il viole cet engagement vis-à-vis de nous, il y aura des conséquences gravement négatives sur ses relations avec le Congrès américain ».
 
Malheureusement, le gouvernement américain n’apporte pas la réponse appropriée à toutes ces inquiétudes.
Au cours de l’attaque d’avril, malgré les vidéos qui montrent de façon très nette des escouades de la mort assassinant des civils sans armes ainsi que des véhicules blindés les écrasant, la position officielle de l’Irak a d’abord été qu’il n’y avait pas de victimes, et lorsque les dizaines de corps de réfugiés sans défense ne pouvaient plus être niés – l’Irak a déclaré qu’ils s’étaient suicidés. Si les résidents d’Achraf sont dispersés en petits groupes, sans caméra ni téléphone, les autorités irakiennes seront en mesure de les torturer et de les assassiner puis de prétendre qu’ils se sont suicidés ; cette fois-ci sans aucune preuve de leurs mensonges.

Le plan irakien rappelle de manière frappante le plan de « réimplantation » du Troisième Reich pour les résidents du ghetto de Varsovie. Il était supposé commencer le 22 juillet 1942, mais en juin, certains à l’intérieur du ghetto avaient voulu alerter le monde sur « l’extermination systématique » en cours. Leurs avertissements sont quasiment restés vains. Ces résidents qui pouvaient voir ce qui se préparait avaient décidé de rester dans le ghetto de Varsovie plutôt que d’être transférés vers une mort certaine dans des lieux inconnus.

L’aboutissement final a éé tragique, mais au moins le monde a pu voir ce qui se passait.

Les résidents d’Achraf seraient suicidaires de croire en ces « assurances » d’être dispersés pacifiquement. À l’instar des résidents du ghetto de Varsovie, ceux d’Achraf devraient résister à tout ordre de déportation par tous les moyens possibles. Qu’est-ce qui doit être fait ? Eh bien, e HCR devrait publiquement demander que l’Irak commence à coopérer avec lui et d’autoriser immédiatement les entretiens des résidents d’Achraf. Les États-Unis, l’Union Européenne et les Nations Unies devraient demander que le délai du 31 décembre soit prolongé. Durant la période des dispositions finales et du transfert des résidents d’Achraf vers des pays tiers, des observateurs de l’ONU devraient être stationnés à Achraf pour garantir leurs droits. L’Histoire, et sa douleur dévastatrice, ne peut pas ne pas se répéter; même lorsqu’elle fait preuve de courage, elle ne doit pas être a nouveau vécue. C’est le moment d’être courageux.

Paulo Casaca est le directeur du groupe de campagne de l’Alliance pour le renouveau de la coopération de l’humanité. Il a été eurodéputé de 1999 à 2009.

 

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