lundi, novembre 28, 2022
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Ce qui sévit à Achraf est une expérience de torture mentale – Me Juan Garcès

CNRI – « Ce qui sévit à Achraf, et j’essaie de le suivre au jour le jour, est une expérience de torture mentale. Mais ce qui est important à retenir, c’est que la réaction à cette torture, à cette souffrance, n’a pas été de faire écho avec violence. Ils subissent une provocation journalière, jour et nuit. Ce serait dans la nature de l’homme d’éclater. Il n’y pas eu de recours à la violence. Par contre ils ont demandé ce que le droit pourrait faire pour soulager, pour résoudre et mettre fin à cette souffranceé, a déclaré Me Juan Garcès le 25 janvier à Bruxelles.

Cet avocat international, qui a été conseiller du Président Allende, s’exprimait dans une conférence transatlantique intitulée « le camp d’Achraf et la politique vis-à-vis de l’Iran ». Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, y recevait de hauts responsables des administrations Clinton, Bush et Obama, ainsi que des leaders politiques européens et de grandes figures du droit international et de la défense des droits de l’homme. On peut nommer le général James Jones, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Obama, Bill Richardson, ancien gouverneur du Nouveau Mexique et ambassadeur au Nations Unies sous le président Clinton,  Michael Mukasey, ancien ministre de la Justice du président Bush, John Bolton, ancien sous-secrétaire d’Etat, une haute délégation de parlementaires européens sous l’égide du vice-président du PE Vidal Quadras, ou encore Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International jusqu’en 2009.

Voici les temps forts de l’intervention de Me Juan Garcès :

D’une manière claire, la conférence a retenu votre attention pendant beaucoup d’heures. Des choses très importantes ont été dites. Elles tournent sur l’ordre international et sur la souffrance du peuple iranien et particulièrement des résidents à Achraf. Je souhaiterai ajouter à tout ce qui a été dit, quelque chose qui me semble intéressant à signaler au département d’Etat des Etats-Unis au moment où il doit décider sur le retrait de la liste des organisations terroristes. Ce qui sévit à Achraf, et j’essaie de le suivre au jour le jour, est une expérience de torture mentale. Nous avons ici des illustres Américains. Je souhaiterai leur rappeler que la torture mentale n’est pas moindre que la torture physique.

Je rappellerai un cas bien connu, celui du sénateur américain McCain à qui on avait posé un jour la question – il sait de quoi on parle, il a été torturé au Vietnam – si jamais vous deviez choisir, un jour, entre la torture physique et la torture mentale, qu’est-ce que vous choisiriez? La réponse de McCain a été immédiate : je choisirai la torture physique. C’est dire à quel point la torture mentale est horrible.

Et je connaissais les faits à Achraf, je connais ce qu’on fait, c’est une expérience de destruction de la personnalité, ce qui est le but de la torture.

Mais ce qui est important à retenir, c’est que la réaction à cette torture, à cette souffrance, n’a pas été de faire écho avec violence. Ils subissent une provocation journalière, jour et nuit. Ce serait dans la nature de l’homme d’éclater, de recourir à une sorte de contre mesure également violente et particulièrement ceux qui ne sont pas en Irak. Généralement il n’y pas eu de recours à la violence pour faire face à cette torture. Par contre ils ont demandé ce que le droit pourrait faire pour soulager, pour résoudre et mettre fin à cette souffrance. La réponse, qui doit être toujours à l’esprit, c’est que le droit en soi, s’il n’est pas accompagné d’une force légitime, est impuissant. La meilleure manière d’appliquer la force, sans la légitimité qui doit être pratique, c’est un despotisme, de la tyrannie. Il faut donc mélanger les deux dimensions celle du droit et celle de la coercition à articuler et à l’appui du droit. C’est ce que  vous êtes en train d’essayer.

J’ai le plaisir de vous dire que vous avez été entendus dans une première cour, ce ne devrait pas être la seule cour, car CE que vous invoquez c’est le droit international, un droit qui a été librement assumé par tous les Etats qui ont signé la convention de Genève ou qui ont signé la convention contre la torture. Et c’est la majorité des Etats du monde. Ce qui est demandé, c’est que cet engagement librement pris soit mis en pratique.  Et puisque ces deux conventions ont prévu la juridiction, particulièrement la convention de Genève, la juridiction à tous les Etats signataires, que d’autres cours de justice s’unissent à la cour espagnole pour exiger le respect de ces engagements et si ce respect n’est pas une réalité, exiger des responsabilités. Ce que nous avons commencé à faire en Espagne, en convoquant le grand général de l’armée irakienne qui conduisait l’attaque à Achraf au mois de juillet 2009. Il a été convoqué à la cour pour le 8 mars pour se défendre des charges qui ont été alléguées contre lui. D’autres cours doivent suivre incessamment.

On parle du droit international.  Le droit international serait mieux servi si le droit était mis au service des engagements des Etats et derrière le but que le droit international s’est créé. Je dois vous dire, et vous le savez mais je vous le rappelle, que l’indépendance de la cour de justice doit être partout le moyen observé et c’est le sérieux du judiciaire qui est en question. En ce qui nous concerne, je crois que vous comprendrez et que vous respecterez cette neutralité et cette indépendance de la cour, de même que le temps de cette cour de justice qui est différent du temps de la politique.  Mais il faut le faire.

Nous ne disposons pas d’une cour internationale ayant la possibilité d’agir sur l’Irak, l’Irak n’est pas signataire du traité de Rome. Par conséquent si nous parlons de responsabilité devant une cour de justice pour les violations du droit international très sérieuses qui ont lieu en ce moment à Achraf, il faut regarder vers les cour nationales, il n’y en a pas d’autres.

Un premier pas a été fait et je vous aiderez et d’autres vous aiderons, à ce que d’autres puissent le suivre. Nous allons offrir à la communauté des droits de l’homme, particulièrement les institutions qui sont rattachées aux Nations Unies, l’opportunité de joindre ce qu’ils font, des rapports, des considérations, sur ce qui se passe en Irak et particulièrement à Achraf, de les joindre à l’action du droit international. Nous allons également prendre des initiatives pour offrir cette possibilité également à d’autres Etats toujours sous l’autorité du droit. Ils auront là une opportunité de le faire. Nous verrons la réponse qu’ils apportent et nous espérons et nous souhaitons qu’ils suivent les premiers pas et qui ne devrait en aucun cas être le dernier, celui qui est en Espagne.

Car et je finirai là en disant : si cela était fait et que les résultats successivement étaient similaires les uns comme aux autres, on pourrait mesurer à quel point c’est juste ce que je viens d’écouter tout à l’heure, la réflexion de M. Radjavi que je partage tout à fait : aussi longtemps qu’il y aura un peu de droit  et une goutte de sang pour la liberté, le dénouement sera positif.

 

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