samedi, novembre 26, 2022
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Analyse – Le soulèvement populaire en Iran : le début de la fin (13e partie)

 CNRI – Le nom d’un nouveau jeune, assassiné par des forces de la répression lors des protestations populaires en Iran vient d’arriver. Il s’agit de Mohammad Kamrani, âgé de 18 ans. Il devait participer vendredi dernier 17 juillet au concours d'entrée à la faculté de médecine de l’Université Azad de Téhéran. Le 9 juillet, il a été blessé, arrêté et jeté en prison. En raison de la gravité de ses blessures, il a été transféré à l'hôpital. Une semaine plus tard, le jeudi 16 juillet, il est décédé à l’hôpital.

Récemment, un médecin iranien, qui s’exprimait sous anonymat, a dit que jusqu'à présent, il n’a pas voulu ou pu parler des horreurs qu’il avait vues en faisant son métier. Mais maintenant, quelques semaines après les faits, il a décidé de relater une partie des terribles événements dont il a été le témoin.  « Je suis médecin, a-t-il dit. J’étais dans une ambulance devant l’entrée de la station de métro Navab. J'ai vu depuis le balcon de la mosquée Lolagar, des miliciens tirer à vue sur les manifestants avec des kalachnikovs et des fusils d'assaut G3. J’ai vu personnellement des bouts de cerveau d'un jeune homme sur un banc noir en face de l’entrée de cette station de métro (…) Une autre fois, j’étais à l’hôpital Imam Khomeiny et à travers les grillages de la clôture, je regardais ce qui se passait dans la rue. Partout dans le monde, les forces antiémeutes tirent des gaz lacrymogène en l’air, de sorte que les grenades suivent une trajectoire parabolique et indirecte. Sur la place Towhid, à quelques mètres de moi, j’ai vu une grenade de gaz lacrymogène tirée en direction de la foule et heurter la gorge d’un jeune homme. Le sang a jailli. Il s’est effondré et il est mort sur le champ (…) Lorsque j’étais dans une ambulance dans la rue Jamalzadeh, j'ai vu comment des motards de la milice frappaient des garçons et des filles dans le dos avec des chaînes. Une jeune fille a reçu un violent coup de chaîne sur le dos au niveau de la taille. Elle a poussé un grand cri, puis elle s’est effondrée et son visage a percuté le bitume (…) Une jeune femme enceinte de trois mois a été frappée à coups de matraque électrique, si violemment qu’elle a subi un traumatisme crânien. Elle est restée dans le coma pendant une semaine. Elle est morte avec l’enfant qu’elle portait. »
« Certains croient, ajoute le médecin, que les victimes se limitent à Neda et quelques autres morts devant les caméras et ils pensent que les crimes se résument aux images qu’ils ont vues à la télé ou sur Internet. Mais les actes de barbarie commis ces dernières semaines sont bien plus étendus que cela. »

Après les crimes commis de ces dernières semaines, l’océan de sang qui s’étendait entre le peuple iranien et ce régime s’est décuplé. Aujourd’hui, même Khamenei, est conscient que la situation ne peut pas revenir en arrière. Le 20 juillet, lors de son discours dans une réunion de dirigeants du régime, il a parlé de l’approfondissement de la fracture et de l’aggravation de la crise à l’intérieur du régime. Aussi, il a mis en garde contre la perspective de la chute du régime. En pointant implicitement Rafsandjani, il a dit : « quelle que soit son titre ou sa position, si une personne veut faire glisser la société vers l’insécurité dans la nation iranienne, elle sera honnie ». Khamenei a poursuivi : « Les élites vont aujourd'hui passer un examen, un énorme examen. S’ils sont recalés, le résultat ne se limitera pas à un redoublement, ce sera la chute. »

La réalité c’est que la société iranienne va avec une étonnante rapidité vers le renversement d’un régime qui l’a enchaînée durant les trente dernières années. Or, les dirigeants occidentaux n’avancent pas au même rythme que le peuple iranien et n’ont pas encore ouvert les yeux pour voir cette réalité. Le 18 juillet, le journal Keyhan (lié à Khamenei) citait avec une certaine satisfaction les propos de Zbigniew Brzezinski (conseiller à la sécurité national de l’ex-président Carter). Les propos que Brzezinski a tenus devant un groupe de chercheurs au centre d’études Rand ont ainsi été rapportés par le journal Keyhan : « Les actions du gouvernement américain visant à renverser le gouvernement iranien ne sont pas défendables et rendront plus difficiles les négociations avec l'Iran. »

Apparemment, M. Brzezinski n’a pas encore compris qu’aujourd’hui, ce n’est pas le gouvernement américain qui cherche à renverser le régime iranien, mais c’est le peuple iranien qui veut le renversement de ce régime dictatorial. Est-ce que M. Brzezinski estime que soulèvement du peuple iranien est indéfendable ?  Il est vrai qu’il va rendre plus difficile les négociations de l’Occident avec le régime des mollahs. Attendez-vous du peuple iranien qu’il ne lutte pas pour recouvrer sa liberté, au seul motif que le gouvernement américain désire négocier avec l’actuel régime iranien ? Pour cela, le peuple iranien devrait-il toujours accepter d’être réprimé par ce régime dictatorial ?
La Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, dans son allocution du 15 juillet devant le Conseil des relations étrangères a dit : « Nous comprenons également l'importance de travailler avec l’Iran et de proposer aux dirigeants de ce pays un choix clair : soit rejoindre la communauté internationale comme membre respectable, soit continuer vers davantage d’isolement. »

Ceux qui tiennent des propos de ce genre ignorent que depuis le 12 juin, l’Iran est entré dans une nouvelle phase. Désormais, la politique étrangère à l’égard de l’Iran ne doit pas être déterminée au regard des souhaits ou du comportement du régime iranien, mais au regard du soulèvement populaire. Jusqu'à présent, pour déterminer sa politique étrangère vis-à-vis de l’Iran, l’Occident ne prenait pas du tout en compte le peuple iranien ni son opinion. Ceci constituait une erreur fondamentale. Si l'Occident veut cheminer dans une voie stable, il doit prendre en considération le peuple iranien et sa volonté, sinon il va certainement subir des préjudices.  Les Iraniens disent : « Nous ne voulons pas du tout que vous offriez à ce régime l’occasion de rejoindre la communauté internationale comme membre responsable. Nous ne voulons pas que vous négociez avec ce régime et nous ne voulons même pas que vous mainteniez la moindre relation diplomatique et commerciale avec ce régime. Au contraire, nous voulons vous voir boycotter ce régime, à l’instar des Iraniens qui l’ont boycotté au péril de leur vie. »

Celui qui ne veut pas boycotter ce régime et veut, sous une forme quelconque, continuer ses relations avec les mollahs sera boycotté par le peuple iranien. Les compagnies Siemens et Nokia en sont des exemples très clairs. La compagnie allemande Siemens est sur le point de perdre un contrat de 300 millions de dollars portant sur la construction de 100 rames de métro pour le réseaux de transport urbain à Los Angeles, car en 2008, cette compagnie ainsi que la compagnie finlandaise Nokia, ont vendu au régime iranien les technologies les plus avancées en matière de communication. Ces technologies sont aujourd’hui utilisées contre le soulèvement populaire. Les critiques visant ces deux compagnies ont terni de façon considérable leur image auprès de l’opinion publique internationale. Aujourd’hui, les Iraniens refusent d'acheter des téléphones Nokia. Par ailleurs, des responsables politiques et des défenseurs des droits de l’Homme aux États-Unis ont exigé que la société de transport publique de Los Angeles renonce à signer le contrat susmentionné avec Siemens pour la punir ainsi en raison de ses relations avec le régime des mollahs.

 

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