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Américains et Européens confirment leur unité de vues pour accroître les sanctions contre l’Iran

par Natalie Nougayrède

Le Monde – En décembre, au moment où la résolution 1737 de l’ONU qui allait frapper pour la première fois l’Iran de sanctions, était en cours de négociation, les responsables américains se montraient très irrités face à leurs interlocuteurs européens. Les sanctions qui se préparaient, disaient-ils, étaient trop faibles. Ils accusaient les Européens d’avoir trop cédé face aux Russes, ces derniers rejetant des mesures sévères en arguant de leurs intérêts économiques en Iran.

Le prix de l’unité du Conseil de sécurité était une dilution des sanctions, et cela aboutissait, selon Washington, à un coup d’épée dans l’eau. Deux mois plus tard, le ton a totalement changé. Washington se réjouit désormais publiquement des effets qu’a provoqués la résolution 1737 sur le régime iranien, que l’on dit travaillé par des dissensions internes, et inquiet de sa situation économique face à l’assèchement des financements extérieurs.

Lundi 26 février, lors de la réunion de Londres des pays traitant du dossier nucléaire iranien (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine, Allemagne), le sous-secrétaire d’Etat américain pour les questions politiques, Nicholas Burns s’est montré particulièrement coulant avec le représentant russe, Sergueï Kisliak.

C’est qu’entretemps Washington a pris la mesure des effets de sa triple stratégie d’endiguement de l’Iran, en partie destinée à faire entendre raison à ce pays sur le dossier nucléaire : déploiement militaire dans le Golfe avec l’envoi de deux porte-avions et de missiles Patriot ; sanctions financières unilatérales et pressions sur les banques et sociétés européennes traitant avec l’Iran ; et poursuite d’un travail collectif à l’ONU, aux côtés des Européens et des Russes, pour maintenir l’unité face au refus persistant des Iraniens de suspendre l’enrichissement d’uranium.

NOUVELLE RÉSOLUTION

Aucune décision sur un accroissement des sanctions n’a été annoncée, lundi soir, à l’issue de la réunion de Londres, décrite comme "préliminaire". Les discussions vont se poursuivre en vue d’une "nouvelle résolution du Conseil de sécurité, à partir de la résolution 1737", a annoncé le représentant britannique, John Sawers, tandis que le ministre des affaires étrangères français Philippe Douste-Blazy estimait qu’une deuxième résolution pouvait "rapidement" intervenir. La 1737 a introduit un embargo sur les transferts de technologies nucléaire et balistique vers l’Iran, ainsi que des gels d’avoirs et des limitations de visas frappant des responsables iraniens.

Il est question désormais de rallonger la liste des structures et personnalités visées, dans une approche que les responsables occidentaux veulent "progressive et réversible". La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice constatait avec satisfaction, avant la réunion de Londres, que l’ensemble des sanctions déjà prises avait eu un impact. "Les gens regardent de près les risques d’investissements en Iran, le risque sur leur réputation, le risque de faire affaire avec un pays placé sous le chapitre VII" de la Charte de l’ONU, qui autorise des sanctions. Lors d’un entretien avec Jacques Chirac à Paris, le 25 janvier, Mme Rice reconnaissait que la stratégie du consensus avait été payante.

En raison des pressions américaines, bon nombre de sociétés européennes peinent aujourd’hui à obtenir des financements bancaires pour leurs projets en Iran. Les Etats-Unis, constate un diplomate occidental, ont ainsi "le beurre et l’argent du beurre" : l’unité du Conseil de sécurité est encore préservée – alors que les Iraniens ont multiplié les tentatives de division – et les retombées économiques sur l’Iran n’en ont pas été pour autant amoindries.

D’autant que les Américains ont pu constater que l’Union européenne, en transposant les mesures de la 1737 dans ses règlements, ce mois-ci, avait au passage durci certaines des mesures décidées à l’ONU contre Téhéran. Le fait que Moscou refuse toujours de livrer le combustible pour la centrale nucléaire de Bouchehr explique aussi le ton plus conciliant des Américains sur la suite des événements.