mardi, novembre 29, 2022
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Achraf est au régime de Téhéran ce que le virus Stuxnet est aux armes atomiques – Ruth Wedgwood

CNRI – « La MANUI nécessite une présence au camp de 24/24 heures, 7/7 jours. La présence d’un avant-poste militaire américain est nécessaire, ainsi que le rétablissement du camp grizzly au sein du camp, afin que cela dissuade le vandalisme que nous avons observé récemment », a déclarée l’universitaire américaine Ruth Wedgwood le 25 janvier à Bruxelles.

L’ex-membre du comité consultatif du Département d’Etat américain qui occupe une chaire de droit international et diplomatie à l’université américaine John Hopkins, s’exprimait dans une conférence transatlantique intitulée « le camp d’Achraf et la politique vis-à-vis de l’Iran ». Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, y recevait de hauts responsables des administrations Clinton, Bush et Obama, ainsi que des leaders politiques européens et de grandes figures du droit international et de la défense des droits de l’homme. On peut nommer le général James Jones, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Obama, Bill Richardson, ancien gouverneur du Nouveau Mexique et ambassadeur au Nations Unies sous le président Clinton,  Michael Mukasey, ancien ministre de la Justice du président Bush, John Bolton, ancien sous-secrétaire d’Etat, une haute délégation de parlementaires européens sous l’égide du vice-président du PE Vidal Quadras, ou encore Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International jusqu’en 2009.

Voici les temps forts de l’intervention de Ruth Wedgwood :

Je pense qu’il est essentiel que cette question de l’opposition démocratique en Iran et la survie des résidents du camp d’Achraf soit une question bipartite. Je dois dire que le camp d’Achraf est au régime de Téhéran ce que le virus Stuxnet est aux armes atomiques. Je pense que c’est la chrysalide, l’incubation de sa destruction finale. Et il n’y a aucune autre raison ou façon d’expliquer la peur que Téhéran semble avoir des 3 400 personnes qui résident dans un camp en Irak, autre que le fait qu’ils en voient le potentiel, que le genre de quasi-martyre imposé à ces personnes est en fait le test de résistance de l’opposition démocratique iranienne. Je pense donc que Téhéran est son propre pire ennemi pour avoir poussé les Irakiens à attaquer le camp d’Achraf à maintes reprises.

À présent le statut des résidents d’Achraf a fait  l’objet  de discussions techniques. J’approuve largement ce qu’a déclaré Irene Khan, indépendamment du fait que les États-Unis leur aient reconnu le statut de personnes protégées en vertu de la Convention de Genève, ces conventions sont celles que l’administration Obama a promis de respecter. Mais même et au-delà du non-refoulement, on ne peut jamais renvoyer quelqu’un à une condition de mauvais traitement et de torture. Alors la menace du gouvernement irakien de les envoyer dans une prison dans le désert est quelque chose qui violerait évidemment totalement le non-refoulement et s’ils étaient renvoyés en Iran, il n’y aurait aucun doute quant au sort des habitants d’Achraf : ils seraient tous pendus.

La demande de leur protection est donc évidemment bien fondée sur le droit comme sur la moralité. Aux États-Unis, nous n’avons pas fait la guerre d’Irak pour y installer un régime pro iranien qui livrerait l’opposition démocratique à l’Iran.

J’ai été membre du comité de politique de défense des États-Unis disons de 2003 à 2009 et nous avions une association de valeur et honorable avec l’armée américaine ainsi – bien-sûr l’idée que je me fais de l’honneur gravé dans le service militaire américain est d’envergure – et je pense également qu’il ne serait pas cohérent de livrer des personnes que nous avons promis de protéger et l’armée américaine par-dessus tout honore les Conventions de Genève. Là encore, laisser les résidents d’Achraf être pendus tournerait en dérision la protection qui leur a été accordée en 2004.

A présent, je suis largement d’accord avec Irene Khan sur le fait que les Nations Unies devraient faire entendre davantage leur voix. Je ne suis pas au courant du fait que le Haut Commissaire aux Droits de l’Homme se soit exprimée. Le Chef de la Mission des Nations Unies en Irak, M. Ed Melkert a fait des déclarations que je considèrerais au mieux comme tièdes. Comme il l’a déclaré : « ces haut-parleurs ne servent aucun but raisonnable et nous avons demandé dès le tout début au gouvernement irakien de s’assurer que les haut-parleurs soient retirés. Quand des problèmes se présentent, bien évidemment, nous ne cachons pas notre inquiétude s’il y a une raison de le faire ».

Ce n’est pas le genre de propos carrés dont vous avez besoin pour faire peur à un régime. Je sais que la diplomatie a sa propre syntaxe, mais tout comme les États-Unis ont été l’objet de critiques pour n’avoir pas envoyé le message assez clairement à Saddam Hussein lorsqu’il a envahi le Koweït, le langage doit donc être, même aux Nations Unies, bien plus carré.

La MANUI nécessite une présence au camp de 24/24 heures, 7/7 jours. La présence d’un avant-poste militaire américain est nécessaire, ainsi que le rétablissement du camp grizzly au sein du camp, afin que cela dissuade le vandalisme que nous avons observé récemment.

Il y a une chose dont le régime iranien semble ne pas être suffisamment informé, c’est le fait qu’un grand nombre des personnes résidant au camp d’Achraf sont des doubles citoyens. Quand vous attaquez un Irano-suédois ou un Irano-américain ou un Irano-européen, vous attaquez des citoyens non seulement de l’Iran, mais également de ces pays. En fait, c’est ce qui s’appelle habituellement un acte de guerre.

Le genre de solidarité dont a fait preuve l’Europe est nécessaire non seulement de par le fait de la moralité de la question, mais aussi de par le fait que beaucoup de ces citoyens au camp d’Achraf sont également des doubles citoyens de l’Occident qui méritent le soutien de l’Occident. C’est donc une question de gars de chez nous, une question nationale, de même que tout type de protection et d’attention plus généreuse.

Je suis d’accord avec Madame Radjavi sur le fait que la question est à sa place à l’ordre du jour du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il est vrai que le groupe des 77 aux Nations Unies a souvent tendance à différer les choses pour enterrer le linge sale de chacun. Mais c’est une question sur laquelle même le groupe des 77, qui est en fait un groupe de 132 pays du sud, doit insister afin qu’elle soit mise à l’ordre du jour du Conseil de Sécurité, et pas uniquement à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale.

Une chose, je pense, que les Européens peuvent faire, c’est de contrôler l’application des sanctions économiques. Les sanctions sur l’essence ont eu un certain effet, mais nous savons aussi très bien, pour ce qui concerne l’histoire du pétrole contre nourriture en Irak, qu’il est assez simple de passer outre ces sanctions quand on transborde sa cargaison en changeant le pavillon du navire et en ayant une compagnie court-circuit dans les îles Caïman. Il incombe à tous les gouvernements européens de s’assurer que les sanctions économiques contre le régime iranien aient de la force, de la puissance et du mordant. Cela requiert des efforts d’enquêtes de la part des services de police, des services de douane et des organismes d’enquête parlementaires. Les sanctions ne s’auto-appliquent pas, elles doivent être appliquées par un acte de volonté politique.

J’approuve le gouverneur Richardson sur le fait que l’on devrait s’appuyer sur des mesures diplomatiques, mais je pense que l’ancien aphorisme favori de Washington a une certaine puissance ici. C’est cette vieille plaisanterie sur le baseball, d’après laquelle une diplomatie sans possibilité de coercition serait comme une partie de baseball sans batte, et tant qu’on n’a pas trouvé une batte pour frapper la balle, rien ne se passera.

Ainsi je pense, que l’on soit en faveur ou non d’un changement de régime par des moyens hérétiques, il faut faire passer le message que la patience de l’Occident n’est pas éternelle ; que les Iraniens ne peuvent pas s’en sortir avec la Chine, l’Inde ou avec les nouveaux marchés de l’Est et que cela étranglera efficacement le régime.

Je ne pense pas avoir jamais le courage d’être une militante des droits humains sur le terrain, comme le sont des milliers de personnes en Iran. Je ne suis pas aussi physiquement courageuse. J’ai parfois été courageuse à l’université, parce  qu’on ne permettait pas la dissidence à l’université, mais physiquement, je ne suis pas assez courageuse et donc je tire mon chapeau à ces milliers de citoyens iraniens qui ont eu le courage de braver la torture, la prison et la mort dans l’intérêt de la démocratie.

Il est vrai parfois que les régimes ont beaucoup de mal à trouver le point d’ébullition. Je ne pense pas qu’en Tunisie, Ben Ali ait réalisé qu’il avait autant d’ennui quand tout a pris des proportions considérables dans la rue, dans la révolution Facebook. Nous avons eu les révolutions de couleur et maintenant nous avons une révolution Facebook. La capacité des gens à communiquer les uns avec les autres à travers des réseaux rapides et simples signifie qu’il est beaucoup plus facile de mobiliser dans la rue et même de huer les forces armées et la police et même de saper qui ils sont et ceux à qui ils doivent être loyaux.

Pour finir, j’approuve John Bolton quand il dit que ce n’est pas simplement un régime tyrannique. Il a des conséquences stratégiques énormes dans le monde. Quand j’étais au Conseil de la politique de défense, on pouvait voir à partir des sources non classées, que les régimes voyous coopéraient tous les uns avec les autres dans le partage de la technologie, des renseignements, que ce soit AQ Khan au Pakistan, ou les gars du nucléaire de la Corée du Nord ou ceux d’Iran. Cela a tout à voir avec la capacité du Liban à survivre, à ramener la Syrie dans le camp occidental et à essayer de rétablir la paix en Palestine. Rien de tout cela ne réussira tant que l’infection virale du régime iranien ne sera pas éradiquée.

C’est l’une des très rares questions sur laquelle s’accordent toute la gauche européenne, les conservateurs américains et les démocrates américains.

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