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L’illusion de l’ennemi extérieur : comment les dynamiques internes redéfinissent l’avenir de l’Iran

L'illusion de l'ennemi extérieur : comment les dynamiques internes redéfinissent l'avenir de l'Iran
Le soulèvement national en Iran (2026)

La récente accalmie diplomatique entre les États-Unis, Israël et l’Iran — concrétisée par le mémorandum de cessez-le-feu de juin — a été perçue par de nombreux observateurs internationaux comme une stabilisation momentanée du Moyen-Orient. Mais en politique, le vide est vite comblé. Pour le régime clérical de Téhéran, qui a longtemps mis en avant le spectre d’un conflit étranger pour justifier la répression interne, cet interrègne stratégique n’a pas apporté la stabilité. Au contraire, il a privé le régime de son principal alibi extérieur, ouvrant une fenêtre critique durant laquelle le véritable moteur de l’action a basculé de manière décisive vers le peuple iranien. La leçon structurelle de cette période est claire : lorsque la menace d’une intervention étrangère s’estompe, la résistance intérieure prend de l’ampleur.

Une convergence de la contestation : une montée en puissance quantitative et qualitative
Durant cette période marquée par une réduction des tensions extérieures, la scène intérieure iranienne a connu une intensification sans précédent des activités hostiles au régime, caractérisée tant par la diversité sociale des participants que par la sophistication de leur organisation. Loin d’être fragmentées ou purement réactives, les protestations de cette période ont touché pratiquement tous les grands secteurs socio-économiques. Rien qu’au mois de juin 2026, au moins 135 grèves, manifestations et actions de protestation distinctes ont été recensées à travers le pays. Cette mobilisation intercatégorielle a rassemblé ouvriers d’usine, enseignants, infirmiers, retraités, chauffeurs routiers et commerçants du bazar dans un rejet concerté du statu quo économique et politique.

Resistance Units carry out daring operations in tandem with Khamenei's funeral

Parallèlement, l’opposition intérieure organisée a connu une profonde évolution qualitative. Le réseau des « Unités de résistance » lié à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a tiré parti de cette accalmie géopolitique pour intensifier les opérations asymétriques contre l’appareil sécuritaire de l’État. Au cours des dix premiers jours de juillet 2026, l’OMPI a enregistré plus de 100 opérations coordonnées dans plus de 20 villes. Il ne s’agissait pas d’actes de vandalisme aléatoires, mais d’actions ciblées contre les bases des Bassidjis (affiliés au Corps des gardiens de la révolution islamique, ou CGRI), les installations de propagande étatique et les bureaux des services de renseignement. Ce mouvement a culminé le 7 juillet avec 46 actions distinctes contre le régime menées dans 15 villes en une seule journée, illustrant un niveau de commandement, de contrôle et de coordination nationale inédit.

Les données ci-dessous sont tirées de communiqués officiels du CNRI et de rapports publiés sur mojahedin.org. Une « opération » désigne une action unique et distincte : incendie criminel d’une base du CGRI, destruction par le feu d’une bannière du régime, déploiement d’une banderole sur un pont, etc.

Période de référence pré-conflit (décembre 2025 – février 2026)

  • 2 janvier 2026 — 40 opérations dans 26 villes (Téhéran et 25 autres). Les cibles comprenaient 17 centres du CGRI et du Bassidj, 7 bureaux gouvernementaux et 3 postes du ministère du Renseignement servant à l’espionnage et au recrutement d’informateurs. Villes concernées : Téhéran, Machhad, Ispahan, Karaj, Qom, Qazvin, Hamadan, Kerman, Zanjan, Yazd, Dezfoul, Izeh, Khorramshahr, Mahshahr, Chabahar, Damghan, Masjed Soleyman, Azna, Khorramabad, Aligudarz, Langarud, Bandar Abbas, Gonabad, Homashahr, Zahedan et Dorud.
  • 17 février 2026 — 50 activités dans 17 villes (Téhéran et 16 autres), marquant le 47e anniversaire de la révolution antimonarchique. Ces activités comprenaient des projections d’images, la diffusion de slogans dans des lieux publics, le déploiement de banderoles sur des ponts et des graffitis. Villes : Téhéran, Machhad, Chiraz, Ispahan, Babol, Tabriz, Karaj, Sari, Bandar Abbas, Zahedan, Kermanshah, Sanandaj, Ilam, Aligudarz, Qaemshahr, Bojnurd et Marvdasht.
  • 20–23 février 2026 — Opérations liées au drapeau de l’ALN et assaut audacieux contre le complexe de Khamenei. Les Unités de résistance ont hissé le drapeau de l’Armée de libération nationale (ALN) sur des passerelles et des ponts à Téhéran et dans d’autres villes.
  • Le 23 février, 250 combattants ont lancé un assaut armé contre le complexe de Khamenei à Téhéran — le site le plus lourdement gardé du pays. Une centaine de combattants ont été tués ou arrêtés ; 150 ont regagné leurs bases. Les unités de résistance de l’OMPI défient les funérailles de Khamenei par des opérations contre des cibles du régime.
PMOI Resistance Units defy Khamenei's funeral with operations against regime targets

Opérations en temps de guerre (fin février – 7 avril 2026)

  • 2 mars 2026 — Campagne d’affichage de bannières et de posters à travers Téhéran, Tabriz, Ispahan, Rafsanjan, Qazvin, Khorramabad et Chiraz. Des drapeaux de l’ANL sont déployés sur des passerelles ; des tracts portant le message « L’Armée de libération arrive » sont distribués.
  • 4 mars 2026 — 31 opérations dans 20 villes (Téhéran et 19 autres). Il s’agissait de la campagne cinétique la plus agressive à ce jour : incendies déclenchés dans deux séminaires du régime à Machhad, un incendie au quartier général des Bassidjis (CGRI) à Tabriz, un autre à celui de Falavarjan (Ispahan), des attaques contre des bases Bassidjis à Ahvaz, Karaj (deux bases incendiées à Fardis), Khorramshahr et Téhéran, ainsi que l’incendie de l’enseigne du quartier général de contre-espionnage des Bassidjis (CGRI) à Téhéran. Autres villes concernées : Chiraz, Kermanchah, Qazvin, Bandar Abbas, Sari, Abadan, Lordegan, Nimruz, Chabahar, Sonqor, Torbat-e Heydarieh, Gonabad et Chenaran.

Recrudescence des activités après le cessez-le-feu (7 avril – 11 juillet 2026)

  • 19–26 avril — Campagnes coordonnées s’étalant sur plusieurs jours. Inscriptions de graffitis, affichages et slogans dans des lieux publics très fréquentés à Zahedan, Ispahan, Kermanchah, Damavand, Dezfoul, Qaen, Karaj, Bouchehr, Sari, Chabahar, Machhad et dans d’autres villes. La campagne visait à soutenir l’annonce par le CNRI de la formation d’un gouvernement provisoire et à rendre hommage à Hamed Validi et Mohammad Masoum-Shahi, membres de l’OMPI exécutés par le régime.
  • 3–10 mai — Vague opérationnelle majeure. Rien que le 7 mai, plus de 20 opérations ciblées ont été menées dans 15 villes : Machhad (incendie au quartier général du CGRI), Chabahar, Karaj, Ispahan, Dehdasht, Zahedan, Kazerun, Ahvaz, Dezfoul, Kermanchah, Buin Zahra, Hamedan, Kerman, Hafshejan et Charam. Les cibles comprenaient des bases Bassidjis, un centre du ministère de la Culture et des installations étudiantes des Bassidjis.
PMOI Resistance Units Defy Carry Out 35 Daring Anti-Regime Operations Across Iran

Les unités de résistance de l’OMPI défient le régime avec 35 opérations audacieuses à travers l’Iran

  • 25 mai (anniversaire du 4 Khordad) — 100 opérations menées par 100 unités de résistance dans 30 villes en une seule journée. Il s’agissait de la plus vaste mobilisation en une seule journée de l’histoire du mouvement. Villes concernées : Téhéran, Karaj, Tabriz, Machhad, Ispahan, Chiraz, Kermanchah, Zanjan, Racht, Qazvin, Kerman, Ahvaz, Gorgan, Kashan, Boroujerd, Shushtar, Zahedan, Bandar Abbas, Hamedan, Bandar Anzali, Gohardasht, Masjed Soleyman, Yasouj, Nikshahr, Yazd, Nichapour, Qom, Shahrekord et Sari. Les actions ont notamment consisté à installer sur des passerelles piétonnes des banderoles à l’effigie des fondateurs du MEK, à allumer des feux symboliques dans les quartiers périphériques, à scander des slogans la nuit et à mener des campagnes d’affichage.
  • 20 juin — 45 opérations marquant l’anniversaire de la répression du 20 juin. Actions menées à Téhéran, Ahvaz, Eslamshahr, Qaemshahr, Zahedan, Karaj, Iranshahr, Farrokhshahr, Borujen et dans d’autres villes. Attaques contre plusieurs bases du Bassidj (affilié au CGRI) ; incendie d’un centre lié à l’intégrisme à Borujen.
  • 29 juin — 35 opérations dans 21 villes : Téhéran, Saqqez, Kermanchah, Khash, Boroujen, Machhad, Ispahan, Karaj, Chiraz, Sari, Kerman, Qazvin, Yazd, Hamedan, Bandar Abbas, Zanjan, Zahedan, Sabzevar, Amol, Saveh et Shahrud. Attaque du centre de commandement des forces de sécurité de l’État à Saqqez ; la mairie de Saqqez prise pour cible ; incendie d’un centre de répression à Borujen. Banderoles, affiches et images des dirigeants du régime brûlées dans 15 villes.
  • Du 27 juin au 4 juillet — « Vague sans précédent ». Rien que le 4 juillet, 30 opérations coordonnées ont été menées à travers Sari, Nowshahr, Nishapur, Torbat-e Jam, Zahedan, Torbat-e Heydarieh, Mahshahr, Esmailabad, Shahriar, Fooladshahr, Rezvanshahr, Ispahan, Machhad, Qaemshahr, Téhéran, Karaj, Chiraz, Ardabil, Lahijan, Behshahr, Chabahar, Saveh, Rask et d’autres localités. Actions marquantes : une double frappe — incendie d’une base du Bassidj et d’un club d’artillerie à Torbat-e Heydarieh ; incendie du centre culturel Rajaei à Mahshahr.
Resistance Units mark June 20 anniversary with 45 daring operations against Iran's regime

  • 5 juillet — Campagne de propagande et d’action dans plusieurs villes. Activités à Téhéran, Chiraz, Sanandaj, Bandar Abbas, Sari, Hamedan, Kashan, Azna, Sardasht, Rudsar, Behshahr, Karaj, Bouchehr et Zanjan. Affiches, pancartes et graffitis reliant la crise du pain à la nécessité d’un soulèvement.
  • 6 juillet — 30 opérations dans 15 villes, coïncidant avec le cortège funèbre de Khamenei : Téhéran (3 opérations), Ispahan (3), Zahedan (5), Machhad (plusieurs), Chiraz, Kermanshah, Shahrekord, Ardabil, Birjand, Fasa, Dehloran, Azna, Najafabad, Rezvanshahr et Alashtar. Incendie de portraits conjoints de Khomeini, Khamenei et Mojtaba ; logos du CGRI (Pasdaran) brûlés.
  • 7 juillet — 46 activités anti-régime dans 15 villes alors que se poursuivaient les cortèges funéraires du régime : Téhéran, Chiraz, Yazd, Semnan, Qaemshahr, Machhad, Ispahan, Kashan, Arak, Sanandaj, Aq Qala, Shahrekord, Chalus, Bandar Abbas et Gorgan. L’emblème des MEK a été accroché sur des ponts à Qaemshahr. Le slogan « Gloire à Rajavi » a été inscrit à 24 endroits différents dans 7 villes. Des graffitis sont apparus en grand nombre à Sanandaj, Aq Qala, Shahr-e Kurd et Chalus.

Franchir la ligne rouge suprême
L’indicateur sociologique le plus significatif de ce changement de tendance est l’émergence généralisée d’un marqueur politique spécifique. Dans les centres urbains, de Téhéran et Machhad à Chiraz et Ispahan, les slogans « Gloire à Rajavi » et « Vive Rajavi » sont passés du stade de murmures clandestins à celui d’inscriptions bien visibles sur les murs publics et les pancartes.

Pour un public occidental, peindre à la bombe un slogan politique peut sembler être un acte standard de désobéissance civile. En Iran, il s’agit d’un acte révolutionnaire aux enjeux les plus élevés possibles. Selon le code pénal du régime des mollahs, promouvoir ou exprimer une affiliation à la résistance organisée constitue un moharebeh – « faire la guerre à Dieu » – une accusation passible de la peine capitale. Le régime a toujours appliqué cette ligne rouge, procédant à de multiples exécutions de membres présumés de l’OMPI à la suite de courts procès à huis clos. Le fait que des milliers de jeunes Iraniens risquent sciemment la potence pour afficher ces noms spécifiques témoigne d’un profond changement psychologique : le seuil de la peur a été franchi de manière décisive.

PMOI/MEK members on death row sing defiant song against Iran's regime

Des membres de l’OMPI/MEK condamnés à mort chantent une chanson de défi contre le régime iranien
Les slogans promus par les unités de résistance de l’OMPI et la jeunesse rebelle reflètent un message clair et de plus en plus unifié : le peuple iranien cherche à renverser le régime des mollahs, mais il n’acceptera pas la restauration de la monarchie ou le remplacement d’une dictature par une autre. Des chants tels que « Mort à l’oppresseur, que ce soit le Shah ou le Guide », « Non à la couronne, non au turban » et « Pas de Mojtaba, pas de Pahlavi – démocratie et égalité » démontrent que la jeune génération iranienne rejette tout le cycle séculaire de tyrannie monarchique et religieuse. Leur objectif n’est pas un retour au passé, mais l’instauration d’une république démocratique fondée sur la liberté, l’égalité, la souveraineté populaire et la séparation de la religion et de l’État.

Dans ce paysage politique, les slogans « Salut à Radjavi » ont fortement augmenté aux côtés des appels à « Démocratie et liberté avec Maryam Radjavi » et « Une république démocratique est le seul moyen de sauver l’Iran ». Leur importance croissante signifie le soutien à la troisième option de la Résistance : ni l’apaisement du régime actuel ni l’intervention militaire étrangère, mais un changement démocratique par le peuple iranien et sa résistance organisée. Combiné avec des slogans soutenant l’Armée de libération nationale et la voie des Moudjahiddines, ce message présente une alternative concrète aux mollahs et à la monarchie – une alternative centrée sur une république démocratique, pluraliste et laïque, capable d’assurer la liberté et la justice sociale en Iran.

Le changement de paradigme : de l’intervention étrangère à l’agence locale
Ce changement de comportement comporte d’immenses implications géopolitiques. Pendant des décennies, les débats de politique étrangère à Washington et dans les capitales européennes ont tourné autour d’un triangle binaire rigide : soit accepter la survie de la dictature cléricale par l’apaisement diplomatique, soit la modifier par une intervention militaire étrangère. Les deux paradigmes partageaient un défaut fondamental : ils traitaient la population iranienne comme des spectateurs passifs.

La poussée intérieure actuelle brise ce binaire. En brandissant des slogans qui rejettent explicitement à la fois la théocratie actuelle et toute restauration de la dictature monarchique d’avant 1979 – comme en témoigne le slogan « Mort à l’oppresseur, que ce soit le Shah ou le Guide » – la résistance affirme une troisième voie indépendante. Il rejette à la fois la guerre étrangère et l’apaisement extérieur en faveur d’une mobilisation publique locale pour renverser le régime. Cette alternative démocratique est structurellement organisée autour du cadre de gouvernement provisoire du CNRI – lancé pour la première fois en octobre 1981 – et du Plan en dix points de Maryam Radjavi, qui décrit une future république laïque fondée sur l’égalité des sexes, le pluralisme et l’abolition totale de la peine de mort.

Les rendements décroissants de la violence totalitaire
Dans un effort désespéré pour contenir cette contestation interne naissante, Téhéran a eu recours au seul outil qui lui reste : la terreur judiciaire totale. L’ampleur de la répression reste immense. L’Iran a enregistré au moins 2 159 exécutions en 2025, et ce rythme meurtrier s’est accéléré en 2026, avec au moins 370 exécutions au cours du premier semestre, dont 101 pour le seul mois de juin.

Pourtant, les données révèlent un paradoxe crucial pour l’autocratie : l’escalade de la violence d’État produit des résultats décroissants. Chaque vague de pendaisons s’est accompagnée d’une intensification des opérations des unités de résistance. En prenant l’initiative politique lors de cette fenêtre historique, la rue iranienne a redéfini les termes du conflit. L’avenir de l’Iran ne sera pas dicté par des puissances militaires extérieures ou des accords internationaux, mais par la volonté nationale organisée de ses propres citoyens.