
Le 20 juin 2026, des dizaines de milliers d’Iraniens et leurs alliés internationaux convergeront vers Paris, perpétuant une tradition annuelle calée sur l’anniversaire de la répression de 1981, événement qui marqua la première ligne de fracture entre la tyrannie théocratique et la résistance populaire en Iran. Au sein de la diaspora, cette date revêt une importance comparable à celle du 14 Juillet en France : un acte fondateur de défi dont la signification se renouvelle chaque année. Toutefois, réduire le rassemblement de Paris à une affaire purement iranienne constituerait une grave erreur d’analyse. La chute accélérée du régime clérical ne saurait être un simple spectacle pour l’Occident. Il s’agit d’une détonation dont l’onde de choc atteint toutes les capitales.
Prenons d’abord le terrorisme, la plus ancienne « exportation » du régime. Le régime iranien demeure le principal État parrain du terrorisme au monde, un statut qu’il détient sans interruption depuis 1984. Il s’appuie sur des groupes interposés : le Hezbollah, les Houthis et une constellation de milices chiites irakiennes. Le régime ne finance pas ces groupes par pure charité idéologique ; il le fait parce que le jour où ils cesseront d’être utiles, la théocratie se retrouvera seule, mise à nu face à la fureur de son propre peuple. Le rassemblement du 20 juin à Paris est une déclaration, de la part de ce peuple, affirmant que ce jour approche.
La diplomatie de la prise d’otages mérite, elle aussi, d’être dénoncée. Téhéran a perfectionné l’art de capturer des ressortissants étrangers — binationaux, travailleurs humanitaires, journalistes, universitaires — pour transformer leurs personnes en monnaie d’échange.
Le scénario est immuable : arrestation, isolement carcéral, parodie de procès, puis des années de « négociations » éprouvantes durant lesquelles les gouvernements démocratiques sont contraints de choisir entre payer la rançon pour libérer leurs citoyens et céder au chantage. Ce n’est pas de la diplomatie. Il s’agit d’enlèvements cautionnés par l’État et couverts par l’immunité souveraine ; une pratique qui perdurera tant que le régime qui l’emploie restera en place.
C’est ici qu’apparaît la dimension la plus inquiétante pour les stratèges : le modèle iranien est contagieux. Lorsqu’un État paria démontre que la prise d’otages fonctionne, que le jeu dangereux de la menace nucléaire permet de gagner du temps, que la guerre par procuration dissuade toute riposte et que la répression interne peut être maintenue indéfiniment sans conséquences majeures, d’autres régimes en tirent des leçons. Plus ce régime perdure, plus s’étoffe le manuel de stratégie de tout autocrate évaluant le rapport coût-bénéfice d’une éventuelle défiance.
Parallèlement, à l’intérieur de l’Iran, la situation des droits humains a basculé : on est passé d’abus chroniques à une forme de guerre quasi systématique contre la population. Le pouvoir judiciaire a récemment annoncé viser plus de trois mille citoyens pour « collaboration avec l’ennemi » ; des milliers de personnes ont été arrêtées et des biens confisqués dans plusieurs provinces. Les exécutions se poursuivent à un rythme qui place le pays au premier rang mondial par habitant. Des étudiants manifestent parce que leurs restaurants universitaires ont fermé ; des enseignants suspendent les cours car leurs salaires ne leur permettent plus de payer leur loyer. Le seuil de pauvreté a dépassé les soixante-dix millions de tomans. L’inflation a atteint 60 % en mai. Au Baloutchistan, des femmes sont battues pour s’être opposées à l’exploitation minière de leurs terres ancestrales. Les économistes du régime eux-mêmes recommandent désormais d’actualiser les prix tous les quinze jours, le gouvernement en ayant perdu le contrôle. Ce pays ne traverse pas simplement une mauvaise passe ; c’est une société écrasée par l’appareil qui prétend la gouverner.
La Résistance iranienne organisée — cette même coalition qui organise le rassemblement de Paris — a proposé une vision alternative : le plan en dix points de Maryam Radjavi. Il prône une république laïque, démocratique et non nucléaire, attachée à l’égalité des sexes, aux droits des minorités, à l’abolition de la peine de mort et à la coexistence pacifique.
Le rassemblement du 20 juin à Paris n’est pas un rituel nostalgique de la diaspora. C’est un référendum vivant — tenu au grand jour, sous les bannières d’une alternative démocratique — pour déterminer si l’on doit laisser la théocratie la plus dangereuse au monde sombrer sans opposition dans sa prochaine catastrophe. Les Iraniens qui défilent dans les rues de Paris connaissent déjà la réponse. Reste à savoir si le monde comprend les enjeux de la situation.

