
Les secteurs numérique et industriel iraniens sont quasiment paralysés par une coupure d’Internet de 54 jours, qui s’ajoute aux ravages d’un conflit régional de 39 jours. Cette double crise a coupé le pays de l’économie mondiale, laissant des millions de citoyens sans ressources et perturbant le fonctionnement même de l’État. Le mercredi 22 avril 2026, le fossé entre le discours officiel du gouvernement et la réalité du terrain a atteint un point de rupture, alors que l’administration tentait de gérer les conséquences de ce que les observateurs qualifient de plus longue interruption des communications de l’histoire du pays.
Le blocus numérique, initialement une mesure de sécurité temporaire, s’est transformé en un système structuré et hiérarchisé que les critiques qualifient de féodalisme numérique. Selon un article détaillé du journal Donya-e-Eqtesad, le gouvernement a lancé le projet « Internet Pro ». Cette initiative exige une vérification formelle d’identité professionnelle et des frais d’activation de 2 780 000 tomans, rendant de fait l’accès à Internet mondial inaccessible au grand public. Dans ce nouveau cadre, les données sur les plateformes internationales filtrées sont facturées 40 000 tomans par gigaoctet, soit cinq fois plus cher que les données sur les sites nationaux agréés par l’État. Cette flambée des prix intervient alors que Khabar Online rapporte que des dizaines de plateformes numériques essentielles, dont le portail immobilier Iran-Amlak et l’Institut national de la statistique, sont hors service depuis 53 jours en raison de l’expiration de leurs certificats de sécurité et de la panne des connexions DNS internationales.
Alors que le vice-président Mohammad Reza Aref et le ministre des Communications, Sattar Hashemi, ont tous deux insisté, lors d’une réunion de haut niveau le mercredi 22 avril 2026, sur le fait qu’« Internet à connotation sociale » n’avait pas sa place dans leur politique, leurs déclarations contredisent frontalement la réalité vécue par la population et les déploiements techniques mis en œuvre par l’État. Le coût financier de cet isolement est exorbitant. Afshin Kolahi, haut responsable de la Chambre de commerce, estime que l’économie perd entre 30 et 40 millions de dollars par jour en pertes directes, un chiffre qui atteint 80 millions de dollars en tenant compte des dommages indirects. Abbas Ashtiani, président de la Commission Blockchain de l’Organisation du commerce informatique, a confirmé que le secteur numérique a subi à lui seul un manque à gagner d’un milliard de dollars, laissant environ 2,5 millions de commerçants en ligne sur des plateformes comme Instagram et Telegram dans un vide juridique et technique total.
Cette crise du monde virtuel se reflète dans la contraction dévastatrice du marché du travail physique suite au récent conflit avec les États-Unis et Israël. Alireza Mahjoub, secrétaire général de la Maison des travailleurs, a annoncé mercredi lors d’une conférence de presse que la guerre avait détruit 700 000 emplois. Le détail de ce chiffre est particulièrement alarmant : 130 000 travailleurs se sont retrouvés au chômage suite à la destruction directe d’usines et d’ateliers par les frappes aériennes, tandis que 600 000 autres postes ont disparu en raison de l’effondrement indirect des chaînes d’approvisionnement. Les principaux complexes sidérurgiques et pétrochimiques, moteurs traditionnels de l’industrie iranienne, restent à l’arrêt. Bien que Mohammad-Hadi Asgari, vice-ministre du Travail chargé des Affaires culturelles et sociales, ait promis des « programmes de soutien » pour aider à la reconstruction de ces unités, il n’a fourni aucun calendrier précis ni aucun mécanisme de financement pour une telle entreprise.
Cet effondrement économique affecte désormais le tissu social du pays, menaçant la stabilité des ménages les plus vulnérables. Le quotidien Shargh rapporte que l’arrêt des chantiers de construction a paralysé la vie de 1,2 million de familles d’ouvriers du bâtiment. Comme près de 90 % de ces travailleurs sont locataires et ne peuvent donc prétendre à l’assurance chômage classique, l’arrêt des chantiers a plongé une part importante de la population urbaine dans le sans-abrisme.
Parallèlement, le ministère de l’Éducation a officiellement suspendu les cours en présentiel jusqu’à nouvel ordre, une mesure qui, selon les experts, risque de creuser un fossé durable dans le développement des jeunes élèves. Alors que NetBlocks confirme que l’Iran a désormais dépassé les 1 272 heures de coupures d’internet, le pays se trouve à la croisée des chemins. Déclin industriel et isolement numérique sans perspective de reprise.

