
L’Iran traverse une période charnière de son histoire moderne. Le soulèvement de janvier 2026, la répression sanglante de milliers de manifestants par le Corps des gardiens de la révolution islamique, la mort du guide suprême Ali Khamenei et deux guerres dévastatrices ont placé le pays face à un choix décisif. Ces événements n’ont pas seulement ébranlé le régime ; ils ont dissipé les illusions longtemps entretenues quant à sa nature, ses méthodes et les forces susceptibles de façonner l’avenir de l’Iran.
Parmi les enseignements les plus marquants de cette période figure le coût catastrophique de la politique de complaisance. Pendant des années, nombreux furent ceux qui, hors d’Iran, affirmèrent que des concessions, le dialogue et des compromis permettraient de modérer le pouvoir clérical. Pourtant, les événements récents montrent une tout autre réalité. Loin de se réformer, le régime continue de s’appuyer sur les trois piliers qui ont assuré sa survie : la répression intérieure, l’ambition nucléaire et la belligérance régionale.
Les récents développements ont également mis en lumière une autre réalité : les bombardements étrangers et la guerre extérieure ne suffisent pas, à eux seuls, à faire tomber ce régime. La confrontation militaire a certes causé des dégâts, mais elle n’a pas modifié le comportement fondamental du régime. Elle n’a pas persuadé les autorités d’abandonner leurs ambitions nucléaires, de renoncer à la guerre par procuration ni de cesser de réprimer leur propre peuple. Le système reste attaché à la coercition, car celle-ci n’est pas un élément accessoire de son pouvoir ; elle en est le cœur.
Si ces événements ont discrédité d’anciennes idées reçues, ils ont aussi mis en lumière une nouvelle réalité : le rôle décisif du peuple iranien et de la résistance organisée. Aucune puissance extérieure ne peut se substituer à la force sociale et politique capable de faire passer l’Iran d’une dictature religieuse à une république démocratique et pluraliste. Dans l’équation qui se dessine pour l’avenir de l’Iran, cette force apparaît de plus en plus centrale.
L’année écoulée a été marquée par une croissance significative de la Résistance. Lors du soulèvement de janvier, les unités de résistance affiliées à l’OMPI ont joué un rôle important, menant des centaines d’opérations qui ont contribué à créer un rempart pour les manifestants et ont démontré leur capacité à organiser la jeunesse dans un contexte de répression extrême. Leur importance réside non seulement dans la confrontation, mais aussi dans leur structure : un mouvement qui recrute sur les lieux de travail et dans les quartiers, enraciné dans la vie sociale ordinaire, est bien plus difficile à isoler et à détruire pour l’appareil sécuritaire.
C’est précisément pourquoi le régime semble profondément alarmé par l’attrait qu’exerce l’OMPI et ses réseaux sur une nouvelle génération. Ces jeunes sont dépeints comme désireux de s’organiser, prêts au sacrifice et capables d’un courage remarquable dans les conditions les plus extrêmes. Même arrêtés, condamnés et menacés d’exécution, ils ont fait preuve d’une résilience qui témoigne d’un phénomène qui dépasse la simple dissidence individuelle. Elle suggère l’émergence d’une génération politique qui ne cherche plus à se rallier à l’ordre établi, mais à le renverser.
L’exécution de prisonniers politiques pendant la guerre, notamment de membres de l’OMPI et d’autres personnes arrêtées lors du soulèvement, est donc perçue non pas comme une simple répression, mais comme l’expression d’une peur. Le régime comprend que le danger auquel il est confronté ne réside pas seulement dans des troubles sporadiques, mais dans la mise en œuvre d’une stratégie qui associe protestation, organisation, sacrifice et continuité. C’est cette dimension stratégique – et non des accès de colère isolés – qui confère à la situation actuelle toute sa spécificité.
Ce qui est apparu clairement pendant le soulèvement, c’est que ce mouvement pourrait désormais s’étendre au-delà des frontières d’une seule organisation. Sa lutte est devenue un phénomène social d’envergure. Lorsqu’un mouvement s’approprie ses idées, ses symboles et ses méthodes, il cesse d’être un simple groupe ; il devient un courant. Et ce sont les courants, et non les factions isolées, qui déracinent les systèmes enracinés.
Parallèlement, le régime lui-même apparaît de plus en plus fragile. Sa faiblesse semble désormais structurelle, et non plus temporaire. Le fils de Khamenei cherchera peut-être à imiter le style et l’attitude de son père, mais l’imitation ne saurait restaurer l’autorité érodée par des décennies de crises. Un système meurtri par la guerre, l’épuisement économique, la crise du leadership et la révolte populaire n’est pas confronté à une perturbation passagère. Il est confronté à un déclin cumulé.
Après des années passées à gérer leurs relations avec Téhéran par le compromis et la concession, les États voisins en subissent aujourd’hui les conséquences amères. La guerre et la destruction ont profondément ébranlé la conviction que la coexistence avec le régime pouvait garantir la stabilité. La Résistance iranienne soutient depuis longtemps que la paix dans la région dépend de la chute de ce régime par le peuple iranien et sa lutte organisée. À la lumière des événements récents, cet argument prend une nouvelle dimension.
Alors que les efforts de cessez-le-feu se poursuivent, l’Iran pourrait entrer dans une nouvelle phase. Un recul du régime concernant son programme d’armement nucléaire serait significatif, surtout compte tenu du long historique de dénonciations par l’opposition de ses sites et projets nucléaires. Mais même un tel recul ne signifierait pas nécessairement une modération. Pour un régime dont la survie repose sur la répression, le recours à des intermédiaires et la pression nucléaire, un tel recul pourrait au contraire marquer le début d’une descente aux enfers.
L’avenir de l’Iran se résume désormais à une question : qui façonnera l’ordre post-crise ? La réponse qui se dégage de ces événements est que ni l’apaisement ni une guerre étrangère n’offrent de solution. La force déterminante réside en Iran même, dans un peuple qui a payé un lourd tribut et dans une résistance qui cherche à transformer ce sacrifice en changement politique.

