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Des manifestations simultanées éclatent à Téhéran, Ahvaz et Fars alors que la crise économique s’aggrave

L'Iran sous le choc des inondations, la crise économique et la recrudescence des tensions au sein du régime
Manifestation des employés du groupe de production Vardar Zartak dans le comté de Kavar, province de Fars (20 décembre 2025)

Le samedi 20 décembre 2025, une vague de contestation synchronisée a déferlé sur plusieurs provinces iraniennes, remettant en question le discours de stabilité du régime. Des amphithéâtres de Téhéran aux services hospitaliers d’Ahvaz, en passant par les chaînes de production de Fars, divers secteurs de la société ont lancé des grèves et des rassemblements, unis par un rejet commun de la mauvaise gestion systémique et de la précarité économique.

« Friture pour le pain et la justice » à Ahvaz

À Ahvaz, dans le sud-ouest du pays, les couloirs de l’hôpital Khomeini ont été le théâtre d’une confrontation tendue. Le personnel médical s’est rassemblé à l’intérieur de l’établissement pour protester contre le non-paiement de leurs salaires et le refus des autorités d’améliorer leurs conditions de vie qui se détériorent. Les manifestants ont insisté sur le fait que leurs revendications ne portaient pas sur des « privilèges », mais sur la simple « qualité de vie ».

Ce rassemblement a mis en lumière une grave défaillance du système de santé. Les membres du personnel ont averti que la pression financière sur les soignants avait atteint un point de rupture, menaçant directement la prise en charge des patients. « Quand l’hôpital lui-même devient un lieu de protestation, la situation est plus critique que jamais », ont-ils déclaré, exigeant une transparence immédiate concernant les arriérés et la mise en œuvre d’ajustements salariaux « exceptionnels ».

Grèves industrielles dans la province de Fars

Parallèlement, dans le comté de Kavar, au sud de la province de Fars, le secteur industriel a connu un arrêt important de la production. Les employés du groupe Vardar Zartak Production, la deuxième plus grande entreprise du comté, ont entamé une grève samedi matin.

Ce mouvement social fait suite à des mois d’obstruction de l’administration. Les travailleurs ont déclaré qu’après avoir soumis de multiples demandes écrites d’augmentation de salaire et d’amélioration de leurs conditions de travail – toutes restées sans réponse – ils n’avaient d’autre choix que de cesser le travail. Cette grève est perçue comme la continuation du mouvement social qui a récemment débuté au complexe sidérurgique voisin de Kavar Steel, signe d’une organisation croissante parmi les travailleurs confrontés à des salaires de misère.

« L’université est un bastion de la liberté, pas une machine à faire de l’argent »

À Téhéran, la capitale, l’Université a été le théâtre d’un rassemblement d’étudiants protestant contre la marchandisation de l’enseignement public. Malgré les menaces explicites de la sécurité et de la direction de l’université, les étudiants se sont rassemblés devant la Bibliothèque centrale pour dénoncer la suppression des logements étudiants pour les étudiants de master en sixième année et pour les doctorants et les étudiants de licence en dixième année.

Les étudiants ont rejeté l’excuse de « restrictions budgétaires » avancée par l’administration, pointant plutôt du doigt les priorités malavisées du régime. Dans un défi direct à la corruption d’État, les étudiants ont scandé : « L’étudiant meurt, mais n’accepte pas l’humiliation. » Lors du rassemblement, des orateurs ont questionné un système gangrené par des détournements de fonds se chiffrant en « milliards » qui prétend être pauvre tout en fournissant des logements et des repas aux étudiants.

Ils ont qualifié les coupes budgétaires dans le logement d’« attaque directe contre l’équité en matière d’éducation » et d’élément d’une politique plus large de privatisation des universités publiques, conditionnant de fait l’accès à l’éducation à la richesse. « Aujourd’hui, semestre 6, demain semestre 5, après-demain, tout le monde sera concerné », ont averti les étudiants, jurant de poursuivre leurs manifestations jusqu’à ce que le droit au logement soit rétabli.

Un pays en crise

Ces manifestations simultanées de contestation illustrent un fossé grandissant entre le peuple iranien et le pouvoir en place. Qu’il s’agisse de l’infirmière d’Ahvaz incapable de nourrir sa famille, de l’ouvrier de Kavar ignoré par sa direction ou de l’étudiant de Téhéran expulsé de sa résidence universitaire, le message est clair : la corruption et l’incompétence du régime n’ont laissé à la population d’autre choix que de reconquérir ses droits par la protestation.