
La rhétorique belliqueuse des responsables iraniens, oscillant entre déclarations sans détour sur la capacité nucléaire du pays et promesses de production ininterrompue de missiles, se heurte à un climat de tension grandissante au sein de la population, où la détérioration économique et les pressions sociales sont de plus en plus difficiles à contenir pour l’État.
Dans une déclaration publique des plus alarmistes, le 19 décembre 2025, Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, affirmait que la fabrication d’une arme nucléaire serait une tâche « des plus simples » comparée aux défis techniques que représente l’exploitation d’une centrale nucléaire – un discours qui, selon les analystes, relève davantage d’un signal politique que d’un commentaire technique. Dans cette même déclaration, Kamalvandi prétendait que l’Iran maîtrisait désormais parfaitement le dossier nucléaire, décrivant le programme comme étant parvenu à « l’apogée de sa puissance ».
Quelques jours auparavant, Mohammad Eslami, directeur de l’agence atomique du régime, avait adopté un ton tout aussi provocateur, déclarant que le programme se poursuivrait dans de nombreux domaines de pointe et ne serait pas dissuadé par la guerre, le sabotage ou les pressions politiques – propos tenus le 11 décembre 2025. Les responsables iraniens ont longtemps présenté le programme nucléaire comme souverain et irréversible ; la nouveauté réside dans l’affirmation de plus en plus explicite que la capacité de se doter de l’arme nucléaire est techniquement à portée de main.
La posture belliqueuse de Téhéran ne se limite pas aux démonstrations de force nucléaire. Abolfazl Shekarchi, porte-parole de l’état-major des forces armées, a déclaré le 17 décembre 2025 que la production de missiles iraniens se poursuivait sans interruption après ce que les médias iraniens et étrangers ont décrit comme une guerre de douze jours avec Israël.
La question des missiles est également de plus en plus liée aux chaînes d’approvisionnement internationales et aux mesures coercitives. Washington a sanctionné des entités impliquées dans des transferts de produits chimiques et de précurseurs liés aux missiles en 2025, ce qui témoigne de la volonté des États-Unis de perturber les approvisionnements nécessaires à la production de propergol solide. Parallèlement, de nombreux rapports publiés en 2025 ont décrit les efforts déployés par l’Iran pour se procurer des matériaux à double usage et des intrants industriels, faisant souvent référence à des réseaux d’approvisionnement complexes plutôt qu’à des livraisons d’armes directes.
Sur le plan diplomatique, le ministère des Affaires étrangères du régime a associé une communication militaire à un rejet catégorique des mécanismes de contrôle internationaux. Le 14 décembre 2025, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a minimisé la pertinence de la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU – cadre ayant entériné l’accord nucléaire de 2015 – affirmant qu’elle était « caduque » du point de vue iranien et qualifiant de vaines répétitions les demandes du directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, en faveur du rétablissement de l’accès aux inspections. Ces déclarations intervenaient alors que l’attention internationale restait focalisée sur l’évolution des stocks d’uranium enrichi iraniens et l’état d’avancement des vérifications.
Ce durcissement du discours international s’accompagne de pressions croissantes à l’intérieur du pays. Fin 2025, des articles décrivaient la chute du rial à de nouveaux planchers, les sanctions – réimposées par le biais du mécanisme de réactivation automatique et amplifiées par la politique de « pression maximale » américaine – restreignant l’accès aux financements et au commerce. Selon l’AP, il en a résulté une forte inflation alimentaire et un climat social de plus en plus marqué par l’insécurité économique et la crainte d’une reprise du conflit. Les gouvernements européens, quant à eux, ont fait valoir que les progrès nucléaires de l’Iran ne leur laissaient guère d’autre choix que d’appliquer la procédure de réimposition automatique des sanctions, même si Téhéran conteste la légitimité de ces mesures.
Au niveau régional, l’Iran se heurte également à une résistance plus manifeste à son influence. Au Liban, Reuters a rapporté que le ministre des Affaires étrangères, Youssef Rajji, a refusé d’inscrire les lettres de créance du nouvel ambassadeur iranien à l’ordre du jour du Conseil des ministres et a retardé les démarches habituellement requises pour son accréditation – des décisions que les responsables libanais ont interprétées comme une réponse au rôle déstabilisateur de Téhéran dans la politique libanaise et régionale. Cet épisode souligne à quel point la posture régionale du régime – bâtie pendant des années autour de réseaux d’intermédiaires et d’un levier politique – a désormais un coût diplomatique plus élevé.
En Iran, la réponse des autorités aux pressions extérieures se confond de plus en plus avec une stratégie de sécurité intérieure. Les médias d’État évoquent un climat d’après-guerre où les responsables présentent la dissidence et les troubles sociaux non comme des échecs de gouvernance, mais comme des prolongements de la confrontation étrangère – une approche qui peut justifier un renforcement des mesures policières et des sanctions plus sévères.
Prise dans son ensemble, la démonstration de force nucléaire et balistique du régime ressemble moins à une dissuasion assurée qu’à une tentative de dissimulation politique d’une profonde faiblesse intérieure. Malgré ses affirmations selon lesquelles la fabrication d’une bombe nucléaire est « facile », que l’Iran a atteint le « seuil de la puissance », que la résolution 2231 de l’ONU est considérée comme définitivement « caduque » et que la production de missiles se poursuit sans interruption, l’État reste englué dans une convergence de crises socio-économiques qu’il ne peut résoudre de manière crédible : effondrement monétaire, forte inflation, pénuries et tensions sociales croissantes.
Cette posture vise deux publics. À l’étranger, elle cherche à accroître le coût perçu de la pression par une escalade des tensions. À l’intérieur du pays, elle vise à projeter une image de contrôle à un moment où la vulnérabilité et la lassitude sociale s’accentuent, y compris l’érosion du moral, même parmi les fidèles. En bref, le régime tente de paraître fort parce qu’il se sent faible – substituant la coercition et la défiance à la résolution de la crise, et espérant qu’une confrontation extérieure lui permettra de gagner du temps face à la déliquescence interne.

