
La structure du pouvoir iranien est aux prises avec des crises multiples et auto-infligées – flambée des prix, unification imminente de la monnaie à près de 100 000 tomans par dollar, hausses des prix du carburant et allégations publiques de corruption généralisée – qui ont dégénéré en querelles ouvertes au parlement et en avertissements inhabituellement francs dans les médias d’État. Ce chœur d’« alarmes » vise moins à protéger la population qu’à préserver le régime face à la colère croissante.
Les médias d’État : « Craignez l’intérieur »
Le 9 novembre, le journal d’État Jomhuri-ye Eslami a averti que le véritable danger était intérieur, exhortant les hauts fonctionnaires à afficher sur leurs murs une vieille mise en garde : « Craignez l’intérieur ». Le journal a explicitement lié cette menace à la négligence des conditions de vie, à la pression psychologique exercée sur la société et à la corruption économique généralisée, citant même des personnalités corrompues comme exemples à ne pas suivre.
Le sous-texte de l’éditorial n’est pas la réforme politique, mais la gestion de crise. En reconnaissant les griefs tout en se dédouanant de toute responsabilité, il vise à dissiper la colère sans en modifier les causes.
En termes clairs, le journal dit aux responsables que le prochain choc – économique ou autre – viendra de la rue, et non de l’étranger, et que leur rôle est de l’empêcher pour préserver le système.
Le Parlement s’enflamme à propos du carburant, du taux de change et de la corruption
À la tribune, le député de la ligne dure Hamid Rasaee a dénoncé l’incapacité à rapatrier les recettes d’exportation, affirmant que cela représentait « environ 80 millions de tomans volés dans la poche de chaque Iranien », et a allégué qu’un procureur limogé pour corruption il y a deux ans avait été réintégré dans une autre ville. Il a présenté la situation des « coûts en dollars avec des salaires en rials » comme un risque pour la sécurité nationale. Le député Amir-Hossein Sabeti a déclaré que le gouvernement avait approuvé un système de tarification de l’essence à trois niveaux et a mis au défi le président du régime, Masoud Pezeshkian, de tenir sa promesse électorale de ne pas augmenter les prix du carburant – « si c’était une erreur, dites-le ». Il a également dénoncé une demande controversée de budget de voyage de 50 milliards de tomans par un haut responsable de l’environnement, la qualifiant de symbole d’excès.
Le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a exhorté le cabinet à ne pas répéter les « expériences infructueuses », tandis que le député Javad Nikbin a évoqué les manifestations de boulangers à Mashhad et a fustigé l’opacité des importations de riz, où les commerçants, a-t-il dit, bénéficient de taux de change subventionnés mais vendent à des prix de détail exorbitants. Le point commun de ces interventions n’est pas le soulagement des ménages, mais la crainte que des erreurs ne déclenchent des troubles menaçant l’État.
Réinitialisation monétaire, bilan économique négatif et rumeurs d’évacuation
Les législateurs affirment que la session des chefs de branches a décidé d’abandonner le taux de 28 500 tomans et d’unifier le taux de change à 100 000 tomans par dollar. Associée aux hausses potentielles des prix de l’énergie, cette mesure laisse présager une nouvelle vague d’inflation ayant un impact direct sur les ménages.
Le Parlement a ensuite attribué à l’administration Pezeshkian une note de 37/100 pour sa performance économique. Le député Tajgardoun a estimé les pertes du secteur de l’énergie dues aux déséquilibres énergétiques à 303 billions de tomans pour l’année dernière. Le vice-président Mohammad-Reza Aref a reconnu de profonds déséquilibres structurels, admettant que les arriérés envers les principaux fournisseurs s’élevaient à 6 milliards de dollars malgré des paiements partiels.
Parallèlement, la rhétorique des élites concernant la crise de l’eau s’est intensifiée. L’ancien conseiller de Rouhani, Hesamoddin Ashna, a déclaré que « même avec la pluie… non seulement Téhéran mais l’Iran tout entier doivent être évacués », tandis que Kayhan a fustigé le président pour avoir « instillé le désespoir ». Ces avertissements et contre-avertissements n’ont qu’un seul but : préparer la société aux difficultés tout en maîtrisant la colère sociale.
L’ordre de confidentialité renforce le contrôle de l’information
Après qu’un législateur se soit publiquement vanté que la Chine et la Russie avaient répondu aux demandes d’armes de l’Iran – citant des livraisons rapides de systèmes de défense aérienne lors d’un récent affrontement – l’état-major général a ordonné aux médias de ne pas publier d’informations sur la coopération militaire et de défense sans coordination, qualifiant les commentaires non autorisés d’« invalides ».
Cet ordre ne résout pas le problème de fond ; il gère l’image. Comme pour le message économique, l’objectif est de maîtriser le discours – afficher une image de force à l’extérieur, dissimuler les détails à l’intérieur – afin que la colère suscitée par les pénuries et les hausses de prix ne se confonde pas avec l’inquiétude concernant la politique de sécurité.
Pris ensemble, ces développements esquissent le portrait d’un État conservateur confronté à des tensions multiples : une réforme monétaire ramenant la valeur du toman à 100 000 unités, ce qui entraînera une réévaluation des produits de première nécessité ; des augmentations du prix des carburants qui risquent de reproduire les chocs passés ; des accusations ouvertes de corruption judiciaire récurrente ; des déficits d’infrastructures qui alimentent les rumeurs d’évacuation ; et un appareil sécuritaire qui restreint la liberté d’expression. Le fil conducteur est une stratégie à double langage – alarme et discipline – déployée non pas pour résoudre les causes profondes, mais pour gérer la réaction du public. À court terme, la politique consiste en un resserrement des mesures d’austérité et un renforcement des contrôles ; à moyen terme, la combinaison de l’austérité sans responsabilité et du secret sans compétence est le prélude classique à une instabilité plus large, ce que même les médias d’État reconnaissent désormais tacitement en conseillant aux fonctionnaires de « se méfier des menaces internes ».

