
Dans un effort calculé pour réaffirmer son influence régionale après une série de revers géopolitiques, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est arrivé à Beyrouth le 3 juin 2025 pour ce que Téhéran a présenté comme une « visite amicale » visant à rétablir les liens. Mais l’accueil qui lui a été réservé a clairement montré que les nouveaux dirigeants libanais ne sont plus disposés à tolérer des décennies d’ingérence iranienne, notamment par l’intermédiaire de son mandataire, le Hezbollah.
Bien que la visite ait été présentée comme culturelle – liée à une cérémonie littéraire –, les médias arabes, dont Al-Hadath, ont confirmé qu’Araghchi avait eu des entretiens politiques intensifs avec le président Michel Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri. Selon Al-Hadath, cette visite était « surprenante sur la forme, mais indéniablement politique sur le fond », intervenant dans un contexte de réalignement régional et national crucial.
Depuis plus de trois décennies, le régime iranien utilise le Liban comme plateforme pour son expansion idéologique et militaire, acheminant armes, fonds et agents vers le Hezbollah tout en paralysant les institutions étatiques libanaises. Aujourd’hui, dans le cadre d’une nouvelle tournée régionale visant à compenser les pertes en Syrie et à affaiblir son influence en Irak, Téhéran espérait faire preuve de souplesse diplomatique. Mais les arguments d’Araghchi – présentant la dictature cléricale comme un partenaire en quête de « respect mutuel » – sonnaient creux à Beyrouth.
« Le respect commence par la souveraineté » : Les dirigeants libanais ripostent
À son arrivée à l’aéroport international Rafic Hariri, Araghchi a déclaré : « L’Iran est déterminé à ouvrir un nouveau chapitre de ses relations avec le Liban, fondé sur le respect mutuel », et a réitéré le soutien de Téhéran à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Liban.
Pourtant, les dirigeants libanais ont été sans équivoque : le véritable respect commence par le démantèlement de la présence militaire fantôme du régime. Selon un communiqué du ministère libanais des Affaires étrangères, le ministre Youssef Rajji a directement déclaré à Araghchi que le soutien au Liban ne pouvait se faire que par l’intermédiaire de l’État libanais et que toutes les armes devaient être détenues par les institutions officielles.
Ce message a été délivré au vu et au su de tous d’un consensus politique en pleine évolution. Le Premier ministre Nawaf Salam, se faisant l’écho de la pression publique et internationale croissante, avait déjà déclaré : « L’ère de l’exportation de la révolution iranienne est révolue. »
Il a averti que le Liban « ne restera plus silencieux face aux armes échappant au contrôle de l’État », une condamnation claire de l’autorité paramilitaire du Hezbollah.
Al-Hadath a rapporté que la question du désarmement du Hezbollah figurait au cœur des discussions d’Araghchi. Ces visites, présentées comme une remise à plat diplomatique, ont en réalité servi de tribune aux responsables libanais pour lancer leur plus directe contestation du rôle de Téhéran dans le maintien d’un État dans l’État.
Perturbations persistantes et nouvelles tactiques de Téhéran
Le régime iranien a longtemps entretenu une image de résistance par l’intermédiaire du Hezbollah, le présentant comme une « force de libération » tout en l’exploitant pour contourner les institutions libanaises et exercer une influence militaire sur le pays. Ce modèle a paralysé la souveraineté libanaise, alimenté les conflits interconfessionnels et dissuadé l’aide internationale, notamment pour la reconstruction.
Ces derniers mois, cependant, cette stratégie a commencé à s’effilocher. Les frappes aériennes israéliennes ont éliminé de hauts commandants du Hezbollah, et l’armée libanaise, avec le soutien croissant de l’Occident, a commencé à reprendre le contrôle de zones clés, notamment des dépôts d’armes et des installations frontalières.
La tournée régionale d’Araghchi, précédée d’une escale au Caire, a été largement interprétée comme une tentative de gérer cette crise par une diplomatie plus souple. Mais la réponse libanaise a montré que ces ajustements superficiels ont peu de crédibilité lorsque le comportement fondamental de Téhéran reste inchangé.
« Fini les États parallèles »
Le message transmis par les dirigeants libanais n’était pas seulement tactique, mais existentiel : la stratégie iranienne, qui consiste depuis des décennies à cultiver des intermédiaires armés, est incompatible avec la survie du Liban en tant que nation souveraine.
La déclaration du ministère des Affaires étrangères a souligné la nécessité que toute l’aide étrangère, y compris celle de l’Iran, passe exclusivement par l’État, sans systèmes de pouvoir parallèles. Même le président du Parlement, Nabih Berri, longtemps perçu comme un sympathisant du Hezbollah, aurait participé aux discussions sur la réaffirmation du contrôle de l’État, signe que l’emprise de l’Iran se relâche, même au sein de sa base de pouvoir traditionnelle.

