samedi, octobre 1, 2022
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Iran : Asghar Mehdizadeh, un témoin clé du massacre de 88, au procès de Hamid Noury

Iran : Asghar Mehdizadeh, un témoin clé du massacre de 88, au procès de Hamid Noury
Achraf-3 – Albanie

Vendredi, s’est tenue la troisième session du procès d’Hamid Noury en Albanie. Noury est un responsable pénitentiaire iranien ayant participé au massacre des prisonniers politiques en 1988. Asghar Mehdizadeh, l’un des plaignants, a témoigné devant le tribunal de district de Durres, en Albanie.

Noury a été arrêté en 2019 par les autorités suédoises et son procès a débuté en 2021 en Suède. Après 34 sessions, le lieu du procès a été transféré en Albanie à la demande du procureur puisque des milliers de membres des Moudjahidine du peuple (MEK) résident à Achraf 3, en Albanie. Les partisans et les membres du l’OMPI forment la majorité des plus de 30 000 martyrs du massacre de 1988.

« J’ai été arrêté en 1982 », a déclaré Mehdizadeh, qui a été en prison pendant près de 13 ans. Mehdizadeh est l’un des témoins directs du massacre de 1988.

Une fatwa qui a coûté la vie à 30 000 prisonniers politiques en 1988 en Iran
Mehdizadeh a vu pour la première fois Noury, allias Abbasi, en 1986. « Ma famille vivait dans un village de Soumésara. J’étais dans la prison de Gohardasht à Karaj », a-t-il déclaré, ajoutant que sa famille avait des difficultés à faire le voyage de 350 kilomètres pour lui rendre visite.

Iran: A Fatwa Which Took the Life of 30,000 Political Prisoners in 1988 Massacre

« J’ai demandé à être transféré dans la ville de Racht. Quand j’ai parlé à Hamid Abbasi [Noury] à ce sujet, il a dit que tu continu à rester sur tes positions et tu te décris comme un sympathisant de l’OMPI. Tant que tu ne coopèreras pas avec nous, il n’y aura pas de transfert. Alors, il a rejeté ma demande et je suis retourné dans la cellule », a ajouté Mehdizadeh.

Noury est connu comme un bourreau cruel. Mehdizadeh l’avait vu torturer des prisonniers. « Un jour d’hiver, nous avons vu [Hamid Noury] par la fenêtre. Il emmenait un certain nombre de jeunes détenus dans la cour, les forçant à ramper par terre par un temps de froid. J’ai vu cette scène avec d’autres prisonniers depuis la fenêtre, il y avait Noury et un gardien de prison nommé ‘Majid Lore’ qui frapaient de jeunes prisonniers. »

Soulignant avoir été témoin des atrocités du régime depuis 1979, Mehdizadeh a partagé quelques récits poignants du massacre de 1988 et des événements antérieurs à ce crime contre l’humanité.

« Le 27 juillet 1988, les gardiens de la prison se sont rendus dans la cour. Après notre retour, ils nous ont tous ordonné de mettre un bandeau sur les yeux et de quitter nos sections », a-t-il déclaré. « J’ai vu Hamid Abbasi [Noury] assis derrière un petit bureau, et quand j’ai atteint le bureau, il a commencé à me poser des questions. L’une des questions concernait mon accusation. Quand j’ai dit, je suis un partisan de l’OMPI, contrairement au passé où il maudissait et commençait à me battre, cette fois il n’a rien dit. Quand nous sommes revenus dans notre cellule, nous nous sommes demandés le sens de son attitude qui avait changée ? »

« Les gardiens ont emporté notre télévision le 28 juillet. Nous avons également vu un gardien armé qui contrôlait la cour de la prison. Les 28 et 29 juillet, nous nous préparions pour des visites familiales, lorsqu’un gardien est venu et a dit que vous n’êtes pas autorisé à avoir de visites ou à acheter quoi que ce soit du magasin de la prison », a déclaré Mehdizadeh, ajoutant qu’ils étaient déconcertés par le sens de ces mesures restrictives.

« Vers 11 heures du matin, les gardiens ont appelé deux prisonniers et les ont emmenés. Nous craignions qu’ils ne soient placés à l’isolement ou pour être exécutés », a-t-il déclaré.

« Vers midi, j’ai vu par la fenêtre que Davoud Lashgari [un autre tortionnaire] emmenait cinq prisoniers les yeux bandés vers un endroit inconnu. L’un d’eux était grand et large d’épaules. Quand je l’ai vu, j’ai fondu en larmes parce que je le connaissais. C’était Mahsheed Razaghi. Nous avions été ensemble dans le quartier 19 de la prison », a déclaré Mehdizadeh.

Mahsheed Razaghi était membre de l’équipe nationale iranienne de football. C’était un meli-kesh, un terme utilisé par les prisonniers politiques pour décrire ceux dont les peines étaient terminées mais étaient quand même maintenus en prison.

« Je les ai vus emmener [les prisonniers] dans un entrepôt. On se demandait ce qu’ils allaient leur faire. Seraient-ils torturés ou exécutés ? Après environ une heure, j’ai vu 20 gardes sortir de cet entrepôt, dont Abbasi [Noury] et Lashgari. Ils disaient que ce sont des Monafegh [hypocrites, terme péjoratif que le régime iranien utilise pour désigner l’OMPI], ils doivent tous être exécutés », a ajouté Mehdizadeh.

Il a précisé que le frère de Mahsheed Razaghi avait été exécuté en juillet et que Mahsheed avait été torturé pendant un mois. « Environ une heure plus tard, j’ai vu dix autres prisonniers avec les yeux bandés qui ont subi le même processus avec Noury et Lashgari. Ils s’embrassèrent et se rendirent à l’entrepôt, là où d’autres les avaient précédés.

Ce soir-là, j’ai vu environ 19 ou 20 personnes être emmenées dans le bâtiment. La nuit, les gardes ont sorti leurs cadavres et les a emmenés avec une voiture. Nous attendions tous que les gardes nous appellent aussi. »

« Le dimanche, Lashgari est venu et nous a dit de mettre nos bandeaux et de sortir de la cellule. Là, les gardes nous ont passé à tabac, nous demandant « Quel est votre crime ? », a ajouté Mehdizadeh.

« Quand ils ont demandé à Mohsen KarimNejad son crime, il a dit d’une voix ferme : « un sympathisant de l’OMPI ! » Après cela, Hamid Abbasi [Noury] et un autre garde l’ont retiré de la file. Nous ne l’avons plus jamais revu. »

« Ils nous ont ensuite emmenés dans une pièce plus grande. Lashgari a lu les noms de 13 prisonniers, dont moi, et nous a emmenés dehors. Quand nous sommes sortis, Hamid Abbasi [Noury] nous a emmenés dans le « couloir de la mort. »

Le couloir de la mort pour les prisonniers politiques
Le « couloir de la mort » était l’endroit où les prisonniers étaient gardés avant de rencontrer la soi-disant « Commission de la mort », un comité de quatre membres chargé d’identifier les partisans résolus de l’OMPI et de les envoyer à la potence. Ces «commissions de la mort » à travers l’Iran ont mis en œuvre une fatwa du Guide suprême du régime, Rouhollah Khomeini. Sur la base de la sinistre fatwa, tous les partisans de l’OMPI qui refuseraient de désavouer leurs idéaux devaient être « immédiatement exécutés».

« Du 4 au 8 août, j’étais dans le couloir de la mort », a déclaré Mehdizadeh. « Et chaque jour, j’ai été témoin de 15 groupes de 10 à 15 prisonniers emmenés dans la « salle de la mort ».

La salle de la mort était un grand entrepôt où Mehdizadeh et d’autres prisonniers ont vu que les autorités pénitentiaires emmener ceux qui devaient être exécutés. Alors qu’un groupe de prisonniers était pendu, les autorités pénitentiaires forçaient les autres à regarder jusqu’à ce que leur heure soit venue.

« Le 8 août, j’étais à l’isolement lorsque Mohammad Moghiseh [alias Nasserian], Pourmohammadi, Noury et d’autres responsables du régime sont entrés dans ma cellule. Quand ils ont ouvert ma cellule, Nasserian a commencé à m’insulter et à dit : c’est un monafegh qui est toujours ferme dans son soutien à l’OMPI. »

« Ils m’ont fait sortir de la cellule et traversé plusieurs couloirs et pièces. Ils ont fait une brève pause pour me torturer dans l’une des pièces. Dans l’un des couloirs, j’ai vu une rangée de sacs sur lesquels il était écrit : « Nous sommes partis. Envoyez nos salutations à l’OMPI », a déclaré Mehdizadeh en fondant en larmes.

« Ils m’ont emmené dans la salle de bain et m’ont torturé. Je me suis évanoui. Quand j’ai repris connaissance quelques heures plus tard, je pouvais à peine bouger. Je suis sorti de la salle de bain en rampant et j’ai trouvé une fenêtre pour regarder à l’extérieur. »

« Il y avait un autre prisonnier dans la cellule voisine. Je me suis présenté à lui. Il a dit qu’il s’appelait Hadi Mohammad Nejad. Quatre de ses proches, dont trois de ses frères et belle-soeur, avaient été exécutés par le régime. »

« Quand j’ai vu les exécutions, je n’ai pas accepté la proposition du régime », a déclaré Mohammad Nejad à Mehdizadeh. « Ils m’ont emmené dans la salle de la mort. De sous le bandeau je pouvais voir les corps des morts. L’un des gardes a enlevé mon bandeau. J’ai vu une plateforme sur laquelle douze partisans de l’OMPI se tenaient sur des chaises avec la corde autour du cou. D’autres gardes traînaient les cadavres hors du bâtiment.

Davood Lashgari, Nasserian et Hamid Abbasi [Noury] étaient là. Les courageux prisonniers ont commencé à scander des slogans tels que « Vive la liberté », « Vive Radjavi », « à bas Khomeiny ». Les gardes ont commencé à tirer les chaises de sous leurs pieds. »

« Le lendemain matin, j’ai été emmené dans la salle de la mort », a déclaré Mehdizadeh. « J’ai demandé à un prisonnier près de moi ce qui se passe ici ? Il a dit : « C’est ta première fois ? » J’ai dit oui. Il a dit : « Ils vont ensuite t’emmener dans la salle de la mort pour voir les exécutions. »

« Une heure plus tard, un garde sorti du couloir de la mort a demandé à haute voix : qui veut aller au paradis ? Douze personnes se sont levées et ont scandé à haute voix vive les moudjahidine du peuple. Après que ces 12 personnes se soient levées, quatre ou cinq autres les ont rejointes. Le gardien qui les a vus a dit : « Vous passez l’un devant l’autre à toute vitesse pour être exécutés ? » L’un des prisonniers a répondu : « Oui. Est-ce que tu sais pourquoi? C’est parce que nous sommes des Mojahed et tu es un pasdar [gardien du régime] », a déclaré Mehdizadeh. « Ils n’avaient pas peur d’être exécutés et défiaient le régime. Ils ne craignaient pas la mort pour défendre leurs convictions »

« Les prisonniers ont cassé leurs montres et leurs lunettes pour que les gardiens n’aient rien à piller », a témoigné Mehdizadeh.

Puis les gardes sont venus le chercher. « Le gardien m’a emmené dans la salle et m’a maintenu debout à environ 30 mètres de la plateforme. De sous mon bandeau, je pouvais voir les corps des prisonniers exécutés entassés les uns sur les autres sur la plateforme », a-t-il déclaré. « J’ai perdu le contrôle. Quand le garde a enlevé mon bandeau, j’ai vu 12 partisans de l’OMPI debout sur des chaises et avec la corde autour du cou. D’autres gardiens portaient les cadavres à l’extérieur. D’un côté de la plateforme se trouvaient Nasserian, DavoodLashgari et Hamid Abbasi [Noury], et de l’autre côté, il y avait une vingtaine d’autres gardes.

Les prisonniers ont scandé : Vive Radjavi, à bas Khomeini !
« Pendant que les prisonniers criaient, Nasserian et son entourage les regardaient avec stupéfaction. Puis tout à coup, Nasserians s’en prit à Davood Lashgari, Abbasi et les autres gardes : « Ce sont des monafeghs ! Qu’est-ce que tu attends? Allez enlever les chaises sous leurs pieds, a expliqué Mehdizadeh. Alors que Nasserian commençait à retirer les chaises, Lasgharian et Abbasi emboîtèrent le pas. »

« Peu de temps après, j’ai vu des prisonniers sauter eux-mêmes des chaises au mépris du régime. Certains gardes donnaient des coups de fouet aux corps suspendus et criaient : « Mort au monafeghin». En regardant ces scènes, j’ai perdu mon contrôle et mon équilibre. Au bout d’un moment, j’ai remarqué que quelqu’un m’éclaboussait le visage », a-t-il déclaré en fondant en larmes. « Je me suis résolu de sortir de cette situation. »

Après une brève pause, l’audience du tribunal s’est poursuivie vendredi. Mehdizadeh a témoigné qu’il avait vu un grand nombres de personnes, près de 100 prisonniers, dans la « salle de la mort ». Il a vu les gardes s’accrocher aux prisonniers après qu’ils aient été pendus, pour que les victimes soient tués plus rapidement.

Selon Mehdizadeh, Lashgari a posé des questions aux prisonniers, et quiconque s’est identifié comme un partisan de l’OMPI, Noury les a emmenés à la « salle de la mort ».

« Quand ils ont été emmenés à la commission, cela n’a pas pris plus d’une minute ou deux, puis ils les ont emmenés dans le couloir de la mort, où ils ont été remis à Hamid Abbasi. Abbasi les a emmenés à la salle de la mort par groupes de 10 à 12. »

« J’étais assis dans le « couloir de la mort » et j’ai vu qu’ils amenaient des prisonniers de partout. Quelqu’un est venu s’asseoir près de moi. Je lui ai demandé s’il avait entendu parler des exécutions, et il a dit non », a déclaré Mehdizadeh.

The 1988 Massacre of Political Prisoners in Iran: Eyewitness Accounts, Asghar Mehdizadeh

«Je suis resté assis là pendant environ une heure. J’ai vu mes amis aller à la salle de la mort. J’étais assis là quand Nasserian est venu vers moi et m’a murmuré lentement : « quel est ton crime ? » Je n’ai pas eu le courage de dire que je suis un partisan de l’OMPI », a déclaré Mehdizadeh en fondant en larmes. « Ensuite, Abbasi [Noury] m’a emmené de l’autre côté du couloir. »

« Là, j’ai vu Kazem Sanat-Fard, qui s’est renseigné sur nos amis, dont le Dr Farzin [Nosrati]. Kazem a été emmené à la prison d’Evin pour être libéré. Mais il m’a dit que [les autorités] avaient commencé les exécutions le 27 juillet à Evine et avaient jusqu’à présent exécuté quelques 400 personnes. »

Coïncidant avec la session du tribunal en Albanie, plusieurs autres prisonniers politiques et membres de familles de victimes ont parlé à la presse des crimes du régime.

Vendredi, les partisans de l’OMPI et les familles des victimes ont organisé un rassemblement de protestation en Suède, où se tient le procès d’Hamid Noury. Ils ont rendu hommage aux martyrs du massacre de 1988 et ont appelé à la poursuite en justice de tous les responsables du régime impliqués dans le crime, y compris l’actuel président du régime iranien, Ebrahim Raïssi et le guide suprême des mollahs, Ali Khamenei.

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