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Démasquer le rôle d’anciens membres de l’OMPI dans la « machine à diaboliser » de Téhéran

Démasquer le rôle d’anciens membres de l'OMPI dans la « machine à diaboliser » de Téhéran

Dans une interview diffusée le 11 avril 2026 sur l’émission en persan « Omgheh Meydan » de La Voix d’Amérique, Fahimeh Khezrheidari a interviewé Mohammad Mohaddessin, président de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Cet échange télévisé a mis en lumière un aspect crucial du conflit entre le régime iranien et son opposition organisée. Au cours de l’interview, Mohaddessin a été interrogé sur les allégations de mauvais traitements formulées par d’anciens membres, un discours souvent utilisé pour contester la légitimité interne du mouvement.

En réponse, M. Mohaddessin a rejeté ces allégations, affirmant qu’elles s’inscrivaient dans une vaste campagne de diabolisation et de désinformation orchestrée par le régime iranien. Il a déclaré :

« Ce discours auquel vous faites référence est bien connu. L’OMPI est, en réalité, tout le contraire de ce que certains tentent de dépeindre, et au cœur de cette propagande se trouve le régime lui-même. Ce dernier produit des centaines de livres, des centaines de films et des dizaines de milliers d’articles, diffusés aussi bien dans les médias nationaux que dans les organes de presse étrangers où il exerce une influence, afin de présenter une image effrayante de l’OMPI grâce à ce qui ne peut être décrit que comme une machine à diaboliser. La raison est claire : il veut empêcher les jeunes de rejoindre l’OMPI, précisément parce qu’il redoute cette possibilité. C’est une pratique courante du régime.

« Mais en ce qui concerne l’OMPI, la réalité est totalement à l’opposé de ce que le régime tente de promouvoir, ou de ce que d’autres, sous son influence ou pour d’autres raisons, peuvent imaginer. Rejoindre l’OMPI est difficile, tandis que la quitter est très facile.» Quiconque souhaite s’engager doit prendre une décision mûrement réfléchie. Il doit être prêt à payer un prix, à renoncer à sa vie ordinaire, à accepter la possibilité du martyre et à comprendre qu’il peut être assassiné à tout moment ou tué lors d’un affrontement avec le régime. Alors oui, intégrer l’OMPI est difficile. Mais si quelqu’un souhaite partir, les portes de l’organisation lui sont ouvertes à tout moment.

« En réalité, de nombreuses personnes ont quitté les Moudjahidine du peuple (OMPI / MEK) et mènent désormais une vie normale. Elles continuent de nous soutenir, de travailler et même de nous apporter un soutien financier. Ceux auxquels vous faites référence, ceux qui profèrent ces accusations, ne représentent qu’une petite minorité. Ils sont bien connus, et les faits les concernant sont parfaitement clairs. Permettez-moi de vous citer deux documents. Les services de sécurité des Pays-Bas et d’Allemagne, deux pays où sont actifs nombre de ces individus – ceux qui s’en prennent aux MEK sous couvert d’« anciens membres » –, ont tous deux publié des rapports à ce sujet.

Voici un extrait du rapport annuel des services de sécurité néerlandais : « Les services de sécurité néerlandais ont constaté que le gouvernement iranien poursuit activement sa campagne contre les MEK et ont observé que le ministère du Renseignement dirige un réseau européen également actif aux Pays-Bas. Les membres de ce réseau sont d’anciens membres de l’OMPI recrutés par le ministère du Renseignement.»

Toutes ces allégations et ces questions si fréquemment soulevées sont la production du ministère du Renseignement. Un point important à noter : récemment, un tribunal a été mis en place à Téhéran pour 104 membres des Moudjahidine du peuple, dont moi-même, allant des dirigeants aux simples membres. Depuis deux ans, ce tribunal siège tous les mardis à Téhéran. Devant ce tribunal, certains de ces mêmes individus – certains se présentant comme d’anciens membres des MEK et racontant ces histoires étranges et dramatiques – témoignent contre nous. Ce ne sont pas des personnes saines d’esprit.

Sous le feu des projecteurs

Cette défense ne se limite pas à la rhétorique politique ; elle trouve un écho persistant dans les dossiers classifiés des services de sécurité européens. Depuis des années, les services de renseignement néerlandais (AIVD) et allemand (BfV) documentent un mode opératoire spécifique de l’État iranien. Leurs rapports décrivent un réseau d’« anciens membres » recrutés par le ministère du Renseignement pour servir de fer de lance à une campagne de désinformation menée depuis l’Europe.

Rapport annuel 2012 de l’AIVD (page 37) :

L’AIVD a observé que le combat du gouvernement iranien contre le mouvement d’opposition des Moudjahidine du peuple reste « inchangé ». Les enquêtes ont révélé que les services de renseignement iraniens dirigent un réseau européen également actif aux Pays-Bas. Ce réseau « est composé d’anciens membres du MEK recrutés par les services de renseignement iraniens ». Leur mission est de « discréditer l’opinion publique à l’égard du MEK par le biais d’activités de lobbying, de publications et de réunions anti-MEK ». Ils collectent également des informations pour les services de renseignement iraniens sur le MEK et ses membres (présumés) ».

L’Office fédéral de protection de la Constitution désigne systématiquement l’OMPI et le CNRI comme les principales cibles de l’espionnage iranien. Leurs rapports indiquent que le MOIS « recrute d’anciens membres » pour servir d’instruments de propagande et influencer l’opinion publique occidentale.

L’objectif est simple : dépeindre la résistance comme une « secte » si toxique que les gouvernements, les parlementaires et les médias occidentaux se trouveront politiquement incapables de la considérer comme une alternative démocratique crédible.

De l’élimination à la déshumanisation

Pour comprendre pourquoi Téhéran investit autant dans ce projet de « recrutement d’anciens membres », il faut remonter au début des années 1990. Après l’échec du massacre de prisonniers politiques en 1988 à briser la résistance, et après une série d’assassinats à l’étranger ayant entraîné un isolement diplomatique, le régime clérical a eu une révélation stratégique. Il a compris que l’élimination physique engendrait souvent des martyrs et renforçait le capital social de la Résistance. Sous l’impulsion de personnalités comme l’ancien ministre du Renseignement, Ali Fallahian, la stratégie s’est orientée vers une « guerre douce ».

Les mécanismes de ce changement sont aussi efficaces que cyniques. Lorsque des membres quittent la Résistance, la grande majorité se retire dans la vie civile, continuant souvent à soutenir le mouvement financièrement ou par le biais de campagnes de sensibilisation. Cependant, un petit groupe ciblé devient la cible de la « récupération » orchestrée par le MOIS ou VEVAK. Par une combinaison de menaces contre les membres de leur famille restés en Iran, de gel de leurs avoirs et de promesses d’avantages matériels ou de « facilités diplomatiques » en Europe, le régime obtient des témoignages qui sont ensuite vendus aux médias internationaux et aux organisations de défense des droits humains.

Au-delà des batailles juridiques

Le danger de prendre ces témoignages pour argent comptant a peut-être été le mieux illustré par les batailles juridiques marquantes qui se sont déroulées en France après le raid de 2003 contre le siège du CNRI à Auvers-sur-Oise. À l’époque, les autorités françaises s’appuyaient sur des « dizaines de milliers » de documents et sur les dires de plusieurs « anciens membres » pour justifier une vaste opération antiterroriste. Pourtant, après une décennie d’enquêtes juridiques approfondies, l’affaire s’est effondrée. Les tribunaux français ont jugé les témoignages incohérents et politiquement motivés, innocentant finalement le CNRI de toutes les charges et contraignant l’État à verser des dommages et intérêts.

Aujourd’hui, cette guerre de l’ombre se poursuit devant les tribunaux, cette fois à Téhéran. Le régime tient actuellement un procès très médiatisé en l’absence de 104 chefs de la résistance, dont Mohaddessine lui-même. Les principaux témoins à charge ? Les mêmes « anciens membres » qui apparaissent sur les chaînes de télévision occidentales. En utilisant ces individus pour donner l’illusion de témoignages directs, le régime cherche à se constituer un fondement juridique pour de futures demandes d’extradition et à justifier sa répression intérieure.

L’ampleur industrielle de la campagne de diffamation

Le volume considérable de la propagande anti-opposition du régime iranien révèle une obsession d’État qui dépasse largement le simple récit d’un « grief personnel ». Depuis les années 1990, le ministère du Renseignement (MOIS / VEVAK) et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) financent une véritable machine à diaboliser. Des estimations prudentes et des fuites internes suggèrent que le régime a produit plus de 700 livres, 500 documentaires et des dizaines de films et séries télévisées à gros budget ciblant spécifiquement l’OMPI.

À cela s’ajoutent des dizaines de milliers d’articles et des campagnes coordonnées sur les réseaux sociaux, orchestrées par la « cyberarmée ». Parmi les exemples notables, citons des productions à gros budget comme « L’Énigme du Shah » et « Majera-ye Nimrouz » (Aventures de midi), qui utilisent des techniques cinématographiques sophistiquées pour réécrire l’histoire. Ce déploiement massif des ressources de l’État n’est pas uniquement destiné à la consommation intérieure ; il s’agit d’un investissement stratégique visant à saturer l’espace informationnel mondial, garantissant que toute recherche objective d’informations sur la Résistance iranienne se heurte à un mur de « désinformation » orchestrée par l’État.

Debunking propaganda against People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK)

Suivre la piste de l’argent

Pour les observateurs politiques, la difficulté réside dans la distinction entre dissidence authentique et désinformation d’État. Dans le contexte géopolitique iranien, l’« ancien membre » est souvent moins une personne qu’une arme – un outil conçu pour maintenir la confusion et le doute comme seule alternative à la théocratie en place.

Pour décrypter ce phénomène, il faut appliquer l’axiome psychologique et économique selon lequel le temps et l’énergie sont des ressources précieuses. Dans toute lutte politique, il est logique qu’un citoyen consacre des ressources à combattre un pouvoir en place qui affecte sa vie. Cependant, lorsqu’un individu ou une entité consacre un temps, un argent et une énergie considérables – souvent pendant des années – à attaquer non pas le régime en place, mais la seule entité organisée qui s’y oppose, il est impératif d’appliquer la « règle d’or » du renseignement.

Il est impératif de porter une attention particulière à l’infrastructure logistique qui sous-tend ces initiatives. Il faut remonter jusqu’à l’éditeur, le financeur et le commanditaire. La véritable source du récit est rarement l’orateur lui-même ; elle réside souvent dans l’ombre, celle qui délivre les visas, organise les entretiens à enjeux élevés et facilite les coûteuses conférences internationales. Lorsque les ressources d’un « critique » privé égalent les capacités logistiques d’un service de renseignement d’État, la « dissidence » n’est plus une opinion personnelle, mais une opération commanditée.