Les mollahs n’ont pas attendu longtemps avant de tromper et de faire preuve de fourberie
Le Washington Times
Mercredi 23 décembre 2015
Par Clifford D. May
Le sénateur Bob Corker, président du Comité des affaires étrangères du Sénat américain, a débuté une séance la semaine dernière par ces paroles justes, si ce n’est immortelles : « Je pense que cet accord a pris un très mauvais départ. »
L’accord en question, c’est le Plan Global d’Action Conjoint. Il est censé rapporter plus de 100 milliards de dollars d’avoirs dégelés à la République Islamique d’Iran, le premier sponsor mondial du terrorisme. En échange, Téhéran est censé freiner un programme d’armement nucléaire dont il a systématiquement nié l’existence.
Nous reviendrons là-dessus mais d’abord, une chose : un accord aussi important aurait dû prendre la forme d’un traité. Mais les traités exigent l’avis du Congrès et son accord. Le Président Obama n’était pas intéressé par cet avis ni n’avait l’intention d’essayer d’obtenir cet accord.
Dans un premier temps, l’accord conclu par M. Obama devait porter le nom d’ « accord exécutif ». Mais dans une lettre du 17 novembre répondant à une interrogation du député républicain du Kansas Mike Pompeo, le Département d’État a révélé que le plan d’action ne relevait pas non plus de cette catégorie. En fait, il ne s’agit même pas d’un « document signé ». Il ne fait que « traduire des engagements politiques » – des engagements qui ne sont pas « juridiquement contraignants. »
Pourquoi faire d’énormes concessions en échange de quelque chose de si vague ? Le Département d’État à M. Pompeo : « La réussite du Plan d’Action Conjoint ne dépendra pas du fait qu’il soit ou non juridiquement contraignant ou signé, mais plutôt sur les importantes mesures de vérification que nous avons mises en place, aussi bien que sur la compréhension de l’Iran vis-à-vis du fait que nous avons la capacité d’imposer à nouveau – et d’augmenter- nos sanctions s’il n’est pas fidèle à ses engagements. »
Au cas où vous n’auriez pas suivi : ces deux déclarations ont, depuis, été mises l’épreuve.
La semaine dernière, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a mis fin à son enquête sur les « Possibles Dimensions Militaires » des programmes nucléaires iraniens – ses tentatives pour vérifier si les dirigeants iraniens ont dit la vérité lorsqu’ils ont prétendu n’avoir jamais eu de programme secret pour développer des armes nucléaires.
Sans surprise : les officiels iraniens ont menti. L’Iran a en effet mené des recherches sur les armes nucléaires – beaucoup avant 2003 (avant que les États-Unis n’envahissent l’Irak et ne renversent Saddam Hussein) et d’autres jusqu’en 2009.
En fait, l’AIEA a découvert que « les activités nucléaires clandestines de l’Iran représentaient tout un programme nucléaire (de l’extraction à la conversion et à l’enrichissement de l’uranium) mené en parallèle du programme officiel », selon Olli Heinonen, ancien directeur général adjoint et président du Département des garanties de l’AIEA.
Il est vrai que les inspecteurs n’ont trouvé aucune preuve de travail d’armement après 2009 mais l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence. Ne pas trouver grand chose ne signifie pas non plus grand chose étant donné le fait que les iraniens ont « refusé de tout avouer », ainsi que l’a formulé M. Heinonen. Et le fait que l’Iran avoue tout, comme l’a souhaité John Kerry en avril dernier, « sera la condition d’un accord final. Ça doit l’être. » Eh bien, M. Kerry, ça ne l’est pas.
J’ai été surpris de voir combien de journalistes ont choisi de ne pas parler de cela. À « Newshour » sur la BBC avec Razia Iqbal, une correspondante du Service Perse de la BBC n’a pas dit un mot sur les tromperies maintenant avérées de l’Iran. Son joli baratin : l’AIEA « va mettre fin aux investigations et regarder vers l’avenir – fini de regarder vers le passé. »
Quant au futur, une chose est claire : l’accord nucléaire n’empêche pas l’Iran de développer des armes nucléaires. Selon les mots de mon confrère Mark Dubowitz, il « ouvre un chemin de patience ». Si Téhéran respecte le Plan Global d’Action Conjoint, il peut avoir un énorme programme d’armement nucléaire dix ans à peine après la fin du mandat de M. Obama.
Et pensez un peu à ce que les dirigeants iraniens sont en train de faire en ce moment : en octobre et novembre, ils ont mené des essais de missiles balistiques capables de porter des têtes nucléaires. Non seulement cela va-t-il à l’encontre des « engagements politiques » de l’Iran, mais c’est aussi une violation flagrante des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Le message, comme l’a expliqué le ministre de la Défense iranien Hossein Dehqan, est « de dire au monde que la République Islamique d’Iran agit selon ses intérêts nationaux et qu’aucun pays ou puissance ne peut lui imposer sa volonté. »
Les dirigeants iraniens ont fait passer le message de plusieurs autres façons, à savoir en lançant des cyber-attaques contre le Département d’État américain ; en continuant à soutenir leur client syrien assassin de masse Bachar al-Assad, avec les forces iraniennes et celles du Hezbollah, leur légion étrangère basée au Liban ; en essayant de faire du Yémen un satellite ; et en gardant des citoyens américains – dont un correspondant du Washington Post et un ancien Marine- emprisonnés sous de fausses accusations.
M. Obama répondra-t-il en « imposant à nouveau – et en augmentant- nos sanctions », comme M. Pompeo en a été assuré ? Non. Lors de la séance de la semaine dernière, Stephen Mull, le coordinateur du gouvernement pour la mise en œuvre de l’accord nucléaire iranien, a révélé que les sanctions pourraient être levées plus tôt que prévu, dès le mois prochain.
Quelques membres du Congrès, des deux côtés de l’assemblée, sont affligés. Le sénateur républicain du New Hampshire Kelly Ayotte a déposé un projet de loi pour interdire la levée des sanctions à moins que le gouvernement puisse certifier que l’Iran a « de manière vérifiable, mis fin à toutes les dimensions militaires de son programme militaire ». Le député républicain Devin Nunes, président du House Permanent Select Committee on Intelligence, a présenté l’ « IRGC Sanctions Act » (la loi de sanctions à l’encontre des pasdarans) visant à limiter la capacité du Corps des Gardiens de la Révolution Iranienne (pasdarans) à collecter des fonds et exporter le terrorisme. Et un projet de loi, présenté par le député républicain de l’Illinois Pete Roskam, abaisserait le seuil qui permet au Département du Trésor de désigner les organismes contrôlés par les pasdarans.
Je serais surpris que M. Obama ne s’oppose pas à ces mesures – en y opposant son veto si elles passent ou, plus vraisemblablement, en s’arrangeant pour faire obstruction aux votes au Sénat.
Alors pourquoi les membres du Congrès devraient-ils essayer ? Déjà, parce que c’est leur travail. Ensuite, de tels projets de loi tiendraient lieu de panneau indicateur pour quiconque investira la Maison Blanche dans le futur. Le nouveau président prendra-t-il les initiatives nécessaires pour empêcher la république islamique d’acquérir les armes nucléaires dont elle a besoin pour développer le djihad qu’elle a déclaré ? J’ai des doutes. Mais je serais heureux d’être surpris.
*Clifford D. May est président de la Fondation pour le Défense des Démocraties et chroniqueur pour le Washington Times.

