Par Sharon Benn
The Washington Times LIran a affectivement créé un « Etat chiite à lintérieur dun Etat » dans son pays voisin, lIrak, défiant aussi bien les Sunnites irakiens que les nations sunnites voisines, selon un rapport de sécurité saoudien.
Les forces militaires iraniennes fournissent aux milices chiites des armes et de lentraînement, les fondations caritatives iraniennes investissent énormément dans les écoles et les hôpitaux, et Téhéran soutient activement les hommes politiques irakiens pro-iraniens, selon le rapport. « Là où les Américains ont échoué, les Iraniens ont progressé », affirme le rapport du National Security Assessment Project saoudien, cabinet-conseil basé à Riyad, commandité par le gouvernement saoudien pour fournir des analyses en matière de sécurité et de renseignement. Le rapport, présenté au gouvernement saoudien en mars, na pas été rendu public.
Citant des interviews avec des hauts responsables du renseignement et de larmée en Irak et dans la région, le rapport avance que les insurgés sunnites représentent environ 77 000 personnes, tandis que les miliciens chiites 35 000.
Selon le rapport, lIran sest infiltré en Irak par lentremise de sa Force al Qods, division spéciale du Corps des Gardiens de la Révolution dIran (CGR), spécialisée dans les opérations de renseignement dans les conflits non conventionnels.
Ed OConnell, haut spécialiste à la défense, a affirmé que le renseignement iranien tentait de contrer lancien formidable réseau despionnage de Saddam Hussein, le Service de Renseignement irakien (IIS), ou Mukhabarat. Sous le régime de Saddam, dit-il, près dun adulte irakien sur six était un informateur payé ou non payé, réseau qui na pas disparu avec larrivée de la coalition menée par les USA.
« Ce qui se passe en réalité en Irak, cest une guerre non conventionnelle sous la surface entre lancien IIS, qui pourrait devenir un complice plus manifeste de lArabie Saoudite, et la force spécial al Qods despionnage/contre-espionnage », a déclaré M. OConnell.
Le rapport de sécurité saoudien a été rédigé sous la direction de Nawaf Obaid, qui a récemment été renvoyé pour avoir écrit un article dans le Washington Post avertissant que lArabie Saoudite ne resterait pas là à rien faire devant ces Chiites dIrak qui détruisent la population sunnite.
Les diplomates et experts de Washington affirment que le renvoi de M. Obaid était plus une façade quune réelle action punitive. Le rapport affirme que linfluence des Iraniens en Irak inclut un large réseau dinformateurs, de soutien militaire et logistique à des groupes armés et des campagnes sociales. Il ajoute que Téhéran « cherche à influer sur le processus politique en Irak en soutenant divers nouveaux partis, et en particulier le CSRII », ou Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak, principal parti chiite.
Les experts affirment que certains citoyens saoudiens collectent des fonds pour les insurgés sunnites.
« Je les ai entendus dire que ce nétait pas difficile de réunir deux ou trois cent mille dollars et de les envoyer aux insurgés de lautre côté de la frontière », a affirmé Isobel Coleman, haut membre du Conseil pour les relations étrangères.
Bien que le chef du CSRII affirme que la milice privée du parti, lOrganisation Badr soutenue par lIran (anciennement connue sous le nom de Brigade Badr), a rendu les armes, ses membres armés sont toujours visibles dans les rues de Bagdad.
Létude saoudienne affirme que lOrganisation Badr est toujours forte de 25 000 hommes et que le parti compte environ 3 millions de partisans. La milice anti-américaine de lecclésiastique Muqtada al-Sadr, lArmée Mahdi, compterait un peu moins de 10 000 membres, tandis que son parti a le soutien
denviron 1,5 millions de Chiites.
« Chacun de ces groupes est redevable dune façon ou dune autre à lIran et a des liens avec son réseau despionnage et ses services de sécurité », selon le rapport.
Il ajoute : « Des informations récentes indiquent que les officiers du CGR dirigent actuellement en Irak certaines milices chiites et des unités de larmée et de la police ».
Les hauts responsables américains reconnaissent que les milices chiites se sont infiltrées dans la police, mais évitent de dire quil existe un lien direct entre lIran et les forces de sécurité.
Mme Coleman met en garde contre la partialité de ce rapport, bien quil ne soit pas tout à fait inexact.
« Il est alarmiste à propos des Iraniens mais M. Obaid a un parti pris. Non pas quil soit faux, mais il est nest pas impartial », dit-elle.
Cette étude saoudienne est le résultat de cinq mois de coopération avec lIrak et les pays voisins et de dizaines dinterviews avec les hauts responsables actuels des armées et du renseignement dans la région, a écrit M. Obaid dans la préface de ce rapport de 40 pages.
« Les officiers de police et de larmée ordinaire ont une allégeance plus forte pour lOrganisation Badr ou lArmée Mahdi que pour leurs propres unités », selon le rapport qui ajoute que lOrganisation Badr est « le principal véhicule dont lIran se sert pour parvenir à ses objectifs militaires, sécuritaires et de renseignement».
Létude fournit également des détails sur linsurrection sunnite. Il cite des chefs de tribus irakiens affirmant que linsurrection est principalement menée par danciens commandants et de hauts officiers militaires du régime baathiste. Il existe seulement un petit groupe dinspiration divine qui inclut des combattants étrangers.
Sur les 77 000 membres actifs de linsurrection, les « djihadistes » comptent pour 17 000, sur lesquels 5000 viennent dAfrique du Nord, du Soudan, du Yémen, dEgypte et dArabie Saoudite.
Les 60 000 hommes restants sont des membres des anciennes forces militaires ou paramilitaires Fedayeen de Saddam. Le corps des officiers de linsurrection « commandent et contrôlent des installations en Syrie ainsi que des bases situées à des endroits stratégiques, où les Sunnites constituent la majorité de la population urbaine ».
Etant donné les liens tribaux, familiaux et religieux vieux de plusieurs siècles entre les Sunnites dIrak et lArabie Saoudite, le rapport conclut que « lArabie Saoudite a une responsabilité spéciale dans le bien-être et la sécurité des Sunnites en Irak ».
Ses recommandations au gouvernement saoudien incluent une stratégie détaillée faite à la fois déléments manifestes et cachés dans le cas où se produisait le pire des scénarios, celui dune guerre civile généralisée.Il appelle également le gouvernement à communiquer le rapport aux Etats-Unis ; à bien faire comprendre à lIran que si ses activités clandestines se poursuivent, les autorités saoudiennes chercheraient à les contrer ; et à lancer une invitation au plus haut leader chiite irakien, layatollah Ali al-Sistani, afin de rassurer la communauté chiite.

