AccueilActualitésActualités: Terrorisme & intégrismeOuverture d’un nouveau front dans la guerre contre les Iraniens en Irak

Ouverture d’un nouveau front dans la guerre contre les Iraniens en Irak

Par DAVID E. SANGER

The New York Times – Pendant plus de deux ans après la chute de Saddam Hussein, la guerre en Irak consistait à traquer les insurgés et Al Qaïda en Irak. L’année dernière, son rôle s’est élargi à la neutralisation du conflit sectaire. Ces trois dernières semaines, après deux séries de raids et de nouveaux ordres du président Bush, un troisième front s’est ouvert : celui-là, contre l’Iran.

Les hauts responsables du gouvernement affirment que leur objectif ne se limite pas à empêcher les Iraniens de perpétrer des attaques contre les forces américaines et irakiennes en Irak. Dans les dernières interviews et communiqués publics en date, les hauts membres de l’administration Bush ont bien fait comprendre que leur programme allait bien au-delà de cela et qu’ils avaient pour ambition de déjouer le plan de l’Iran de devenir la plus grande puissance au Moyen Orient.

Vendredi, dans une interview, avant qu’elle ne parte pour une visite au Moyen Orient, la secrétaire d’État Condoleezza Rice, a évoqué une stratégie « élaborée » visant à confronter le « comportement déstabilisateur » de l’Iran dans la région. Le conseiller national à la sécurité de M. Bush, Stephen J. Hadley, a déclaré dimanche dans l’émission « Meet the Press » de NBC News, que les USA résistaient à l’effort iranien d’ « établir fondamentalement leur hégémonie » dans toute la région.

Même certains des plus féroces détracteurs de M. Bush ne remettent pas en question la conviction de l’administration quant à la grandeur des ambitions de l’Iran. Une poignée de membres du gouvernement se sont même demandés en 2003 si l’Iran représentait une menace beaucoup plus importante que M. Hussein.

Avant l’invasion de l’Irak en 2003, les membres de l’administration avançaient que détrôner M. Hussein constituait un bon avertissement pour l’Iran et la Corée du Nord, deux pays que M. Bush a identifiés aux côtés de l’Irak en 2002 dans son discours sur l’état de l’Union comme faisant partie de l’ « axe du mal ».

« On entend tout le temps cet argument dans les meetings », a récemment rappelé un haut responsable du Conseil de la sécurité nationale, qui a depuis quitté le gouvernement. « L’Irak aidera à résoudre les problèmes plus difficiles de l’Iran et de la Corée du Nord. » Mais c’est l’inverse qui s’est produit. La Corée du Nord a procédé à des tests nucléaires en octobre. Et l’Iran a accéléré son programme d’enrichissement d’uranium.

Donc, malgré les recommandations du groupe bipartite Iraq Study Group en faveur d’une collaboration avec l’Iran, Washington a pris une direction plus conflictuelle. Le pays envoie des renforts navals, aériens et antimissiles au large des côtes iraniennes, cherche à persuader un grand nombre de sociétés internationales à rompre leurs liens avec l’Iran et s’en prend aux Iraniens sur le territoire irakien.

« Le gouvernement n’a que l’Iran en tête et je pense qu’il exagère l’ampleur des activités iraniennes en Irak », a déclaré dimanche Kenneth M. Pollack, directeur de recherches au Saban Center à la Brookings Institution. « Il y a de grandes chances pour que l’on obtienne l’effet inverse, car cela nous fait entrer dans une spirale avec l’Iran qui nous mènera inévitablement vers un conflit. Les Iraniens vont probablement réagir en essayant de nous démontrer qu’ils ne se laisseront pas intimider. »

Selon les hauts membres de l’administration, ignorer les activités de l’Iran ne mènerait qu’à une surenchère du président Mahmoud Ahmadinejad. « Il est certain que tout ce qui va mal en Irak profite aux Iraniens », a affirmé récemment un haut responsable de la Maison Blanche. « La question est que devons-nous faire à ce sujet. »

La réponse, formulée par le Conseil de la sécurité nationale, est que l’armée américaine cible les Iraniens qui, selon eux, sont responsables des attaques, décision que M. Bush a prise il y a des mois et qui n’a été divulguée que la semaine dernière.

À deux reprises au moins le mois dernier, dans des raids conduits en Irak et qui ont rendu furieux les dirigeants du pays, les soldats américains ont capturé des Iraniens. Dimanche, le ministre des Affaires étrangères irakien, Hoshyar Zebari, a appelé à la libération des cinq Iraniens arrêtés pendant le dernier raid, qui a eu lieu jeudi matin très tôt à Erbil. Dans l’émission « Late Edition » de CNN, il a affirmé que ces cinq personnes étaient membres des Gardiens de la Révolution d’Iran et que le groupe « faisait en réalité partie du système politique iranien ».

Le schisme stratégique potentiel avec le gouvernement irakien sur la manière de traiter les Iraniens est une des questions soulevées par la nouvelle approche de Washington. La première de ces questions est de déterminer si cet effort s’arrête aux frontières de l’Iran. Lors d’audiences devant le Congrès, le secrétaire à la Défense, Robert M. Gates, a déclaré qu’il ne voyait pas l’utilité d’entrer sur territoire iranien.

Pourtant, les Américains ont pris garde à ne pas exclure la possibilité d’une intervention américaine en Iran. Interrogé dans l’émission « This Week » d’ABC News dimanche quant à la possibilité d’exclure l’option de traquer les Iraniens à l’intérieur de l’Iran, M. Hadley a répondu que pour le moment, l’Irak était « le meilleur endroit » pour les États-Unis pour affronter les Iraniens.

« Donc, selon vous, vous n’avez pas le droit d’aller en Iran ? », a demandé George Stephanopoulos, l’animateur. « Je n’ai pas dit cela », a répondu M. Hadley. « C’est un autre problème. Chaque fois qu’il est question de franchir des frontières internationales, des questions légales entrent en jeu. »

La seconde question était de savoir si M. Bush allait amplifier ses efforts cachés comme ses efforts manifestes pour stopper le programme nucléaire de l’Iran. Jusque-là, les preuves amassées par l’Agence internationale de l’Énergie atomique suggèrent que les ambitions nucléaires de l’Iran ont rencontré des obstacles techniques, mais l’on craint cependant que les inspecteurs soient passés à côté de sites secrets. Une troisième question concerne ce que ferait Washington si les Iraniens cherchaient à se venger.L’escalade des tensions est ce que craignent les alliés des Américains dans la région, inquiets à propos de l’Iran, mais qui le sont encore plus du fait de le provoquer.

Dimanche, le vice-président Dick Cheney a avancé que les actions de l’Amérique avaient pour dessein de protéger ses alliés dans le Golfe Persique, bien qu’il soit loin d’être clair que les voisins arabes sunnites de l’Iran approuvent cette stratégie. « Si vous discutez avec les Etats du Golfe ou avec les Saoudiens ou bien si vous parlez au sujet des Israéliens ou des Jordaniens, la région toute entière est inquiète », a déclaré M. Cheney dans « Fox News Sunday ». Il a évoqué le fait que les Iraniens « contrôlaient le Détroit d’Hormuz » et les transits de pétrole et qu’ils soutenaient le Hamas et le Hezbollah.

« La menace que représente l’Iran est donc en train de grandir », a-t-il dit, phrase rappelant comment autrefois il s’était exprimé contre M. Hussein. « Le problème est multidimensionnel et préoccupe, en réalité, chaque personne dans la région. »