De Nancy A. Youssef
Knight Ridder Newspapers, Bagdad Le Premier ministre Nouri al-Maliki a ordonné mercredi aux milliers de soldats irakiens à Basra, seconde ville dIrak, de désarmer les milices musulmanes chiites qui ont pris le contrôle de la zone, initiative soulignant les difficultés du gouvernement central à Bagdad pour prendre le contrôle ne serait-ce que dune petite partie du pays.
Al-Maliki a affirmé que la 10ème Division de larmée irakienne allait mettre en place des postes de contrôle et saisir les armes illégales de lassortiment de milices, gangs et tribus qui ont pris le contrôle de Basra. Il a déclaré que létat durgence durerait un mois.
Cette annonce, faite dans un discours diffusé à la télévision nationale et prononcé à Basra, survient la même semaine de lannonce de hauts responsables américains selon laquelle ils avaient envoyé 1500 soldats supplémentaires basés au Koweït dans la province dAnbar, dans louest de lIrak, afin de tenter à nouveau darracher la province au contrôle des insurgés musulmans sunnites.
« Ce mois-ci est le mois de la sécurité à Basra », a affirmé dans son discours al-Maliki, encadré dune délégation de hauts responsables du gouvernement. « Nous allons frapper avec une poigne de fer les gangs qui manipulent la sécurité. »
La violence sest intensifiée en Irak ces dernières semaines, malgré le renforcement des forces de sécurité dans le pays. Un nouveau rapport du Pentagone publié cette semaine affirme que 263.400 membres des forces de sécurité ont été entraînés jusquà maintenant.
Mais cela na pas participé à calmer la violence ni à accélérer le retrait des troupes américaines, dont le nombre va atteindre plus de 135.000 avec larrivée de renforts du Koweït. Le rapport note que le nombre moyen dattaques ennemies par semaine a augmenté de 13 pourcent entre février et avril, comparé aux quelques mois précédents.
Le rapport du Pentagone intitulé « Mesure de la stabilité et de la sécurité en Irak », qualifie les ennemis de lIrak déléments résistants et complexes et suggère quil y a peu de chances pour quils soient rapidement maîtrisés. Le rapport précise que les ennemis comprennent les insurgés sunnites et les milices chiites.
« Considérer la violence en Irak comme une seule et unique insurrection ou une opposition unifiée est inexact et trompeur », ajoute le rapport. « Il est peu probable que la Coalition et les Forces de sécurité irakiennes fassent des progrès contre chacune de ces factions violentes à la même allure. »
Lannonce dal-Maliki reconnaît officiellement que la violence dans le sud chiite est bien pire que ce qui a pu être admis auparavant. Au moins 200 personnes sont mortes dans des fusillades, des enlèvements et des exécutions à Basra le mois dernier. Des responsables britanniques et irakiens locaux ont récemment déclaré au Knight Ridder que les milices avaient largement pris le contrôle des forces de police et des autres institutions du gouvernement.
Mardi, le président du conseil de province de Basra, Nussaif Jassim al-Abaidi, a déclaré que la majorité des agents de la police chiite étaient eux-mêmes indisciplinés et corrompus.
Beaucoup dofficiers « sont plus loyaux à leur parti quà leur profession », a affirmé al-Abaidi. On ne sait pas si le fait denvoyer larmée va servir à quelque chose. Les mêmes milices chiites qui se battent pour le contrôle de Basra sont infiltrées dans les forces de sécurité.
Les milices les plus actives à Basra, lArmée Mahdi, fidèle au religieux agitateur Muqtada al-Sadr, et lOrganisation Badr, aile armée du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak, sont des alliés proches et comptent parmi leurs membres des personnages clés de la coalition politique qui a placé al-Maliki en poste.
Al-maliki na pas fait mention des mesures qui seraient prises pour réduire lassistance iranienne aux milices. Tandis quon ne sait pas exactement à quel point le gouvernement dIran est impliqué dans lassistance à ces groupes, les hauts responsables britanniques et irakiens dans le sud du pays ont déclaré au Knight Ridder que les milices recevaient de largent et des armes provenant dIran et que certains miliciens étaient entraînés dans ce pays.
Les dirigeants britanniques pensent quen les aidant ainsi, lIran tente dexpulser les forces de la coalition de la zone et douvrir la voie pour une administration cléricale alliée avec lIran dans le sud de lIrak.
LIran est proche dun grand nombre de personnes dans le gouvernement à majorité chiite dal-Maliki. Ce dernier a vécu plusieurs années en Iran après être parti en exil en 1980 pendant le règne de Saddam Hussein. Il a également habité en Syrie et au Liban.
Alors que certains hommes politiques sunnites sont sceptiques quant à la capacité dal-Maliki de défier les milices, la réponse initiale sunnite était modérée.
Tareq al-Hashemi, Sunnite et un des deux vice-présidents de lIrak, a déclaré que linitiative dal-Maliki nallait pas assez loin et quil était nécessaire dagir plus vigoureusement.
« Il existe une foule de réformes qui nécessitent un accord parfait», a affirmé al-Hashemi. « Si nous (le gouverneur, le conseil du gouvernorat, les forces politiques, les tribus et les figures religieuses) coopérons tous, nous verrons quau bout dun mois, les choses iront beaucoup mieux. »
Pendant le règne de Saddam, Basra était lune des villes les plus actives dIrak, connue pour sa vie nocturne et son économie dynamique. Après linvasion menée par les USA, une grande partie du pays étant tombé dans la violence, Basra était considérée comme relativement stable. Les hauts responsables américains avançaient souvent que cette ville serait une des premières à revenir sous contrôle irakien.
Mais les milices se sont infiltrées dans la population, chassant les minorités sunnites et aspirant à une province plus conservatrice. Ce changement est devenu plus distinct lorsque les attaques contre les forces britanniques se sont faites plus nombreuses. Le mois dernier, neuf membres de larmée britannique ont été tués, dont cinq dans un crash dhélicoptère. Les dirigeants britanniques ont affirmé au Knight Ridder quils suspectaient quun missile provenant dIran ait abattu lappareil.
Al-Maliki a annoncé son projet au moment où les leaders débattent toujours sur la question de savoir qui va pendre la tête des ministères de la Défense et de lIntérieur, qui contrôlent respectivement larmée et la police.
Il a affirmé quune commission spéciale serait formée pour superviser lopération à Basra.

