
Le régime iranien a officiellement annoncé la création d’un nouveau commandement de police pour la région méridionale du Sistan-et-Baloutchistan, une mesure qui vise, selon lui, à améliorer la sécurité et le développement local. Cependant, militants et observateurs locaux mettent en garde contre ce plan, qui n’est qu’une stratégie voilée visant à intensifier la répression dans une région longtemps marquée par la violence d’État et la discrimination ethnique.
Lors de sa visite à Iranshahr le 20 avril, le général de brigade Ahmadreza Radan, commandant des forces de sécurité de l’État, a dévoilé le nouveau « Commandement de la police du Sistan-et-Baloutchistan du Sud » et nommé le général de brigade Morteza Jokar à sa tête. Le quartier général devrait être opérationnel d’ici septembre. Radan a salué cette initiative, la qualifiant de « progrès vers une sécurité durable et une intégration locale », soulignant le recrutement de 500 jeunes de la région dans les rangs de la police. Mais derrière le discours officiel se cache une toute autre histoire.
Une façade sécuritaire pour une répression systémique
Alors que les médias d’État présentent ce plan comme une étape importante du développement, des sources locales et dissidentes le voient comme un élément d’une action anti-insurrectionnelle plus vaste ciblant la population agitée de la province. Depuis des années, le Sistan-et-Baloutchistan est le théâtre de répressions meurtrières, d’arrestations arbitraires et d’exécutions autorisées par l’État, notamment après les sanglants « Vendredis noirs » de Zahedan et Khash.
Les critiques affirment que le nouveau commandement de la police n’est pas une réponse aux besoins de développement, mais une réaction à la crainte croissante du régime face aux groupes insurgés et aux soulèvements locaux. La situation stratégique de la région – à la frontière avec le Pakistan et l’Afghanistan – et son histoire de résistance en font depuis longtemps une source d’irritation pour les autorités centrales iraniennes.
« Le régime n’a pas réussi à écraser la résistance par des moyens militaires », peut-on lire dans un communiqué d’un réseau d’activistes baloutches. « Il recourt désormais à la tromperie, déguisant la répression en réforme. »
Cooptation des chefs tribaux et recrutement de jeunes locaux
Les propos de Radan lors de ses rencontres avec les anciens des tribus et les chefs communautaires ont également suscité des inquiétudes. Il les a appelés à identifier les jeunes « ayant les caractéristiques des policiers » pour les enrôler dans les forces de police, une démarche que beaucoup interprètent comme une tentative de coopter des personnalités influentes et de monter les communautés contre elles-mêmes.
« Il ne s’agit pas d’autonomisation », a déclaré un défenseur des droits humains baloutche en exil. « Il s’agit d’enrôler les opprimés pour réprimer les leurs.»
Cette stratégie semble viser à compenser la dépendance du régime à l’égard des forces de sécurité non locales, dont la présence a souvent attisé les tensions et donné lieu à des affrontements violents. En recrutant de l’intérieur, les autorités espèrent brouiller la frontière entre occupation et gouvernance.
La « sécurité » comme arme de contrôle
Dans ses discours, Radan a salué l’amélioration de l’accès routier, de l’approvisionnement en électricité et en gaz dans certaines parties de la province, faisant écho à la propagande de l’État selon laquelle la région est sur la « voie du progrès ». Pourtant, pour de nombreux habitants, ces affirmations sonnent creux.
Dans la pratique, le développement reste profondément inégal, et les projets gouvernementaux sont souvent conçus pour servir les intérêts militaires et miniers, et non les communautés locales. Parallèlement, les rapports faisant état de démolitions de maisons, de détentions arbitraires et de surveillance de masse continuent d’alimenter la méfiance.
Une région qui ne capitule pas
Pour de nombreux Baloutches, la nouvelle structure de commandement n’est pas perçue comme une solution, mais comme un symptôme du désespoir de Téhéran. De la mémoire des manifestants tombés au combat – dont Youssef Shahli-bar, cinq ans – aux rangs toujours plus nombreux des chômeurs et des personnes privées de leurs droits, les blessures sont profondes et la détermination, plus forte que jamais.
Alors que les religieux au pouvoir en Iran s’accrochent au pouvoir par la militarisation et la manipulation, la population du Sistan-Baloutchistan continue de démontrer qu’aucun remaniement tactique ne peut soumettre une population déterminée à reconquérir sa dignité et ses droits.

