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Iran : La soudaine mascarade nationaliste de Khamenei

Iran : La soudaine mascarade nationaliste de Khamenei

Après douze jours de silence durant la guerre de 12 jours, le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, est enfin sorti de la clandestinité. Mais au lieu de son langage idéologique habituel, il a adopté un ton étonnamment nationaliste, parlant de « nation iranienne » et de « dignité nationale ». Ce changement de discours soudain, amplifié par la promotion par le régime d’un hymne patriotique autrefois censuré, révèle non pas un changement d’attitude, mais une opération de relations publiques désespérée visant à préserver sa légitimité dans un contexte de crises croissantes.

Le régime avait auparavant interdit la chanson « Ey Iran », la jugeant « non islamique » et nationaliste. Aujourd’hui, elle est chantée par des chantres religieux affiliés au régime, dans un spectacle grotesque destiné à rebaptiser un régime théocratique en protecteur de l’intérêt national. Cette nouvelle image, cependant, est non seulement peu convaincante, mais aussi fondamentalement contradictoire.

Depuis plus de quatre décennies, le régime iranien mène une guerre délibérée contre l’identité iranienne. Dès le début de la révolution de 1979, il a cherché à dissoudre l’idée même d’État-nation. Rouhollah Khomeini, le fondateur du régime, a explicitement rejeté le nationalisme. Dans ses discours et ses écrits (par exemple, Sahifeh-ye Nour, vol. 1, p. 123 ; vol. 3, p. 275 ; discours des 6 et 9 août 1980), il a déclaré que « le nationalisme est contraire à l’islam » et a appelé à l’abolition des frontières pour créer une « oumma » islamique mondiale unique. Le patriotisme, l’identité nationale et la fierté historique ont été systématiquement attaqués et rejetés comme une hérésie anti-islamique.

Cette vision du monde a façonné des décennies de politique publique. La culture iranienne a été systématiquement bannie des manuels scolaires, des institutions et des symboles nationaux. Le nom même de « Corps des Gardiens de la révolution islamique » ne fait aucune référence à l’Iran, soulignant son rôle de défenseur des rêves du régime d’un soi-disant empire islamique, et non d’une nation souveraine. Le parlement a changé de nom, passant d’Assemblée nationale consultative à Assemblée consultative islamique, marquant un nouvel effacement symbolique de l’identité nationale.

Khamenei, perpétuant l’héritage de Khomeiny, a toujours considéré les appels à l’héritage iranien comme contraires à l’islam. Les manifestants mettant en avant l’identité iranienne ont été condamnés comme laïcs ou infidèles. Et pourtant, aujourd’hui, le même dirigeant recourt soudain à une rhétorique nationaliste. Que signifie ce changement soudain, sinon la panique ?

Nous assistons non pas à une évolution idéologique, mais à une manœuvre tactique née de la peur. Face à l’indignation croissante de l’opinion publique, à l’isolement international et à une crise de légitimité sur son territoire, le régime s’empare des symboles culturels mêmes qu’il tentait autrefois de détruire.

Cette appropriation cynique est particulièrement visible dans l’attaque du régime contre l’histoire préislamique et les coutumes nationales. Le ministère de la Culture a été rebaptisé ministère de l’Orientation islamique. Les fêtes nationales comme Norouz et Mehregan ont été censurées ou minimisées. L’usage du persan a été dilué par des importations arabes. Les célébrations de Cyrus le Grand ont été interdites. Les monuments historiques ont été laissés à l’abandon. Il ne s’agissait pas de décisions isolées, mais d’un projet systématique visant à effacer l’Iran de sa propre mémoire culturelle.

Aujourd’hui, dans un moment de désespoir politique, le régime tente maladroitement d’invoquer « l’unité nationale ». Mais l’unité ne peut être forgée par un régime qui qualifie son propre peuple d’émeutiers, d’agents étrangers et de traîtres. Comment peut-on parler de préservation de l’Iran alors que ce même régime a dépensé des milliards pour exporter la révolution et militariser les conflits au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et à Gaza, tout en tirant sur des manifestants non armés au Khouzistan, à Téhéran et à Zahedan ?

Le nom « Iran » ne sort des lèvres de ces dirigeants que lorsque leur survie en dépend. Ce n’est pas du patriotisme, c’est de l’exploitation. Il s’agit d’une ultime tentative pour neutraliser une société qui perce de plus en plus les mensonges du régime.

Mais le peuple iranien, et notamment la jeune génération, ne s’y trompe pas. Il sait faire la différence entre un patriotisme authentique et le nationalisme manipulateur des monarchistes et des mollahs. Il comprend que l’amour pour l’Iran ne s’exprime pas par des drapeaux ou des slogans creux, mais par la vérité, l’intégrité et la résistance aux forces qui tentent d’effacer son histoire.

Même si le régime hissait demain le drapeau du Lion et du Soleil, cela n’effacerait pas quatre décennies de trahison. L’Iran n’appartient pas à des dirigeants religieux opportunistes ni à des royalistes nostalgiques. Il appartient à son peuple, à ceux qui ont préservé sa langue, sa mémoire et son âme.