samedi, février 4, 2023
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Entretien exclusif avec Ingrid Betancourt à propos du complot terroriste déjoué à Paris en 2018

Entretien exclusif avec Ingrid Betancourt à propos du complot terroriste déjoué à Paris en 2018

Un tribunal belge va entendre les procès en appel de trois agents iraniens qui ont tenté de faire exploser le rassemblement de l’opposition en 2018 en France. Ces trois individus faisaient partie d’une cellule terroriste sous le commandement d’Assadollah Assadi. Assadi a servi en tant que diplomate du régime iranien en Autriche.

Nous avons mené des entretiens avec plusieurs personnalités politiques de renom qui ont participé au rassemblement « Iran Libre » en 2018. Mme Ingrid Betancourt, ancienne sénatrice colombienne, est l’une de ces plaignantes. Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de notre entretien avec Mme Betancourt.

Q : Près de 40 mois après le complot terroriste déjoué contre le rassemblement « Iran Libre » en 2018 et 9 mois après la condamnation d’Asadollah Assadi par la justice belge, aucun effort sérieux des dirigeants européens pour démanteler le réseau d’espionnage et de terrorisme du régime iranien n’a été rendu public. Quel message cela transmet-il à Téhéran ?

Mme Betancourt : Les services de sécurité d’Allemagne, de France, de Belgique et peut-être d’autres pays européens ont mené une opération conjointe réussie en déjouant l’un des crimes les plus horribles du siècle. Cependant, la réaction politique et les mesures punitives n’ont en aucun cas été à la hauteur d’un tel complot. Pire encore, les Européens n’ont pratiquement rien fait de significatif lorsque le haut diplomate de Téhéran a été pris en flagrant délit et condamné par un tribunal belge.

La décision de mener un complot terroriste contre Mme Maryam Radjavi, présidente élue du CNRI et du Rassemblement pour l’Iran libre, a été prise par le Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) du régime iranien, et les plus hauts responsables du régime ont été impliqués dans cet acte, et pourtant aucune mesure politique appropriée n’a été prise par l’UE.

Il y a un contraste profond entre ce qui s’est passé et le rôle des services de sécurité en Europe, d’une part, et ce que le système politique a fait en réponse, d’autre part. On peut imaginer l’étendue des concessions accordées par l’Occident au régime au fil des ans, qui a enhardi les mollahs à tel point que son diplomate a effrontément abusé des privilèges diplomatiques pour transporter des explosifs d’Iran et les remettre à des terroristes en Europe centrale. Cela porte gravement atteinte à notre sécurité en Europe.

Q : Au cours de l’enquête sur l’affaire Assadi, on a trouvé un carnet vert contenant les noms des agents iraniens qui étaient à la solde d’Assadi. Que pensez-vous que les agences de renseignement occidentales fassent de ces informations sensibles ?

Mme Betancourt : Le cas d’Assadollah Assadi n’était pas le premier complot terroriste sur le sol européen, et si les gouvernements européens ne prennent pas les mesures appropriées, ce ne sera pas le dernier.

La principale cible des complots terroristes de Téhéran a été la Résistance iranienne et l’OMPI, et le ministère iranien du Renseignement dispose d’un réseau d’agents en Europe soutenus par les ambassades du régime qui abusent de leurs installations diplomatiques. Assadi était un soi-disant diplomate à la tête du réseau de renseignement de Téhéran en Europe.

Ce réseau d’espionnage en Europe, qui est utilisé pour des complots terroristes, aurait dû être démasqué et détruit, et l’UE aurait dû exiger de Téhéran le démantèlement de son appareil terroriste. Malheureusement, en raison d’une politique de complaisance, cela n’a pas eu lieu, et les cellules terroristes du régime sont actives en Europe, tandis que l’UE se concentre uniquement sur la relance du JCPOA.

Q : Que voulez-vous que les gouvernements occidentaux fassent maintenant ?

Mme Betancourt : La sécurité doit être la priorité absolue des gouvernements occidentaux. À cette fin, ils ne doivent pas négocier avec un État terroriste, car le résultat final sera une concession aux terroristes et cela minera davantage notre sécurité. Le régime ne cessera jamais son terrorisme, car il vit du terrorisme à l’étranger et des violations des Droits de l’Homme dans son pays. C’est un fait avéré et l’expérience des quatre dernières décennies montre une augmentation constante des violations des Droits de l’Homme en Iran et du terrorisme dans la région et dans le monde entier. La politique de complaisance adoptée par l’Occident n’a fait que contribuer à cette tendance.

Q : Si le pouvoir judiciaire belge accepte d’adoucir ou d’alléger la peine des trois complices d’Assadollah Assadi condamnés le 18 novembre, quel message cela enverrait-il aux autres personnes inscrites sur le carnet vert ou aux cellules dormantes à travers l’Europe et les Etats-Unis ?

Mme Betancourt : Ce serait le geste le plus dangereux. Cela donnera non seulement le feu vert aux personnes figurant sur ce carnet, mais aussi à tous les terroristes du monde entier, pour qu’ils puissent s’en tirer avec leurs crimes et leur terrorisme. Personnellement, je me sentirais très peu sûr de moi et je remettrais en question toute autorité qui serait indulgente envers les terroristes, au prix de ma vie et de celle de civils innocents.

Q : La Suède a récemment arrêté un espion iranien qui a fait office de chef des services de renseignement pendant plusieurs années. Peyman Kia, 40 ans, transmettait des renseignements et des informations classifiées à l’Iran. Qu’est-ce que cela révèle sur la sécurité de la Suède, et comment cela peut-il être évité ?

Mme Betancourt : C’est choquant mais malheureusement pas surprenant. Ce n’est pas non plus un cas isolé. La politique occidentale a donné aux mollahs les coudées franches pour infiltrer les établissements occidentaux. Selon des informations rendues publiques, nous avons eu des infiltrations similaires aux Etats-Unis et dans certains pays européens. Il ne fait aucun doute qu’il en existe d’autres qui restent cachées en raison de la capacité d’intimidation exercée par les mollahs, qui prévaut malheureusement toujours. La réponse à cette question est la fermeté face au régime ou à tout État terroriste.

Q : Il est clair que le régime des mollahs est surtout intéressé par l’élimination de sa propre opposition et des dissidents à l’étranger. Mais quel impact cela a-t-il sur la sécurité des citoyens occidentaux ordinaires ? En résumé : les cellules dormantes iraniennes constituent-elles une menace pour les citoyens occidentaux?

Mme Betancourt : Le complot terroriste visant à faire exploser le rassemblement « Iran » à Villepinte près de Paris en 2018 est un exemple évident de la menace que le régime fait peser sur les citoyens d’autres pays. Bien que la cible principale de cette attaque avortée ait été Mme Maryam Radjavi, la dirigeante de l’opposition iranienne, le CNRI, et les dissidents, le rassemblement a été suivi par des centaines de dignitaires et de citoyens ordinaires du monde entier, principalement de France, de Belgique, d’Allemagne, du Royaume-Uni, d’Italie et d’Espagne en Europe, mais aussi d’Amérique du Nord et du Moyen-Orient. Par conséquent, comme je l’ai dit, tant qu’une mesure politique décisive n’est pas prise contre le régime iranien et son réseau de terrorisme en Europe, personne dans le monde n’est en sécurité et il faut y remédier.