lundi, décembre 5, 2022
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Se battre pour Achraf, c’est se battre pour la liberté – Ingrid Bétancourt

CNRI – « C’est vrai que ces hommes et ces femmes d’Achraf sont cette lumière, cet espoir, pour ce peuple iranien qui est enchaîné, en Iran, qui ne peut pas parler, qui doit se cacher, ou qui doit fuir. Se battre pour Achraf, c’est se battre pour le droit de penser d’une autre façon, le droit de vivre d’une autre façon, le droit d’agir d’une autre façon de celle que les mollahs veulent imposer au monde entier », a estimé Ingrid Bétancourt le 10 décembre à Paris.

Elle s’exprimait dans une conférence internationale pour appeler à reporter le délai de fermeture d’Achraf fixé au 31 décembre par le gouvernement irakien et condamner tout déplacement forcé des Achrafiens, qui serait un prélue à leur massacre.

Voici les moments forts de l’intervention d’Ingrid Betancourt :

Nous avons 21 jours pour agir, ça fait 30240 minutes. C’est notre capitale d’action, parce que le compteur à rebours est enclenché, et chaque minute compte pour sauver 3400 vies humaines. Les sauver de quoi ? Les sauver d’abord de la folie, de la soif de vengeance, de l’arbitraire. Cette deadline – quel mot épouvantable : la ligne de la mort – c’est vers elle que nous nous rapprochons. Parce qu’en fait cette deadline, ce qu’elle nous révèle, c’est une stratégie macabre qui a été mise en place, une stratégie diabolique, une stratégie de la mort, celle d’anéantir la seule opposition qui reste au régime des mollahs, au régime de Téhéran.

C’est une stratégie parce que Téhéran n’aime pas la démocratie, parce qu’il n’aime pas la critique, parce qu’il n’aime pas la contestation, parce qu’il coupe les têtes, parce qu’il musèle, parce qu’il fait peur. Parce qu’il l’a déjà montré, nous avons entendu ceux qui m’ont précédé faire référence à ce crime atroce, 30.000 personnes assassinées en 1988. Où étions-nous ? Où étions-nous pour n’avoir pas réagi ? Alors aujourd’hui difficile de poser la même question parce qu’il y a l’internet, il y a les communications, minute par minute.

Nous venons de voir dans le film qui a fait ouverture à cette conférence des images filmées hier de ce qui se passe à Achraf. Le monde ne peut plus dire qu’il ne sait pas. Le monde ne peut plus dire qu’il n’a pas su, qu’on ne l’a pas averti. Donc, aujourd’hui, être ici, c’est être là où il faut être.

Se battre pour Achraf, c’est se battre pour la liberté. Achraf est peut-être le seul îlot qui reste d’hommes et de femmes libres dans le continent et dans le sol près d’Iran. Vous êtes ici Iraniens libres, mais vous êtes en dehors de ce sol, de cette terre que vous aimez, dont vous vous languissez, que vous espérez retrouver un jour. Et c’est vrai que ces hommes et ces femmes d’Achraf sont cette lumière qui vous représente, sont cet espoir, non pas seulement pour vous, mais pour ce peuple iranien qui est enchaîné, en Iran, dans les frontières iraniennes, qui ne peut pas parler, qui ne peut pas s’exprimer, qui a peur, qui doit se cacher, ou qui doit fuir.

Se battre pour Achraf, c’est se battre pour le droit de penser d’une autre façon, le droit de vivre d’une autre façon, le droit d’agir d’une autre façon à celle que les mollahs veulent imposer au monde entier. Donc, se battre pour Achraf, c’est comme le disait en particulier Patrick Kennedy, c’est se battre pour chacun de nous, pour ce que nous attendons du monde et de notre vie.

 On est à 21 jours du démantèlement du camp d’Achraf et d’une relocalisation qu’on nous présente comme cette solution intermédiaire, puisque nous n’avons pas été capables de trouver une meilleure solution. En fait, c’est tout juste une excuse. Une excuse pour justifier le premier pas vers l’extermination de la seule opposition qui reste en Iran. Prendre le contrôle de la vie de ces 3400 personnes, les emmener ailleurs, et nous ne savons pas où. Personne ne sait. Qu’est-ce qui se prépare derrière les déclarations du gouvernement de Nouri al-Maliki ?

Mais pour moi, ça résonne de façon effrayante et angoissante. Ici en France, nous avons connu, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, un événement qui nous a marqués, qui continue à nous faire souffrir. La rafle du Vel d’hiv. Des Parisiens qui ont été sortis de leur appartement, ont été parqués dans un vélodrome, sont restés là pendant plusieurs jours, et ensuite, ont été déportés, relocalisés, disait-on, vers Auschwitz, vers les camps de la mort. Nous n’avons pas le droit d’attendre.

Nous avons un gouvernement qui nous dit qu’il faut relocaliser pour des raisons qui nous sont inconnues, mais qui répond de la vie des habitants d’Achraf ? Un gouvernement qui dit qu’il va répondre de la vie de personnes qu’il accuse de ne pas avoir de statut et ne pas avoir de droits ? De personnes qu’ils accusent d’être des terroristes. Des terroristes sans armes, des terroristes ayant signé un accord avec les États-Unis ? Les États-Unis ne signent pas d’accord avec les terroristes. Des terroristes en danger de mort ? Curieux, des terroristes en danger de mort ! Des terroristes qui se protègent en faisant appel au droit international ? Drôles de terroristes !

Le gouvernement Maliki dit qu’il répond de leur vie. Comme il l’a fait pendant les années précédentes, et à deux reprises en particulier. Il disait qu’il répondait de leur vie en 2009. Au moment où les habitants d’Achraf négociaient avec le gouvernement irakien, et étant assis avec les négociateurs du gouvernement irakien, les chars sont entrés et le massacre a commencé. 2011, il y a quelques mois, juste quelques mois. Le même scénario se répète. L’ambassadeur des États-Unis envoie un message par mail aux leaders d’Achraf, en leur disant qu’il a les assurances du gouvernement irakien qu’il n’y aura pas de fait de violence. Et quelques minutes plus tard, les chars entraient.

Et nous avons vu les images de ces soldats irakiens, comme des snipers, cherchant la victime, cherchant à qui tuer. Est-ce que c’est l’agresseur qui va nous assurer, qui va nous garantir la vie des 3400 personnes que nous sommes ici venus défendre.

Alors, je suis très surprise moi, quand j’entends des diplomates qui font semblant de croire qu’on peut croire aux garanties du gouvernement de Maliki. C’est peut-être plus confortable, c’est peut-être plus simple. Peut-être que ça évite de confronter quand on a peur, quand on a des intérêts, d’autres intérêts que la vie humaine, qui parfois malheureusement dans le monde dans lequel nous vivons, parfois ces autres intérêts, en particulier lorsqu’ils sont économiques, deviennent plus importants que la vie humaine.

Mais là encore, regardons en arrière. Apprenons de l’Histoire. La politique de l’apaisement, nous l’avons déjà essayée. Nous savons qu’elle ne fonctionne pas. Face au tyran, face à l’arbitraire, face à la folie du pouvoir, les politiques d’apaisement sont perçues comme des symptômes de faiblesse, comme de la couardise, et elles ne font qu’exciter celui qui, en face, veut perpétrer des crimes et se sent couvert par l’impunité de la couardise de celui qu’il a en face.

Non, nous ne sommes pas de ce côté-là, nous ne sommes pas du côté du silence, nous ne sommes pas du côté de la couardise, nous ne sommes pas du côté de l’apaisement, nous ne sommes pas du côté de la faiblesse. Nous sommes du côté du droit, de la justice, de la lumière. Et nous refusons d’être dupes. Nous refusons de faire semblant de croire.

Alors, il nous reste 30200 et quelques minutes. Nous savons que les réfugiés d’Achraf ont accepté de partir, ils ont accepté de quitter le territoire irakien. Que pouvons-nous faire ? Nous avons 30.000 minutes, pour trouver un pays d’asile, pour trouver un moyen de transport et pour trouver une garantie internationale.

 

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