dimanche, janvier 29, 2023
AccueilActualitésActualités: AchrafPlaidoyer du Général David Phillips pour Achraf

Plaidoyer du Général David Phillips pour Achraf

CNRI – « Il y avait de vagues allégations de torture et de personnes retenues contre leur volonté par l’OMPI. C’est faux. J’avais un accès ouvert et libre à toutes les zones du camp d’Achraf. J’ai organisé des inspections indépendantes et improvisées, et jamais je n’ai découvert une quelconque indication de torture, ni de personne retenue contre sa volonté. La seule chose que j’ai pu prouver sans le moindre doute, c’est que ces allégations étaient fausses », a souligné le général américain David Phillips, qui a été responsable de la sécurité à Achraf, le 10 décembre à Paris.

Il s’exprimait dans une conférence internationale à Paris réunie pour demander le report de la date limite fixée pour la fermeture par le gouvernement irakien et condamner tout déplacement de ses habitanst à l’intérieur de ce pays, considéré comme un prélude à leur massacre.

Voici l’intervention du général Phillips :

Madame Radjavi, éminents invités, et surtout chers membres des familles de ceux qui ont été blessés au camp d’Achraf ou ceux qui se trouvent toujours au camp d’Achraf,

C’est un honneur pour moi d’être ici aujourd’hui. J’ai été soldat pendant plus de trois décennies. Et il y a un peu plus de dix ans, j’ai fait la connaissance pour la première fois de l’existence d’un groupe d’Iraniens dédiés à la démocratie en Iran. J’ai fait des recherches sur ce groupe. J’étais bien loin de me douter que très peu de temps après, je fréquenterais personnellement ce groupe, ses dirigeants et sa détresse.

Mais avant cela, j’ai subi les actes des terroristes. J’étais directeur de la sécurité de l’armée au Pentagone à l’époque du 11 septembre 2001. Peu de temps après, j’ai été envoyé en tant que haut responsable de la police militaire pour plusieurs missions en Irak, la première étant de reconstruire la police irakienne, mais aussi la détention des hauts dirigeants de l’ancien régime, et celle que je considère comme la plus importante, la sûreté et la sécurité de plus de 3000 membres de l’OMPI au camp d’Achraf. Oui, des personnes protégées au camp d’Achraf.

 J’étais là lorsqu’ils ont volontairement déposé les armes. J’étais là lorsqu’ils se sont regroupés au camp d’Achraf. J’ai vu ce qui restait de leurs autres installations après qu’elles aient été pillées et détruites. J’étais là lorsque chacune des personnes de l’OMPI a été identifiée de façon biométrique, examinée, contrôlée et individuellement interrogée. Avions-nous trouvé des terroristes ou des criminels ou des indésirables parmi les milliers d’hommes et de femmes ? Non. Chacun a été minutieusement examiné et pas un seul n’a été identifié comme ayant un quelconque lien avec des actes criminels. Quelques uns avaient des amendes de stationnement. Cela peut paraître un peu comique, mais je dis cela pour montrer à quelle profondeur nous avions enquêté sur chaque membre de l’OMPI.

J’ai réellement dû faire un retour en arrière et me demander en tant que commandant pourquoi ils avaient été classés comme terroristes. J’ai fait beaucoup, beaucoup d’efforts pour trouver quelque allégation crédible, quelque crime manifeste ou dissimulé, des actes criminels, n’importe quoi expliquant pourquoi ce groupe était étiqueté d’une manière aussi désespérante. Je n’y suis pas arrivé. Mes soldats me demandaient : « Monsieur, ils soutiennent la démocratie, la liberté, et surtout l’égalité des droits pour les femmes. » Je n’avais pas de réponse à donner à mes soldats. Et ce n’était pas de la rhétorique.

J’ai été personnellement  témoin  de l’égalité des droits au camp d’Achraf. J’ai passé un temps significatif à vivre et à travailler au camp d’Achraf. J’ai le plaisir de connaître presque tous les hauts responsables de l’OMPI à Achraf, ainsi qu’un nombre considérable de leurs membres juniors. Après que le processus d’examen ait été terminé, j’ai rapporté le message à Madame Parsaï, alors commandante, ainsi qu’à Monsieur Davari et à plusieurs autres dirigeants qu’ils étaient désormais classés comme personnes protégées en vertu de la Convention de Genève et que j’étais personnellement chargé de leur sûreté et sécurité, une mission que j’ai prise très au sérieux et qu’aujourd’hui encore je prends très au sérieux.

Oui, encore aujourd’hui, bien que je ne sois plus responsable directement de la sûreté et de la sécurité au camp d’Achraf, je me sens toujours moralement responsable. Nous avions établi des procédures pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins, qu’ils puissent s’approvisionner et acquérir ce dont ils avaient besoin. Mais plus important encore, des procédures pour permettre les visites, et particulièrement que les membres de leurs familles viennent les voir. Est-ce qu’il y a eu des membres de l’OMPI qui ont voulu partir durant mon mandat ? Oui, bien sûr. Un petit nombre. Quelques uns se sont juste levés et sont partis. D’autres ont été remis à mes hommes et nous les avons logés jusqu’à ce que nous réglions la situation pour le lieu où ils se rendraient.

Il y avait de vagues allégations de torture et de personnes retenues contre leur volonté par l’OMPI. C’est faux. J’avais un accès ouvert et libre à toutes les zones du camp d’Achraf, et j’ai exploité cela. J’ai organisé des inspections indépendantes et improvisées, et jamais au grand jamais je n’ai découvert une quelconque indication de torture, ni de personne retenue contre sa volonté. Et j’ai essayé de prouver ces allégations. Mais la seule chose que j’ai été capable de prouver sans le moindre doute, c’est que ces allégations étaient fausses.

Certains parmi les membres de l’OMPI qui ont voulu partir étaient en réalité conduits et laissés aux portes de ma base d’opération. Est-ce qu’il y a eu des désaccords entre mes unités, mes forces et l’OMPI à Achraf ? Bien sûr. Mais ils étaient rares et tous étaient résolus par de simples discussions et compréhensions mutuelles.

J’ai amené plusieurs hauts dirigeants des forces de la coalition à Achraf. Pour leur donner une idée générale, ils étaient tous stupéfaits que nous les ayons gardés ainsi dans les limbes. J’ai quitté l’Irak frustré, et un an après, lorsque j’y suis retourné, j’ai vu que rien n’avait changé. Il n’y avait toujours pas de directive définitive. Cette fois-là, j’ai été chargé de reconstruire rapidement la police irakienne, et simultanément, j’avais un rôle d’expert auprès du Général Petraeus sur toutes les opérations de police et de sécurité, dont la sécurité du camp d’Achraf.

Que s’est-il passé ensuite ? Nous continuons à faire pression. Plus de 3400 personnes au camp d’Achraf ont reçu une promesse de protection suite à un processus très minutieux d’examen – et je sais cela de fait puisque je suis celui qui est allé voir Madame Parsaï pour lui apporter cette promesse à partir de ce moment-là. Je me sens si fortement concerné par cette promesse que même maintenant, je retournerais à Achraf et agirais en tant qu’intermédiaire entre l’OMPI et les Irakiens dont je connais plusieurs des hauts dirigeants.

Et je me sens tellement en sécurité avec ces prétendus terroristes que j’y amènerai ma propre fille avec moi. Elle est une sympathisante des droits humains et des droits des femmes qui se fait entendre. Et vous savez, elle est emballée à l’idée d’y aller. Parce que je crains qu’à moins que nous ne prenions une initiative, une autre tragédie se produira rapidement.

Nous avons vu des membres de cette organisation brutalement attaqués dans un passé récent. Dans quelques semaines, si le délai n’est pas reporté, nous pourrions voir cela à nouveau. Fermer le camp d’Achraf. Cela me paraît assez de mauvais augure, surtout pour les personnes là-bas. Lorsque vous entendez d’autres parler de l’OMPI et des personnes du camp d’Achraf, ce qu’ils sont ou ce qu’ils ne sont pas, vous vous demandez s’ils en ont vraiment connaissance. Ont-ils été à Achraf ? Connaissent-ils ces personnes ou quoi que ce soit sur ce qui se passe dans ce complexe de 36 km² ? Ou bien répètent-ils simplement tout un tas de discours ?

Je connais les personnes du camp d’Achraf. J’ai été là-bas. J’ai vécu là-bas. Et ils nous ont fait confiance lorsque nous leur avons promis notre sûreté et notre sécurité en 2004. Il y a peu de lieux au monde où je ne laisserai pas baisser ma garde. Le camp d’Achraf ne fait pas partie de ces lieux. Mais je crains qu’il ne le devienne très rapidement. Et la violence pourrait être portée contre des hommes, des femmes, des jeunes et des vieux sans armes – je sais qu’ils sont désarmés, j’étais là lorsqu’ils ont rendu leurs armes.

Nous devons crier très haut et fort que nous ne prendons pas le parti de la violence contre les personnes protégées du camp d’Achraf. Ce délai doit être reporté. Le mal prospère dans l’obscurité, apportons alors un peu de lumière sur le camp d’Achraf. J’ai essayé de trouver un terroriste à Achraf et je n’ai pas pu. J’ai essayé de trouver la torture au camp d’Achraf et je n’ai pas pu. J’ai essayé de trouver des personnes retenues contre leur volonté au camp d’Achraf. Je n’ai pas pu. J’espère seulement que le monde l’entendra.

 

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe