Par Jamshid Karegarfar
Washington Times, Achraf, Irak, 25 octobre – Combien de temps peut-on vivre sans nourriture et sans eau ? C’est une question à laquelle je n’avais jamais pensé jusqu’à ce qu’elle devienne plus qu’une simple réponse sur un programme de quiz télévisé. C’était une affaire très personnelle de vie et de mort.
Il y a deux mois et demi, je vivais au jour le jour la vie paisible d’un résident du camp d’Achraf en Irak. C’est un endroit dont vous n’avez probablement jamais entendu parler. Il est situé à environ 95 km au nord de Bagdad et abrite quelque 3500 opposants iraniens, exilés comme moi, qui ne veulent rien de mieux que de retourner en Iran quand il sera libéré des mollahs qui oppriment la population, prêchent la haine et l’exportation du terrorisme.
Après avoir quitté l’Iran en quête de liberté, j’ai vécu en Californie, au Texas, au Kentucky et au Tennessee pendant quelque temps. Puis, il y a 20 ans, je suis devenu un résident d’Achraf, avec d’autres qui soutiennent les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), le principal mouvement d’opposition iranien et qui rêvent de rentrer un jour au pays.
Depuis l’invasion américaine de l’Irak, nous avons vécu – non armés et en paix – sous la protection des forces américaines et des Conventions de Genève. Mais depuis que les Etats-Unis ont accepté de retirer leurs forces d’Irak, nous avons été à la merci de Bagdad, qui devient de plus en plus un bon ami de Téhéran.
La situation a atteint son paroxysme le 28 juillet, lorsque 2000 soldats irakiens ont attaqué Achraf et pour ajouter l’insulte à l’injure, ont utilisé des armes et des Humvees américains pour le faire, tandis que les Américains regardaient en spectateurs passifs. L’attaque a fait 11 morts et 500 blessés – et les Irakiens ont pris 36 résidents d’Achraf en otages. J’étais l’un d’entre eux.
Au début, nous avons été détenus en dehors d’Achraf. Pendant les premiers jours de captivité, nous avons été sévèrement battus et nous avons subi des tortures physiques et psychologiques. Certains d’entre nous avaient été écrasés par des Humvees et touchés par des balles et souffraient de douleurs atroces.
Puis, nous avons été transférés à la prison locale de la ville de Khalis. De là, ils nous ont emmenés dans un centre de détention des renseignements militaires irakiens et enfin à la prison de la base aérienne d’Al-Muthana. L’objectif était de nous briser. Mais nous avons refusé de capituler.
Pour protester contre l’attaque et notre capture comme otage, nous nous sommes mis en grève de la faim. Nous avons refusé de nous alimenter pendant des semaines et nous avons prié pour la délivrance. Nous n’avions aucune idée de ce qui se passait et pourquoi nous étions détenus. Et nous n’avions aucune idée du soutien que nous recevions dans le monde.
Ce n’est qu’après notre libération que nous avons appris sur les grèves de la faim devant la Maison Blanche et l’ambassade américaine à Londres, à Achraf et d’autres lieux en Europe – tous en faveur de notre cause et de la justice.
Notre libération a été ordonnée à trois reprises par le tribunal de Khalis, notre première étape. Le procureur général de l’Irak a envoyé l’ordre de notre libération immédiate à tous les postes de police de l’Irak. Pourtant, la police irakienne et le gouvernement ont refusé d’appliquer l’ordonnance en raison de pressions et des exigences de Téhéran.
Enfin, au bout de 65 jours, et presque plus d’espoir après le transfert à Bagdad, nous avons décidé de refuser non seulement de manger, mais aussi de boire.
Au fil des jours – un, puis deux, puis trois – l’espoir disparaissait un peu plus. Mais nous sommes restés inflexibles. Certains de mes amis sont tombés dans le coma et ont été emmenés par des agents irakiens. Nous avons découvert plus tard qu’ils avaient été hospitalisés. Et puis, au 72e jour de notre grève de la faim – et au 7e jour de grève de la soif alors que nous nous battions entre la vie et la mort – nos prières ont été exaucées.
Nous avons été libérés. Nous avons été emmenés au centre médical d’Achraf. Les médecins m’ont dit que plusieurs d’entre nous étaient probablement à quelques heures de la mort.
Comment avons-nous survécu, je ne le saurai jamais. Ce devait être la volonté de Dieu – nous devions vivre pour raconter notre histoire, afin que des incidents comme celui-ci ne se reproduisent jamais.
Nous avons également appris le soutien international que nous avons reçu d’organisations comme Amnesty International, la Fédération internationale des droits de l’homme, l’Organisation mondiale contre la torture ou de l’archevêque de Canterbury, du prix Nobel de la Paix Desmond Tutu et de nombreux parlementaires, personnalités internationales et comités autour du monde. Nous devons notre vie à leurs efforts.
Mais cela ne signifie pas que Téhéran cessera d’essayer d’effacer Achraf de la carte et ses opposants partout où il peut les atteindre. C’est pourquoi la communauté internationale doit agir.
Pour éviter une répétition de ce qui m’est arrivé, à moi et à d’autres résidents d’Achraf, le gouvernement américain, les Nations Unies et l’Union européenne doivent intervenir.
Le gouvernement américain, qui a signé un accord avec chacun des résidents d’Achraf, doit garantir une protection sécurisée des résidents d’Achraf, au moins jusqu’à la fin de 2011, tant que les forces américaines sont présentes en Irak.
L’ONU devrait déployer une équipe d’observateurs permanents à Achraf pour empêcher de nouvelles violences et une répétition de l’attaque ou un déplacement forcé de ces personnes. De même, les droits fondamentaux et la protection des résidents d’Achraf en vertu de la Quatrième Convention de Genève doivent être reconnus comme stipulés dans la résolution du Parlement européen adopté en avril dernier.
Ce serait une occasion idéale pour le président Obama de répondre à la confiance du comité du prix Nobel de la Paix en l’utilisant pour la cause de la paix et de la sécurité des résidents pacifique d’Achraf.
Je ne souhaite pas que quelqu’un d’autre découvre par lui-même combien de temps on peut se passer d’eau et d’aliments.
Jamshid Karegarfar est un ingénieur des techniques de fabrication, avec une expertise dans la sécurité. Il a fait ses études à l’université d’État de Murray du Kentucky. Il est devenu un résident du camp d’Achraf en Irak il y a 20 ans.

