lundi, octobre 3, 2022
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RSF dénonce l’instauration de l’Internet « halal » et le « Filtering Intelligent » en Iran

RSF dénonce l’instauration de l’Internet « halal » et le « Filtering Intelligent » en Iran

Le régime iranien a récemment créé le conseil supérieur du cyberespace qui est voué à centraliser la censure sur Internet en Iran. Cette décision du guide suprême du régime qui prétend vouloir instituer « l’Internet halal » a été dénoncée par les militants des droits de l’homme et Reporters sans frontières (RSF).

L’organisation qui milite contre la censure et pour la liberté des journalistes a dénoncé le renforcement de la censure sur Internet, notamment sur les applications mobiles, en Iran. Depuis des mois, ces applications utilisées par les internautes sont ’filtrées” par les autorités iraniennes, avec le silence complice des sociétés fabricantes.

Dans son communiqué, RSF ajoute : « Le 6 septembre 2015, le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, a renouvelé le mandat du Conseil suprême du cyberespace pour quatre ans. Dirigé par le président, ce conseil, créé le 7 mars 2012, et chargé de surveiller Internet, est composé de hautes personnalités militaires et politiques, dont le président du Parlement, le chef du système judiciaire, les ministres de la Culture et du Renseignement, des Communications et des Technologies de l’information, le commandant des gardiens de la Révolution ainsi que plusieurs experts d’Internet.

En ordonnant “la dissolution des autres conseils et organes parallèles”, le guide donne, dans son décret, un pouvoir sans précédent à ce conseil. Sa mission : “faciliter l’instauration du réseau d’information nationale, priorité du gouvernement, et élaborer le système juridique et policier nécessaire pour le cyberespace du pays.”

L’ayatollah a également exigé que le conseil veille “à la sécurité du réseau, et fasse la promotion d’un mode de vie islamique, protégé la vie privée des membres de la société et lutte efficacement contre l’infiltration et les abus des étrangers.” (…)

Depuis le 29 août 2015, dans plusieurs grandes villes d’Iran, notamment à Téhéran, l’accès à l’application Telegram est fortement perturbé. Dès le 1er juillet 2015, Mahmud Khosravi, vice-ministre des Communications et des Technologies de l’information, avait déclaré, dans une interview : “Nous avons envoyé une lettre à Telegram pour leur dire que leur réseau en Iran avait des problèmes, et les avons invités à discuter du problème” Le même jour, Telegram déclarait sur son compte Twitter que ”ces perturbations étaient causées par le trafic limité des fournisseurs d’Internet en Iran.”

Interpellé par RSF sur Twitter sur la véracité de ces informations, le créateur de Telegram, Pavel Durov, a répondu que l’application “n’avait conclu d’accord avec aucun gouvernement sur cette planète. Et que ce n’était pas prévu”.

Le 4 mai 2015, Mahmoud Vaezi, ministre des Communications et des Technologies de l’information,avait annoncé que « la deuxième phase de Filtering Intelligent avait commencé avec l’aide d’une société étrangère, et l’utilisation du savoir-faire de chercheurs du pays. Le Filtering Intelligent est officiellement destiné à protéger la société des dégâts “immoraux” de certains sites et réseaux sociaux”.

Le 9 avril 2015, le même ministre avait déclaré que « les récentes perturbations sur Instagram étaient dues au Filtering Intelligent impliqué sur ce réseau. » La première phase de Filtering Intelligent a donc bien été exercée sur cette application, aujourd’hui perturbée et sous le contrôle partiel du régime. Ensuite, ce sont Wechat, WhatsApp, Tango et Viber qui ont été ’intelligemment filtrés’.

Chaque fois que les Filtering Intelligent ont été appliqués, les internautes ont migré ailleurs. En moins de quelques mois, des milliers d’internautes sont devenus des utilisateurs de Telegram qui semble être plus sécurisée et rapide pour échanger des messages, notamment des fichiers audio ou vidéo. Le Filtering Intelligent implique que les sociétés fabricantes acceptent plus ou moins tacitement les conditions imposées par le régime qui surveille et contrôle les internautes.

Malheureusement, aucune des sociétés, dont les applications ont été menacées et filtrées par les autorités iraniennes, n’a à ce jour officiellement protesté ou informé les millions d’internautes iraniens sur le danger potentiel de ces perturbations qui sont le résultat du contrôle et de la surveillance du régime. Nous rappelons que sans technologies avancées, et sans la collaboration de ces sociétés, les États autoritaires ne pourraient pas censurer ou espionner leurs citoyens.

En réalité, la censure, officiellement destinée à protéger la population contre des contenus immoraux, s’est étendue aux informations politiques ou traitant de religion ou encore aux sites traitant des droits fondamentaux et particulièrement ceux sur les droits des femmes. Il est d’ailleurs aujourd’hui plus facile d’accéder à des sites jugés immoraux qu’à des publications critiques censurées sur le Net iranien.

Les autorités iraniennes surveillent étroitement les messages échangés sur Internet. Depuis l’accession à la présidentielle du conservateur modéré Hassan Rohani le 14 juin 2013, une centaine de net-citoyens ont été arrêtés, lourdement condamnés et emprisonnés, majoritairement sous l’ordre des services des renseignements des gardiens de la révolution. »

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